Faouzi Skali répond aux questions du Monde sur le soufisme

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FAOUZI SKALI
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Faouzi Skali, l’un des plus grands spécialistes du soufisme marocain, a répondu aux questions du Monde Afrique. Le fondateur du festival des musiques sacrées de Fes, qui préside désormais le festival de la culture soufie, affirme que le soufisme peut être un rempart à l’islam radical. Le HuffPost Maroc vous livre l’essentiel de son entretien.

Sur l’islam radical

"Les tragiques évènements récents, commis par des individus qui se revendiquent d’une idéologie wahhabite et d’une conception réductrice et extrémiste de la religion, monopolisent l’attention de l’opinion publique. Les musulmans eux-mêmes ne se reconnaissent pas dans cet islam. Comment s’identifier à ces actes barbares perpétrés à Mossoul, au nord du Nigeria, à Paris ou ailleurs? Il y a un effet d’optique qui inverse la réalité de l’islam vécu et pratiqué. Il me semble donc que le soufisme a besoin d’être soutenu, expliqué, débattu, pou faire valoir sa réalité dans le quotidien."

Sur la vocation du Maroc à exporter le soufisme

"Pour simplifier: de la même manière que l’Arabie saoudite est exportatrice du wahhabisme, le Maroc, qui est imbibé de soufisme, a vocation à contribuer à son rayonnement en Afrique. Toutefois, les Marocains ne sont eux-mêmes pas épargnés par la pénétration d’autres courants islamiques et ils ont eux aussi besoin de repères. Fès est donc un lieu qui permet une réflexion et une expression libres. C’est un écrin de civilisation islamique, face au désarroi dans lequel Daech plonge de nombreux croyants. Il faut voir le désarroi de nombreux musulmans qui ne comprennent pas le rapport de Daech avec l’islam."

Sur la vocation du soufisme à être un rempart à l’islam radical

"Les islamistes radicaux sont au fond très matérialistes parce qu’ils proposent une consommation de l’extrémisme. Ils font du business, s’accaparent du pouvoir politique et économique au nom de la religion dont ils n’extraient que l’aspect matérialiste. Le djihadisme est le fils monstrueux de l’ultra-libéralisme. Je pense et je veux croire qu’il y a un besoin de spiritualité chez les jeunes dont une partie est détournée par ces groupes. Un jeune qui ressent un besoin de quête spirituelle peut être embrigadé. Il nous faut donc faire rempart par la spiritualité. Défendre un patrimoine culturel soufi est une urgence qui échappe à des velléités d’instrumentalisation politique."

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