La militante Soumia Salhi: l'amendement sur les violences faites aux femmes n'est qu'une "maigre avancée"

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Ahmed Sahara pour le HuffPost
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Soumia Salhi, militante féministe, syndicaliste et ancienne présidente de l'association algérienne pour l'émancipation des femmes (AEF), a estimé mercredi, dans "l'entretien" de Radio M que l'adoption à l'APN de l'amendement au code pénal sur les violences faîtes aux femmes "n'est qu'une maigre avancée", qui n'abolit toujours pas "l'architecture inégalitaire de la loi".

Soumia Salhi s'est de prime abord interrogée sur les intentions et la capacité du Président Abdelaziz Bouteflika à "aller plus loin" et "instaurer l'égalité pour les femmes", malgré la pression et "la levée de boucliers des islamistes" au parlement et dans la rue.

La militante féministe, qui a préconisé l'abolition de cette "architecture restée inégalitaire malgré les amendements de 2005", a mis en exergue l’iniquité subie par les femmes dans les modalités de divorce.

Soumia Salhi a relevé les conditions particulièrement "humiliantes et très difficiles à fournir" exigées de la femme qui a recours au khol'a. Celle-ci doit ainsi " "justifier" des raisons de son souhait" de divorcer, tout en notant que "le mari a le pouvoir de répudier son épouse sans aucune justification".

Les femmes avancent

Au sujet de la disposition sur le "pardon" qui entraine la suspension dans certaines situations des poursuites pénales contre le mari, Soumia Salhi, ne cache pas son indignation. Cette "clause du pardon" est, selon elle, une mise en échec de la "parole des femmes". C'est tout simplement un "message d'impunité" qui est envoyé.

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Pour l'ancienne présidente de l'association pour l'émancipation des femmes, la loi est en retard par rapport aux pratiques sociales et la "vraie bataille" doit être menée dans la société, dans les rues.

"Nous sommes plus dans les mariages arrangés comme dans les année 1960 et 1970. Les femmes ne vont plus à l'école juste pour apprendre à lire et écrire. Les femmes algériennes "avancent et ébranlent le patriarcat qui donne des privilèges aux hommes", qui se sentent "menacés" selon Soumia Salhi.

"La loi doit booster et pousser vers l'avant, mais seule elle ne suffit pas. Il faut changer les mentalités et les pratiques sociales", a-t-elle affirmé. "Il faut lutter et déconstruire cette image réductrice de la femme dans la société (...) Et ce n'est qu'à travers des réformes politiques profondes et appliquées que la société pourrait s'accommoder à l'égalité la femme", a-t-elle par la même occasion déclaré au HuffPost Algérie.

Sans détailler quelles pourraient être ces réformes concrètes, Soumia Salhi a tenu à souligner le combat du mouvement associatif féministe, sur la scène politique et sociale.

L'amendement sur les violences faîtes aux femmes n'est qu'une conséquence inéluctable de l'émergence - professionnelle notamment - de ces dernières depuis l'indépendance, a estimé Soumia Salhi.

La syndicaliste a ainsi mis en évidence la progression des femmes diplômées en Algérie, sans omettre leur immersion dans le milieu professionnel, et à moindre échelle dans le milieu politique.

Les libertés passent par la rupture

Mme. Salhi est catégorique; une rupture s'impose avec "tous ces ceux qui bavent sur l'adoption par l'APN d'un amendement du code pénal et qui sont montés au créneau pour quelques ajustements", a-t-elle martelé.

"Les femmes revendiquent le respect, la sécurité et l'intégrité. Elles sont là, elles sont présentes et elles sont compétentes", a poursuivi la militante. "Ceux qui prétendent aujourd'hui revendiquer un changement avec plus de libertés et de démocratie devraient faire une rupture avec ce regroupement", a-t-elle affirmé.

Les amendements effectués en 2005 et ceux adoptés la semaine dernière ne sont que des "avancées dans le sens où nous l'entendons", mais "nous avons besoin de faire un bilan par rapport à la pratique de la loi pour en cerner les limites, les failles" car "il reste beaucoup à faire" a par ailleurs déclaré Soumia Salhi.

"Il faut une égalité entre l'homme et la femme, dans le respect (...) Ce texte va passer, mais la vraie bataille est au niveau de la société", a-t-elle conclu.

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