Interview de Mohamed Tozy à l'occasion d'une table ronde organisée à l'Institut du monde arabe jeudi 19 mars

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Interview de Mohamed Tozy à l'occasion d'une table ronde organisée à l'Institut du monde arabe jeudi 19 mars |
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ISLAM - Le politologue et sociologue Mohamed Tozy était parmi les intervenants, à Paris, d'une table ronde à l'Institut du monde arabe sur le fait religieux au Maroc organisée jeudi 19 mars. Le HuffPost Maroc l'a rencontré.

HuffPost Maroc: Comment se définit l'islam sunnite marocain?

Mohamed Tozy: Le dogme est achaârite, du nom d'un savant religieux sorti du rationalisme pour aller vers l'équilibre entre le texte et la raison, mais qui peut être très conservateur aussi. Le rite est malékite, un rite andalou et marocain caractérisé à la fois par son conservatisme et son extrême pragmatisme, puisqu'il englobe des pratiques très peu orthodoxes, et convient très bien à l'islam berbère rural. La troisième composante revendiquée par l'islam marocain est sa dimension spirituelle, soufie.

Que pensez-vous de ce gouvernement dirigé par des islamistes dits modérés?

Il s'agit d'un gouvernement de coalition piloté par des islamistes, qui ont mis beaucoup d'eau dans leur vin et appris rapidement l'exercice du pouvoir. Ils ont fait fonctionner leur référentiel pragmatique pour accompagner la prise en charge de la complexité du politique. Ils sont de culture islamiste, c'est vrai, mais c'est plutôt lié à leur origine sociale: les nouvelles élites viennent des classes moyennes et du peuple, ne sont pas habituées aux arcanes du pouvoir mais sont en train d'apprendre... Ils sont, au final, plus conservateurs qu'islamistes.

Dans ce système, le roi demeure commandeur des croyants...

Oui, ce monopole a été constitutionnalisé dans le cadre d'un consensus assez général, y compris du côté des forces du progrès. Dans un rapport de force social qui est en faveur du conservatisme, c'est un moindre mal de ne pas laisser l'expression d'une interprétation de la religion au terrain, et de le mettre sous le chapeau du roi...

On en trouve l'exemple dans l'actualité avec le débat sur l'avortement...

On a la chance d'avoir un roi moderniste, mais qui est sensible aux rapports de force dans la société, donc qui peut aussi prendre des décisions conservatrices... Le fait qu'il ait pris en charge ce dossier pour le soustraire à une société clivée dont la tendance est conservatrice permettra peut-être de le faire avancer vers une réglementation beaucoup plus libérale.

Le cadre étatique et politique très imprégné du religieux n'est-il pas dépassé?

Les gens ont besoin de se sentir dans un pays musulman, c'est leur identité. Certes il y a une production idéologique qui entre dans ce cadre, mais le fonctionnement du système politique est à 99% un fonctionnement politique normal, qui traduit les rapports de force de la société, essaie d'apporter des solutions pratiques aux problèmes économiques, démographiques, d'éducation... Les islamistes le disent eux-mêmes, "laissons les valeurs se disputer au niveau de la société". Et pour l'instant ce choc des valeurs est plutôt en faveur du conservatisme.

Les défenseurs des droits de l'Homme parlent d'une régression des libertés individuelles...

C'est vrai dans le monde entier. Les Etats sont sous la contrainte de la violence généralisée, notamment du jihadisme, ce qui provoque une grosse régression au niveau des libertés. Dans les arbitrages entre liberté et sécurité, pour l'instant la tendance est à la sécurité, et cette sécurisation est liberticide. Le Maroc n'échappe pas à cette tendance lourde, avec la particularité d'un pays où la démocratie est émergente.

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