Sports, musique, voiture... Les hobbies de Hassan II

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HISTOIRE - Soixante dix années d’existence, trente huit de règne. Pourtant, le roi Hassan II ne s’est sûrement pas ennuyé. Contrairement au commun des mortels, tous les loisirs lui étaient accessibles. Florilège de ses principaux hobbies et passions.

hassan ii voiture

Des centaines de voitures de collection, une passion pour l’aviation, un train privé et un bateau transformé en résidence. Les interminables déplacements inhérents à un chef d’Etat ne sont pas une corvée pour Hassan II. Le souverain conjugue naturellement transport et plaisir, hajja ou zyara comme on dit chez nous. 
Son histoire d’amour avec l’automobile en particulier débute précisément en 1931.

Moulay Hassan fête à peine ses deux ans et les cadeaux faits au petit prince sont dignes de son rang. C’est ainsi que le petit garçon entame la formidable collection de voitures qui sera la sienne. Sur un délicieux cliché de l’époque, on voit le futur Hassan II embarqué dans sa première automobile, une improbable Bugatti Type 52 modèle 1928 taille "bébé". Il fait déjà partie d’une caste de clients privilégiés: la version miniature n’a été fabriquée qu’à une dizaine d’exemplaires.

Le style, c’est l’auto…

Son goût immodéré pour les belles autos se confirme à l’âge adulte. Outre son trône, le roi lègue à son fils une extraordinaire collection de voiture de prestige estimée à plusieurs centaines de véhicules. Pour lui, l’esthétique compte plus que la performance.

En 1993, Hassan II va même jusqu’à commander un exemplaire unique d’une voiture marocaine qu’il nomme la "Menara". Œuvre du constructeur "Canam", ce modèle cabriolet deux places est une réplique de la Peugeot "Bebe" modèle 1913. Nostalgie de l’ère pionnière…

Moins connu est son intérêt pour l’aviation. Dans l’autobiographie que lui consacre le journaliste français Ignace Dalle (Hassan II entre tradition et absolutisme), on apprend qu’il n’est pas insensible aux engins volants: "La France se résout, au mois de septembre, à lui offrir un hélicoptère. Mais, sans doute trop inconfortable ou bruyant, l'engin ne suffit pas au bonheur du prince.

Octobre 1956, il deux avions et passe de nombreuses heures de vols à bord ses nouveaux jouets. Une passion pour l’aviation qui s’estompe légèrement un certain 16 aout 1972, date de l’attentat raté sur le Boeing royal.

C’est donc par train, moyen de transport qu’il juge plus sûr, que le roi sillonne régulièrement son pays. Un vaste bureau, des meubles en acajou, un salon élégant, le train de Hassan II s’apparente à un palais roulant. Il y passe de longues heures à méditer sur le paysage et ne se prive pas pour y organiser des séances de travail avec des collaborateurs urgemment "invités" à bord.

hassan ii marrakech

Le principal vaisseau d’apparat de Hassan II reste le "Marrakech". Ce navire appartenant en réalité à la COMANAV est réquisitionné en fonction des besoins du monarque. Le roi ne boude pas son plaisir de se déplacer  dans un bâtiment de la taille d’un palais, avec ses 127 mètres de longueur. Le voyage en bateau est pour lui l’occasion de lier croisière et politique. Rien de mieux que de se rendre chez les pays rivaux (Algérie, Lybie) tout en restant chez soi.

Réunions sur le green

Pendant son instruction au Collège royal, la seule activité ludique de Hassan II se résume au sport. Une fois adulte et tout puissant, le roi arrête ses choix en la matière. Sa préférence va au golf, au tennis et à la chasse.

Assis à l’ombre dans sa voiturette ou crampons solidement attachés au "green", le roi défunt est un véritable passionné qui ne cache pas ses escapades sur les pelouses. Dans la seconde partie de son règne, les parties s’enchaînent presque quotidiennement. En début d’après midi, la cour se déplace comme un seul homme au golf royal tandis que le roi y accorde ses audiences.

Les courtisans et les notables sont obligés de se mettre à un sport pas vraiment ancré dans leur tradition. La pratique du golf est idéale pour un roi qui aime profiter du beau temps et à qui les médecins conseillent le plein air. Réputé d’un bon niveau, il aime surtout la discrétion que lui offre le cadre pour traiter aussi bien les affaires politiques que familiales comme le révèle sans ancien agent de sécurité Raymond Sasia.

"C’était pour lui une détente, mais il emmenait souvent avec lui un ministre ou un expert pour discuter d’un dossier en déambulant sur le green, à l’abri des oreilles indiscrètes."


hassan ii golf

De la pelouse à la terre battue, Hassan II ne craint pas le changement de surface. Son histoire d’amour avec le tennis est une brève mais intense passion. Le divorce n’est consommé qu’avec les premières difficultés respiratoires du roi. Au départ, Hassan II contracte le virus par héritage paternel, aimait à confier le regretté Mohamed M’jid, pape du tennis marocain, président de la fédération marocaine de tennis pendant 48 ans.

A l’aube de l’indépendance, les tennismen ne sont pas légion au Maroc et le futur roi profite des partenaires de son père Mohammed V, lui même assez doué avec une raquette. Hassan II trouvera finalement des acolytes personnels en la personne de Ahmed Karnass et Ahmed Ben Ali, pionniers de ce sport au royaume. 

Depuis des temps immémoriaux, un monarque viril est un roi chasseur. Le cliché du passe temps favori des souverains sied parfaitement à Hassan II. Son terrain favori, la région d’Ifrane. Son gibier préféré, le sanglier. Les battus du monarque rassemblent souvent des tribus entières, des centaines de personnes. Bon tireur et excellent cavalier, le roi est en confiance lors des parties de chasse. Une confiance entretenue par la cour qui clame son admiration à chaque coup de feu tiré avec succès par Hassan II. Evidement dans le cas contraire: "Le seigneur a épargné la bête".

Gourmand et gourmet

hassan ii elizabeth

Hassan II était également un amateur de bonne chair. Sur la mythique photo du repas entre Hassan II et la reine d’Angleterre, il déguste un méchoui avec les doigts aux côtés d’Elisabeth II qui en fait de même. Normal, ce plat goulument mangé sans couverts est un de ses préférés. Il faut ajouter à cette liste les traditionnels tajines sans oublier un petit faible pour la langue de mouton.

Mustapha Annakir, longtemps en charge des cuisines de palais raconte les intrusions royales dans son domaine.

"Il veillait personnellement à la préparation des plats qu'il offrait à ses illustres convives. Il intervenait aussi bien dans le choix des plats que dans l’art de les présenter".

La moindre offense faite aux papilles royales pouvait être lourde de conséquence. Joël Normand, cuisinier de l’Elysée à la retraite, confesse pour sa part dans un livre avoir failli perdre sa place le jour où Valéry Giscard d’Estaing lui a fait part de sa "honte d'avoir vu une tarte aussi médiocre" servie en guise de dessert à Hassan II.

On ne rigole pas avec le "palais" royal. Hassan II s’amuse parfois à cacher des pièces d’or dans les couscous offerts aux convives, adaptant à sa manière la galette des rois.

L’oreille absolu-tiste

"J’aurais pu faire carrière dans la musique". Surprenante révélation faite par Hassan II lui-même à une télévision française. Une ambition minée par la rigueur paternelle. Le roi confesse que son père a piétiné sa collection de vinyle à l’époque où le prince Hassan était étudiant à Bordeaux. Une fois libre de toutes contraintes, le souverain s’adonne à cœur perdu à la musique, véritable passion.

Les "folles soirées de Hassan II", racontées par l’hebdomadaire TelQuel regorgent d’exemple de la mélomanie chronique du roi. On y apprend par exemple qu’il s’est un soir improvisé chef d’orchestre du grand Abdelhalim Hafez.

hassan ii bendir

"Hassan II ne perd pas une seule occasion de mettre en avant son côté mélomane, pour étaler ses connaissances musicales. Surtout devant les grands artistes venus d’Orient. Un soir où le “Rossignol du Nil”, Abdelhalim Hafez, et son orchestre jouent pour Hassan II, le roi décide ainsi de s'emparer de la baguette du chef d'orchestre et de diriger lui-même la formation mythique".

Capable d’un mécénat courageux et sincère avec des formations comme Nass El Ghiwane, Hassan II n’oublie pas non plus que les chanteurs sont ses sujets. Une convocation pour une soirée au Palais peut tomber à n’importe quel moment.

"Les membres du groupe étaient dispersés dans les environs d’Agadir quand un message est tombé à 3 heures du matin à la préfecture, qui ordonnait de nous rassembler. Le lendemain à 16 heures, toute la troupe s’est retrouvée à l’aéroport, où un avion spécial nous attendait pour nous emmener jusqu’à Rabat", se souvient un membre de la troupe Izenzaren.

Bien qu’il préfère la position de spectateur, Hassan II emporté par le rythme ne manque pas l’occasion de dégainer un "bendir".

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