Huffpost Maroc mg

Interview avec Mme Maria Sarraf, spécialiste de l'environnement, région MENA (Banque mondiale)

Publication: Mis à jour:
Imprimer

ÉCOLOGIE - Le réchauffement planétaire menace la planète, les scientifiques tirent la sonnette d'alarme. Le point avec Mme Maria Sarraf, spécialiste de l'environnement, sur la situation.

Le HuffPost Maroc : La température mondiale risque d’augmenter de 4 degrés d’ici la fin du siècle. Par le passé, les scientifiques s'accordent à dire que la planète a connu des différentiels de températures semblables. Pensez-vous que l'on doive imputer cela à l'homme seul ou y a-t-il d'autres raisons?

Maria Sarraf: Absolument, les températures tout au long de l’histoire de l’humanité ont connu des différentiels, cependant ces changements se sont produits sur une très longue période. Le phénomène que nous observons aujourd’hui et qui est bien plus préoccupant, c’est le réchauffement de la température mondiale de 0,8 C au cours d’une très courte période et il s’agit-là d’un phénomène sans précédent et que l’on impute bien évidemment à l’activité humaine.

En outre, la concentration de CO2 dans l’atmosphère atteint des niveaux jamais enregistrés, et là encore, l’activité humaine en est responsable. La relation entre le CO2 et l’augmentation de la température mondiale est un phénomène scientifiquement prouvé.

Avec la hausse de la température et celle du niveau de la mer, ce sont des villes entières du littoral marocain qui risquent d'être impactée...

Le rapport met en avant un scénario alarmiste qui simule l’impact de l’absence de mesures d’atténuation des changements climatiques sur la nature et les ressources en eau. Ici et là, nous assistons de plus en plus à des phénomènes naturels extrêmement violents, tels que les tsunamis, les inondations ou les sécheresses. Tous ces phénomènes traduisent des effets concrets des changements climatiques.

Le rapport a cette vertu de sensibiliser l’opinion publique et les dirigeants sur l’urgence d’une action. Le Maroc, tout comme la plupart des pays de la méditerranée, est pleinement conscient des effets préoccupants des changements climatiques et adopte une approche pragmatique et surtout engagée en faveur de l’atténuation des effets des changements climatiques, qui ne concernent pas seulement la montée du niveau de la mer, mais également d’autres phénomènes naturels ainsi que des questions liées à l’efficience de la gestion énergétique.

Avec la hausse de la température et celle du niveau de la mer, certaines villes sont menacées. Les agglomérations du littoral marocain sont forcément concernées par ce phénomène. Dans un scénario catastrophe, peut-on imaginer que certaines grandes villes, à l'image de Tanger, Casablanca, Rabat ou encore Agadir, puissent être englouties par la montée des eaux?

La question de la montée du niveau de la mer est liée à la fonte de la calotte glacière et à la dilatation thermique de l’eau à cause du réchauffement, mais parler d'engloutissement d'une partie des côtes est quelque peu paroxystique. Cela pourrait se manifester dans des épisodes fort heureusement extrêmement rares comme l'impressionnant tsunami qui avait touché en 2004 les côtes d'Asie du Sud Est qui, rappelons-le, se situent dans une zone à risque sismique élevé.

En effet, la relation entre la montée du niveau de la mer et les inondations dépend de plusieurs facteurs tels que l’élévation et la topographie du sol ainsi que les systèmes existants de protection (digues, remblais, barrages) et de drainage. A titre d’exemple une partie des Pays Bas est située en dessous du niveau de la mer, mais grâce aux digues, le pays a réussi à protéger durablement et efficacement son territoire.

Quelles sont les solutions sur le long terme qui permettraient d’éviter la hausse des températures?

Il s’agit-là d’une question complexe et qui implique une approche intégrée et multidimensionnelle. Elle se situe tout d’abord sur le plan national ; en effet chaque pays doit mettre en place les mesures nécessaires pour intégrer la dimension climat de façon transversale dans ses programmes de développement, de rationalisation des ressources et d’atténuation des changements climatiques.

Sur le plan mondial, il est important que tous les pays, en particulier les plus gros émetteurs de CO2, s’engagent à réduire leurs émissions de façon significative et de mettre en place des accords et des engagements internationaux pour instaurer une économie à faible intensité de carbone et un développement durable et respectueux de l’environnement.

Vous prônez le développement durable, mais souvent les pays en voie de développement n’ont pas les moyens d’investir dans ce sens, et par là-même, courent vers leur perte. Y a-t-il une solution pour casser ce cercle vicieux?

Les changements climatiques représentent un défi parmi tant d’autres que les Etats doivent relever. La Banque mondiale s’efforce de promouvoir des solutions permettant à la fois d’appuyer le développement et de renforcer la résilience climatique des pays. Parmi ces solutions on peut citer notamment la promotion d’une agriculture climato-intelligente, l’efficience de l'approvisionnement en eau et de gestion des eaux l'irrigation ou encore l'efficacité dans la production et la distribution de l’énergie.

En résumé, relever le défi des changements climatiques dans le monde n’est pas un luxe mais relève désormais d’une impérieuse nécessité à laquelle les Etats doivent répondre, pour le bien de leurs populations et des générations à venir.

Retrouvez les articles du HuffPost Maroc sur notre page Facebook.

À lire aussi sur le HuffPost Maghreb

Close
Des animaux en voie de disparition
sur
Partager
Tweeter
PUBLICITÉ
Partager
fermer
Image affichée

Suggérer une correction