Procès de l'affaire de l'autoroute est-ouest : le "projet du siècle"qui est devenu un scandale

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L’autoroute est-ouest était le "projet du siècle", selon les qualificatifs dithyrambiques utilisés au moment de son lancement, elle est devenue un scandale retentissant dont le procès s’ouvre demain, mercredi 25 mars, devant le tribunal criminel d’Alger.

C’est une des affaires emblématiques de ces dernières décennies. Elle a été précédée par l’affaire Khalifa, elle a été suivie par les affaires Sonatrach 1 et 2. Le procès Sonatrach 1 ouvert le 15 mars 2014 a tourné court en raison de l’absence de nombreux témoins et a été reporté à la prochaine session criminelle.

Certains avocats supputent qu’il pourrait en être de même demain pour le procès de l’autoroute est-ouest dont les faits ont été révélés en 2009 et qui concernent, selon l’arrêt de renvoi, 23 personnes, en majorité des fonctionnaires du ministère des Travaux publics et de consortiums étrangers, sont poursuivis pour corruption. Quatre accusés ont été arrêtés, dix comparaitront en liberté provisoire et deux sont en état de fuite.

Des proches collaborateurs du ministre des travaux publics de l’époque, Amar Ghoul, sont impliqués dans l’affaire. Ce qui soulève des interrogations sur le rôle du ministre dans une affaire qui comporte, elle aussi, une toile de fond politique.

"Facilitateurs et intermédiaires"

C’est un procès de "facilitateurs" et autres "intermédiaires" qui interviennent, contre des "commissions" présumées versées par les entreprises chinoises en charge de la réalisation de l’autoroute est-ouest pour lever les obstacles administratifs.

Elles sont nombreuses les entreprises qui seraient passées à la caisse. Sept sociétés et consortiums étrangers (Chinois, Suisse, Japonais, Portugais, Espagnol, Canadien et Italien) doivent répondre aussi des griefs d'"association de malfaiteurs, abus de pouvoir, corruption et blanchiment d'argent".

Les accusés sont également poursuivis pour "non-respect de la règlementation relative aux change et mouvement des capitaux de et vers l'étranger" et de "dilapidation de deniers publics".

Les accusés algériens auraient reçu des pots-de-vin en dollars et en euro versés par des compagnies étrangères qui voulaient obtenir, par des "moyens détournés", les marchés dans les secteurs des travaux publics et transports.

Il s'agit des projets de réalisation de l'autoroute Est-ouest, du projet du barrage de Kef Eddir dans la wilaya de Tipasa, des projets de tramways et enfin des projets d'ascenseurs à Constantine, Tlemcen, Skikda et Oued Qoreich à Alger.

Ces sociétés, précise l’arrêt de renvoi dont l’agence de presse algérienne APS a rendu public certains parties, à leur tête le groupe chinois "CITIC-CRCC", et avec la complicité du principal accusé, l'homme d'affaires Mejdoub Chani, versaient d'importantes sommes d'argent à des responsables du ministère des Travaux publics pour décrocher les marchés.

Les absents

L’homme d’affaires aurait permis au groupe chinois de bénéficier "illicitement" de facilités administratives avec le ministère des Travaux publics en faisant valoir ses relations avec des responsables dudit ministère.

Il usait également de son influence sur les différents opérateurs algériens et étrangers (le consortium japonais Cojjal, canadien SMINC, la société suisse Caraventa.SA, le groupe espagnol ISOLUX Corsan, et le consortium italien Pizarrotti et la société portugaise COBA).

Des hauts responsables au ministère des Travaux publics sont accusés d’avoir perçu des pots-de-vin des consortiums Pizarrotti, ISOLUX Corsan, SMINC et les sociétés Caraventa et COBA, selon l'enquête.

En 2006, le marché pour la réalisation de l'autoroute Est-ouest a été attribué au groupe chinois "CITIC-CRCC", avec un coût de 6 milliards de dollars.

Le projet s'étend sur 1 700 km (routes annexes et ouvrages d'art inclus) avec un coût de 8 millions d'euros par kilomètre dont 1300 km destinés à la construction de 400 échangeurs, des rocades, de 8 viaducs, 400 ouvrages d'art, 17 trémies et 350 aires de repos.

Avant de déférer l'affaire au tribunal criminel, la défense avait interjeté appel auprès de la Cour suprême en vue d'une dé-criminalisation des faits. Un appel qui a été rejeté.

Comme pour le procès Sonatrach, beaucoup se poseront des questions sur les "absents" d'une affaire qui a donné un sinistre aperçu du "climat des affaires" en Algérie.

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