Lutte contre le changement climatique: Le Maroc, un modèle pour le continent africain? (INTERVIEW)

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ENVIRONNEMENT – Alors qu’il s’apprête à accueillir, en 2016, la 22ème conférence sur le climat (COP22), le Maroc tend à s’ériger comme modèle en terme de transition énergétique en Afrique. De passage à Rabat à l’occasion d’une conférence sur l’habitat social face aux changements climatiques, l’ancien ministre français de l’Environnement, Brice Lalonde, fait le point sur la place du royaume dans la lutte contre le réchauffement planétaire.

HuffPost Maroc: En 2016, le Maroc accueillera la conférence sur le climat (COP22). Quels sont les grands enjeux de cette conférence?

Brice Lalonde: L’enjeu numéro un, c’est évidemment de freiner le réchauffement climatique, qui est irréversible. L’enjeu précis, c’est aussi de trouver un successeur au protocole de Kyoto, qui s’achève en 2020 et qui aujourd’hui ne concerne plus grand monde.

Le protocole avait en effet pour caractéristique, au départ, de ne concerner que les pays développés du XXème siècle, qui étaient les principaux émetteurs de gaz à effet de serre. Aujourd’hui c’est l’inverse: ce sont les pays en développement qui produisent le plus de gaz à effet de serre, à commencer par la Chine, qui va bientôt dépasser les Etats-Unis en termes d’émissions cumulées.

L’objectif, c’est que tout le monde fasse des efforts. Cela se traduit par le dépôt d’une "contribution" – un mot choisi par les négociateurs parce qu’il est plus doux que les mots "engagement" ou "obligation". Le Maroc va déposer la sienne au mois de juin. Il faut maintenant que l’on se mette d’accord sur quelque chose de juridique, qui lie les pays les uns aux autres avec des mécanismes de solidarité.

Quel rôle le Maroc peut-il jouer en la matière?

Le Maroc a déjà reçu la COP en 2001. C’est à Marrakech que l’on s’est mis d’accord sur une formule de solidarité que l’on appelle "le mécanisme de développement propre", par lequel des entreprises ou des États qui ont des obligations de réduction des émissions de gaz à effet de serre peuvent s’acquitter d’une partie de ces obligations, en investissant dans des projets propres, dans des pays en développement. J’aimerais bien que cela soit renouvelé et que l’Afrique, notamment subsaharienne, en soit bénéficiaire.

Le Maroc a clairement un rôle à jouer en la matière. C’est un pays qui n’est pas producteur de combustibles fossiles et qui a un programme tout à fait remarquable d’énergies renouvelables pour son électricité. Il a également une grande surface ensoleillée, et beaucoup de vent sur les côtes qu’il peut exploiter. On sent que les gens ont des idées, qu’il y a des projets de villes plus écolo, etc. Je suis assez optimiste quand je vois cela.

Le Maroc peut servir de modèle à la fois par tout ce qu’il entreprend et par ses efforts diplomatiques. Il peut servir de catalyseur, de trait d’union entre l’Afrique et l’Europe, et de porte-parole pour le continent africain, surtout lorsqu’il occupera la présidence de la conférence.

Quelles actions le Maroc pourrait-il mettre en place pour limiter l’impact de l’habitat social sur le changement climatique?

Le Maroc est en train de réinventer les techniques qui lui conviennent. Il se rend compte que ce n’est pas en important des procédés de construction des pays du nord ou qui ont un climat complètement différent que cela marchera ici. Il cherche ses propres solutions. Cela se fait lentement, car il faut à la fois trouver des solutions rapides pour loger tout le monde – il y a encore 600.000 logements qui manquent – et en même temps essayer de faire du neuf, d’inventer des procédés de construction respectueux de l’environnement.

Il faut cependant noter que beaucoup de matériaux traditionnels peuvent être utilisés pour réduire l’impact des émissions de gaz à effet de serre. Dans les médinas, finalement, on ne souffre pas trop de l’inconfort thermique. Il faut par exemple construire avec des façades nord-sud pour "jouer" avec le soleil, ou que les routes soient orientées est-ouest… Beaucoup de petites choses de bon sens peuvent ainsi être mises en place pour limiter les dégâts.

Il faut aussi s’occuper de l’urbanisme en prévoyant une gouvernance, une maîtrise foncière, pour éviter que les villes ne s’étendent trop. La lutte contre le changement climatique se rajoute à toutes les problématiques que pose l’habitat, mais doit être pensée dès le début.

Les pays émergents n’ont cependant pas forcément les moyens nécessaires pour investir dans des infrastructures respectueuses de l’environnement. Quelles solutions proposeriez-vous?

Il est important de ne pas mettre de côté les moyens traditionnels ou alternatifs à la voiture, par exemple, qui n’ont aucun impact sur l’environnement (la bicyclette, l’âne, le tramway…). C’est évident qu’il faut toujours préférer les solutions qui ne coûtent pas trop cher. Dans une maison, surtout dans des pays où le climat est chaud, si l’on isole le plafond et le plancher, c’est déjà pas mal! Je fais confiance au pays qui se développent pour trouver leurs propres solutions. Le problème se pose finalement plus pour des pays comme les Etats-Unis, qui ont toujours compté sur leur pétrole, donc leurs villes s’étendent à l’infini, et ils sont obligés d’avoir des voitures souvent très polluantes…

Le parc solaire de Ouarzazate, c’est une solution d’avenir pour vous?

C’est irrésistible de se mettre aux énergies renouvelables. Celui qui prend de l’avance sur ce terrain-là va gagner. Ensuite, il pourra exporter ses techniques, son savoir-faire. Une fois que vous avez investi là-dedans, c’est gratuit. Donc le fonctionnement coûte beaucoup moins cher. Le coût marginal est quasiment égal à zéro. Car après l’investissement et le coût d’entretien, il n’y a pas de combustible à payer, vous ne brûlez rien. Et le vent et le soleil, c’est gratuit!

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