Violences faites aux femmes: Makri trouve les salafistes "trop mous" face à une "atteinte à la charia"

Publication: Mis à jour:
makri
Imprimer

Les amendements, pourtant peu révolutionnaires, au code pénal destinés à sanctionner les violences faites aux femmes n'en finissent pas de faire des vagues au sein de la mouvance islamiste algérienne. De manière, inattendue, cela donne lieu à une bataille rangée entre les Ikhouanes (Les frères musulmans) et les salafistes.

Abderrezak Makri, chef du mouvement de société de Paix (MSP), souvent affublé du qualificatif de "modéré" a ouvert les hostilités en donnant libre court à sa rancœur contre les salafistes qui ont choisi, selon lui, d'être silencieux, à un "atteinte franche" à la charia que constituent les amendements au code pénal.

Dans un post publié hier sa page Facebook, Makri dénonce les “madkhaliyine” et assimilés "qui s'opposent au nom de la de la religion aux partis et à tout ceux veulent la réforme et le changement”.

Les “madkahliyines”, en référence à Rabee Al-Madkhali, ancien président du "Département de la Sunna" à l’université de Médine, constituent un courant salafiste rigoriste. Mais, c'est un courant radicalement hostile à toute contestation de l’autorité et à l’existence de partis politiques et il est de ce fait largement favorisé par les régimes en place.

En Algérie, on a plutôt tendance à leur donner du titre de “salafia Ilmiya” (scientifiques) avec pour “guide” Abou Bakr Al-Djazairi, un algérien établi en Arabie Saoudite pour les distinguer des salafistes politiquement actifs comme Ali Benhadj.

Faux barbus et marchands de la religion

Makri ne se contente pas, dans sont post, de leur donner ces dénominations. Il évoque aussi ceux qui mettent de “fausses barbes” et parlent de “textes de la charia (alors qu’ils ne font peut-être pas la prière), ces marchands de la religion qui nous disent “ne critiquez pas le gouvernant, acceptez tout, “même s’il frappe votre dos et spolie vos biens”!”.

A tout ces salafistes, Makri pose une question: que dites-vous de l’atteinte claire à des “textes de la charia tranchés” qui est venue dans les nouveaux articles du code pénal soumis par le gouvernement et “approuvé par les députés du FLN et du RND?”.

Il termine en se demandant s'ils "sont des adeptes de “laisser le soin à Dieu de juger (Mourji’oune) quand il s’agit des gouvernants et des Takfiri quand il s’agit de l’opposition”.

Le Mouvement de Société de Paix et les autres partis de l'Alliance Algérie Verte (AAV) se sont violemment opposés aux amendements du codé pénal portant criminalisation des violences faites aux femmes en les considérant comme contraires à la charia et comme destructeurs de la famille.

LIRE AUSSI:
Des islamistes se lâchent au parlement: les femmes sont responsables des violences qu'elles subissent!
APN: L'amendement sur les violences faites aux femmes adopté, la clause du "pardon" critiquée
BLOG: Statu quo et résurgence des forces rétrogrades

Le contenu du post a été repris par le journal Echourouk qui met la photo de Makri en opposition à celle de Mohamed Ali Ferkous, un cheikh salafiste algérien. Le journal El Bilad a également reprisele post de Makri en titrant de manière directe “Makri attaque cheikh Ferkous et ses partisans salafistes

Makri n’a pas apprécié que le journal Echourouk le mette en opposition avec Cheikh Ferkous et parle de pratique journalistique "misérable". Il semble voir dans la manière dont sont repris ses propos une sombre manoeuvre d'appareils.

"Je n’ai pas parlé de Cheikh Ferkous (salafiste)" note Makri en relevant que celui-ci n’était pas “à sa connaissance” un des “medkhali” qui, précise-t-il, sont liés à des “services secrets étrangers” et sont utilisés par des “factions au sein du pouvoir”.

“Nous ne leur permettrons pas de gâcher notre pays… Ils sont “contre le changement quand ils croient que les régimes sont forts et se transforment en groupes violents entre les mains de l’Etat profond quand les régimes vacillent afin d’intimider les patriotes sincères qui cherchent l’entente pour l’intérêt de leur pays”.

Pourtant, de nombreux lecteurs "salafistes" ont l'air d'avoir compris qu'ils sont ciblés par la charge du chef du MSP. Sur la page Facebook de Makri comme sur les sites des journalistes, on assiste à un véritable règlement de compte entre salafistes et ikhouane” (Frères).

Certains rappellent à Makri que pendant plus de 15 ans, “vous étiez dans le gavage et les mains levées dans ce parlement. Le peuple vous connait bien et connait la superficialité de votre opposition…”. D'autres, "ikhouanes, saluent le courage de Makri à s'attaquer à ces "ignorants" de salafistes.

Un autre internaute renvoie Makri et les salafistes dos à dos. . "Le pire est que cette guéguerre que vous menez contre les salafistes va permettre aux islamistes en tout genre de dire que c'est, encore une fois, la faute des femmes, cette "fitna"

Makri, homme politique très connecté et hyper-réactif, a-t-il ouvert une bataille inattendue avec les salafistes en défendant une position, que d'aucuns jugent comme "réactionnaire", hostile à des amendements au code pénal destinés à protéger les femmes des violences?

Retrouvez les articles de HuffPost Algérie sur notre page Facebook.

Pour suivre les dernières actualités en direct, cliquez ici.