Des lieux cultes d'Alger revisités à bord d'un bus découvert

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Aurélie Lecarpentier pour le HuffPost Algérie
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Dans le cadre de Djart '14, biennale culturelle pluridisciplinaire internationale qui se déroule depuis le 6 novembre à Alger, Houssem Mokeddem, architecte, a proposé, samedi 15 novembre, de (re)découvrir trois lieux cultes d'Alger laissés à l'abandon ou en cours de réhabilitation, à bord d’un bus ouvert.

Le rendez-vous est à 8 heures au métro des Fusillés. Le bus se fait attendre alors que tombe une pluie fine et intermittente. La promenade baptisée "Redécouverte fortuite" se propose d’embarquer les participants à bord d'un bus pour le moins original. Surmonté d'une plateforme, les voyageurs peuvent se tenir debout sur le toit. La vue est alors imprenable puisque les yeux du passager se trouvent à presque 4 mètres du sol. C'est d'ailleurs dans ce bus qu'a circulé l'équipe nationale de football à son retour dans la capitale lors de la Coupe du monde de juillet dernier. Cette fois, c'est une équipe de jeunes gens de tous horizons qui s’apprête à (re)découvrir trois lieux emblématiques d'Alger: la Minoterie, les Deux moulins et le Bastion 23.

Aux environs de 9 heures, le bus s'ébranle en direction d’Hussein Dey et de sa zone industrielle.

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Des dizaines d'usines ont été bâties à l'époque coloniale. Elles sont maintenant presque toutes à l'état de friche. Houssem Mokeddem parvient à sensibiliser son auditoire à la réhabilitation des friches urbaines en lieux culturels capables d'accueillir un large public, des artistes, des expositions, des salles de cinéma, de danse, de théâtre, des bibliothèques, etc. Pour Houssem, ce patrimoine est un véritable bijou laissé à l'abandon depuis les années 70. Lorsque la ville s'est agrandie en raison de l'augmentation de la population, ces fabriques ont été délocalisées à l'extérieur d'Alger, vers El Harrach ou Rouïba.

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La quarantaine de participants à la visite guidée se compose, en majorité, d'étudiant-es en architecture, mais aussi de bénévoles du milieu associatif ou encore de militants d'Amnesty International. Certains ont suivi Djart '14 depuis son début, d’autres y participent pour la première fois. Aujourd’hui, ce qui les rassemble tous, c'est leur curiosité des lieux insolites. On parle de Le Corbusier, Pouillon, du plan de Constantine, de centres d'art, d'aménagement du territoire, de friches urbaines, des abattoirs.... À l'image de la plateforme internationale Djart'14, plusieurs nationalités sont représentées : des Français, des Italiens, des Espagnols, des Tunisiens et des Algériens.

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La première halte a lieu aux Moulins Narbonne, également appelée la Minoterie, une ancienne fabrique de tabac et d'allumettes, et avant ça une briqueterie. Louis Gonzagues Narbonne avait fait construire cette usine en 1928 pour la farine et la semoule car située près du port et de la gare Hussein Dey. Après l’indépendance, la minoterie est passée entre les mains de la SN Sempac… Aujourd'hui elle est fermée, "protégée" par des fils barbelés. Les entreprises avoisinantes y jettent les matériaux durs comme des dalles de béton, de la ferraille, etc. Le lieu devait être démoli mais il recevra finalement des bureaux. Houssem Mokeddem suggère qu'il serait bon de "passer d'un non-lieu à un lieu pour la culture." Il s’interroge: "Comment les gens se réapproprient un lieu?"

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Houssem est un guide passionné qui cherche à susciter l'implication de chacun dans l'espace public. Son enthousiasme lui attire la sympathie de son public et donne à ses projets l'élan nécessaire à leur réalisation. "En février j'ai emmené 120 personnes pour visiter la Casbah. Il y avait une pluie torrentielle, on était trempé jusqu'à l'os. Jusqu'à maintenant c'est ma plus belle visite", ajoute-t-il avec un sourire malicieux.

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Houssem Mokeddem, organisateur de la visite

Avec sa hauteur unique et son étage ouvert, le bus qui roule à faible allure attire l'attention de tous les gens qu'il croise. Les passants saluent l'embarcation avec des gestes de la main ou des sourires, certains lancent des regards interrogateurs auxquels les passagers répondent, en rigolant, "Touristes, we are tourists"! D’autant plus qu’en raison des nombreux câbles électriques reliés de part et d'autre de la route, il faut se baisser de temps en temps ce qui donne une ambiance de fête foraine.

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Le bus passe devant la pêcherie : Jamaa el Jdid. Celle-ci raconte, à elle seule, une étape de l’histoire de la ville d'Alger, quand la mer allait jusqu'à la Casbah. Lorsque les eaux ont commencé à gagner du terrain sur la ville, Napoléon a décidé de définir le niveau de la terre au premier étage de la mosquée. Ce choix a été primordial et lui a été salutaire dans son rapport à la ville et aux habitants. Il était stratégique de sauvegarder ce haut lieu de l'Islam pour conserver la paix sociale. Il est à signaler que l'équipage n'est pas autorisé à photographier car il y a juste de l'autre côté de la rue les locaux de la Direction générale de la sûreté nationale.

fortuit bord mer

Le bus longe ensuite la côte rocheuse de Raïs Hamidou jusqu'à un bâtiment dont il ne reste plus que le squelette et qui se nomme familièrement "la maison hantée". Elle appartenait à un notable français, puis est devenue une école. Après avoir été plastiquée pendant la guerre de Libération (1954-62), elle a été fermée puis squattée par des familles. Elle a été désarticulée au fur et à mesure, les câbles électriques ont été extraits des murs, les matériaux ont été volés probablement pour être vendus. Beaucoup de gens viennent visiter cette maison, certains sont d'ailleurs de vrais acrobates et se déplacent d'un étage à l'autre, d'une ouverture à l'autre, comme des chats.

maison hantée

La pluie a cessé et l'équipage reprend sa route sous le regard toujours étonné et amusé des passants. Le bus passe, à présent, à proximité de la mosquée Ketchaoua. Regagnant le cœur de la capitale, il se dirige vers le Bastion 23 au pied de la Casbah. En faisant rapidement le tour, il est possible d'admirer la vue sur la mer depuis la terrasse où un galet souhaite humblement la bienvenue. Ce bâtiment très ancien est fait de tourbe et de poutres. Il a échappé à la destruction grâce à l'intervention d'un groupe d'architectes qui l’a transformé un centre d'art en 1999. Il est le dernier témoin épargné par la colonisation qui prouve que la Casbah arrivait jusqu'à la mer.

bastion 23

À 13 heures, l'expédition est de retour à Alger centre, sous un grand soleil, accompagné d’un arc en ciel. "Redécouverte fortuite" était la dernière activité nomade de Djart qui s’est achevée samedi soir. Les organisateurs et les participants enthousiastes espèrent que les initiatives réussies seront un tremplin pour la prochaine biennale.

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