Polémique : L'affaire Hicham Mansouri, de l'Association marocaine pour le journalisme d'investigation, condamné à 10 mois de prison pour adultère

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HICHAM MANSOURI
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POLÉMIQUE - L’affaire Hicham Mansouri divise. Ce militant pour la liberté de la presse, arrêté à son domicile le 17 mars dernier, vient d’être condamné à 10 mois de prison pour adultère. Certaines associations dénoncent un procès politique, ainsi que des violences, alors que les autorités marocaines soutiennent être dans leur bon droit. Le point en cinq questions.

Qui est Hicham Mansouri?

Hicham Mansouri a 34 ans. Il est chargé de projet au sein de l’Association marocaine pour le journalisme d’investigation (AMJI). Créée en février 2011, en plein "printemps arabe", l’AMJI milite pour la liberté de la presse, et pour le droit à l'accès à l’information. Elle offre des bourses d’investigation à des journalistes marocains et octroie chaque année le Prix du journalisme d’investigations aux meilleurs articles publiés en arabe, français et amazighe dans la presse locale et nationale.

Quelles sont les charges qui pèsent contre Hicham Mansouri?

Dans la nuit du lundi 30 mars au mardi, Hicham Mansouri a été condamné à 10 mois de prison ferme et 40.000 DH d’amende pour "complicité d’adultère". Les autorités marocaines l’accusent aussi d’avoir préparé "un local pour la prostitution". Son avocate, Naima El Guellaf a interjeté appel. Elle dénonce des "irrégularités" dans la procédure puisque l’article 491 précise, en cas d’adultère, que "le parquet ne peut se saisir du dossier que dans le seul cas où le mari se trouve à l’étranger". Dans ce cas, "le mari se trouvait au Maroc et n’a pas initié la plainte". Naima El Guellaf précise aussi que la compagne d’Hicham Mansouri lui avait dit être divorcée, alors que la procédure de divorce n’est pas encore finalisée.

Comment l’arrestation s’est-elle déroulée?

Deux versions s’opposent: celle de la Préfecture de police et celle de l’AMJI.

"L’interpellation du dénommé Hicham Mansouri et de sa complice pour délit d’adultère et préparation d’un local pour la prostitution s’est déroulé en total respect des dispositions judiciaires régissant les perquisitions des domiciles et après avoir communiqué aux deux prévenus tous leurs droits garantis par la loi" selon la préfecture de police, dans un communiqué. Les autorités rejettent en bloc "les allégations faisant état d’une perquisition par la force et de violences à l’encontre du prévenu".

Côté associatif, les militants dénoncent les "conditions violentes" dans lesquelles s’est déroulée l’arrestation d’Hicham Mansouri, "forcé de se déshabiller pour accompagner la police dans une tenue de bain à bord d’un véhicule banalisé". Ils ont constaté des "traces de coups sur le visage suite à son arrestation", et dénoncent une "atteinte à la dignité humaine".

Que pensent les organisations de la société civile de cette condamnation?

Le président de l’AMJI, Maâti Monjib, par ailleurs membre du comité de soutien de d’Hicham Mansouri, a qualifié ce procès de "politique". Une accusation relayée par plusieurs associations et organisations internationales. L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’homme, programme conjoint de la fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) et de l’organisation mondiale contre la torture (OMCT) ont demandé la libération d’Hicham Mansouri. L’Association marocaine des droits humains (AMDH) ainsi que l’Association pour la défense des droits de l’homme au Maroc (ASDHOM) ont condamné son arrestation. Enfin, l’ONG Front line defenders s’est dit "préoccupée" par cette arrestation qui "semble uniquement liée (au) travail légitime et pacifique en faveur des droits humains" d’Hicham Mansouri.

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