"La Révolution n'a pas eu lieu" de Sonia Terrab: Amour, printemps arabe et illusions perdues (INTERVIEW)

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SONIA TERRAB
Sonia Terrab: "Il faut nous libérer de nos démons et de nos paradoxes" | DR
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LITTÉRATURE - Quatre ans après la sortie de son premier livre, Shamablanca, l'écrivain Sonia Terrab revient avec un nouveau roman d'amour incisif sur fond de printemps arabe. Interview.

HuffPost Maroc: Vous venez de publier La Révolution n'a pas eu lieu. Dites-nous en un peu plus sur le "pitch" de ce nouveau roman...

Sonia Terrab: La révolution n’a pas eu lieu raconte Ylias, un jeune homme idéaliste et passionné, qui vit à Paris où il est doctorant en sciences politiques. Quand la révolution éclate en Tunisie et en Egypte, pour une fois, il est fier d’être arabe. Il se dit que c’est le moment de s’affirmer, de se révolter. Il décide alors de revenir au Maroc pour participer à la contestation. Le roman commence en mars 2011, pendant la deuxième grande manifestation du 20 Février, et s’étend jusqu’en juillet, lors des résultats du référendum et du "oui" à la constitution.

Tout au long du roman, Ylias se cherche, perd beaucoup de ses illusions et surtout, s’avère incapable de changer quoi que ce soit, et surtout pas lui-même. Il est amoureux de Meya, 20 ans, sauvage, à fleur de peau, tourmentée, qui n’en fait qu’à sa tête, et cette relation le perturbe aussi. Il n’arrive pas à apprivoiser la jeune femme, à l’aimer comme elle est, à l’accepter pour mieux s’accepter lui-même. Ylias et Meya dansent sur leur propre rythme, chacun sa musique, c’est un ballet discordant, une colère mal placée, une non histoire amour en écho à la non révolution.

Pourquoi estimez-vous que "La révolution n'a pas eu lieu"?

La révolution ici est un prétexte, un décor, une mise en abyme. Ce n’est pas un roman politique. La phrase qui a porté ce livre est celle de Fernando Pessoa: "D’abord sois libre, ensuite demande la liberté". Je parle de la révolution individuelle, la révolution des êtres, pour dire que dans un pays comme le Maroc, il faut d’abord se changer soi-même avant de changer le reste.

Il s’agit de l’impuissance, de la désillusion qui nous dévore sans pouvoir l’exprimer, le hurler, le revendiquer proprement, sans être capable de faire une vraie rupture et de l’assumer, une rupture en tant qu’individu, citoyen du monde, être humain, une rupture dans la solitude avant de l’inscrire dans le groupe.

Il nous faut faire nos propres choix et non pas suivre ceux qu’on nous a soufflés, nous définir par rapport à notre vie et non pas celle que la société nous impose, nous libérer de nous-même, de nos démons, de nos paradoxes et de notre célèbre schizophrénie, pour mieux nous libérer des autres et habiter le monde tel qu’il est.

Quatre ans après la sortie de "Shamablanca", quel regard portez-vous sur la jeunesse marocaine que vous décrivez?

Shamablanca est le roman d’une jeunesse désabusée, tiraillée, qui a aussi du mal à s’accepter et à s’aimer. Ce deuxième roman pose les mêmes questions, sans y répondre, car ce n’est pas mon rôle.

Il décrit le ressenti, les émotions, le doute, l’autodestruction, la frustration et met en scène une jeunesse qui ne se remet pas forcément en cause, qui aime les excès et soigne les incohérences, qui se juge victime et coupable à la fois, tout en étant paumée, en quête de sens mais aussi en quête d’elle-même.

Une jeunesse essoufflée, pressée, incapable de se voir comme elle est, incapable de trouver sa place dans un monde en perpétuel changement. Ylias réfléchit trop, Meya ne réfléchit pas assez, et à eux deux, ils n’arrivent toujours pas à s’accorder. Où est le juste milieu? Il n’y en a pas, justement.

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