Relief et vicissitudes politiques expliquent la persistance du terrorisme autour du Djurdjura

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Nejma Rondeleux pour le HuffPost Algérie
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Le rapt du Français, Hervé Gourdel, dimanche 21 septembre par un groupe djihadistes rallié à "l'Etat islamique" (Daech), a eu lieu en Kabylie, au milieu des montagnes du Djurdjura, dans une zone instable régulièrement touchée par des attaques terroristes.

Pourquoi la Kabylie reste-t-elle un lieu d'ancrage du terrorisme ? Huffington Post Algérie a fait le point avec des spécialistes de la région sur les particularités géographiques et surtout historiques de la Kabylie susceptibles d’éclairer cette prise d'otage.

Entente tacite entre les terroristes et les populations locales

L'histoire de l'insurrection islamique en Kabylie est différente du reste du pays. Dès le début de la décennie noire des années 90, les groupes terroristes ont tenu compte de l'anthropologie locale en évitant de s’attaquer aux populations civiles et en prenant pour cible uniquement les hommes armés.

Un exemple qui illustre parfaitement cette stratégie est l'enlèvement du célèbre poète et résistant kabyle, Matoub Lounès, en 1994 par le Groupe islamiste armé (GIA). Suite à son kidnapping, la mobilisation de la population locale a été si forte avec des menaces de représailles sur les familles dont des membres se trouvaient au maquis et sur les ravisseurs que le GIA a libéré le chanteur sans aucune contrepartie. La plupart des villages en Kabylie n'ont donc a pas pris les armes contre les terroristes qui ont réussi à se maintenir en bonne intelligence avec les populations locales.


Vieille défiance de la population envers le pouvoir

Les Kabyles entretiennent historiquement une relation tendue avec l'Etat. Le Printemps noir d'avril 2001 au cours duquel 126 manifestants de la région ont été tués par les gendarmes et les policiers a aggravé la situation. Les locaux qui se méfient donc du pouvoir central refusent de collaborer avec lui et de "moucharder". C'est ce qui existe la longévité de la rébellion islamique en Kabylie. Par ailleurs, le désinvestissement économique de l'Etat dans la région favorise le banditisme et augmente les possibilités de voir certains habitants rejoindre les groupes armés.

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Vallée escarpée et isolée

Selon le communiqué du ministère de l'intérieur, l'enlèvement d'Hervé Gourdel a eu lieu dans la wilaya de Tizi Ouzou, près du village d'Aïn Ouabane, le plus élevé de la vallée et donc très isolé. Qui plus est, cette zone de ligne de crêtes s'étalant de la daïra de Ouacif à celle d' Aïn El Hammam, est recouverte de forêts denses propices aux caches des groupes armés. A la faveur du relief et de la végétation, les ravisseurs d'Hervé Gourdel ont donc réussi à rapidement disparaître.

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Situation sécuritaire défaillante

Le kidnapping s'est déroulé moins de 10 kilomètres à vol d'oiseau de l'attaque perpétrée en avril dernier contre un bus transportant des militaires qui s'étaient soldés par la mort de 14 soldats. L’embuscade a eu lieu le 19 avril, au lieu-dit la Carrière", dans la commune d'Iboudrarène, au pied du massif du Djurdjura.

En moyenne, la région a connu une à deux attaques d'envergure chaque année depuis 2004, année où l'islamiste Droudkel a pris la tête de l’organisation terroriste se revendiquant d'Al Quaïda au Maghreb islamique (AQMI). Près de 81 kidnapping ont été enregistrés dans la région en dix ans. Face aux critiques sur l'incapacité à localiser et arrêter le chef terroriste, l'Etat répond que, contrairement, aux années 90 où les islamistes opéraient en bande nombreuse, ils fonctionnent dorénavant en petites unités éparpillées dans les maquis, en faisant des cibles moins visibles et donc plus difficiles à attraper.

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