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Algérie :La lutte contre le trabendo crée de la grogne dans les villes frontalières avec le Maroc

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MARSA BEN MHIDI
Sur la banderole: oui à la lutte contre la contrebande, non à l'encerclement de la région | Facebook Marsabenmhido

Les commerçants, grossistes et détaillants, ainsi que les consommateurs des zones frontalières avec le Maroc sont en colère. Ils accusent les pouvoirs publics et notamment le ministère des finances, de les considérer et de la traiter, tous, en contrebandiers.

L’objet de leur courroux est la liste des produits soumis à autorisation de circuler, ou passavant, publiée dernièrement dans le journal officiel n°35 daté du 17 juin dernier.

Dans cette liste des "marchandises soumises à l’autorisation de circuler dans la zone terrestre du rayon des douanes" on retrouve aussi bien des chevaux, des chameaux, des réfrigérateurs que le "lait et ses dérivés" ou les oignons. Un poète dans le style de Jacques Prévert y trouverait de la bonne matière...

Sont donc soumis à autorisation, les oignons à "l’état frais ou réfrigéré", les dattes, les céréales, l'huile de table, le sucre, le lait pour enfants, les pâtes alimentaires "même cuites ou farcies", les biscuits, les jus de fruits, les eaux minérales et eaux gazéifiés, du tabac, du sel, le ciment, les médicaments.

Et, bien entendu, les carburants, principal produit de contrebande dans les zones frontalières en raison du décalage, énorme, des prix pratiqués en Algérie et au Maroc.

L’arrêté prévoit que des quantités de ces produits sont dispensées de l’autorisation de circuler.

On peut donc, selon le texte, transporter et circuler sans demander de "passavant", un (01) cheval et un (01) chameau....

Et, pour les produits plus courants, ceux qui intéressent les consommateurs, on peut se passer d'autorisation pour 100 kg d’oignons, 100 kg de légumes secs, 25 kg de Deglet Nour, 100 kg de céréales, 100 kg de farines, 50 kg de sucre, 50 kg de lait pour enfants, 200 litres de jus de fruits, 200 litre d’eaux minérales....

Et 1kg de tabac et deux (02) matelas en éponge.

Le carburant, lui, ne figure pas dans la liste des quantités dispensées de passavant.

En théorie, ces quantités de produits de large consommation dispensées d’autorisation permettent d’adoucir l’impact de la "liste" fixée conformément à l’article 220 des codes des douanes.

Celui-ci donne au ministre des finances la latitude de fixer par arrêté les "marchandises qui ne peuvent circuler dans la zone terrestre du rayon des douanes sans être accompagnées d'une autorisation écrite de l'administration des douanes et/ou de l'administration fiscale suivant le cas, ci-après dénommée "autorisation de circuler".

Mais l’article 221, précise que les marchandises qui pénètrent dans la zone terrestre du rayon des douanes doivent être conduites au bureau de douane le plus proche pour y être déclarées et que les transporteurs doivent présenter, les documents accompagnants les marchandises.

KM 35

C’est ce qui est appliqué dans un poste douanier installé à l’entrée de la zone en question, au KM 35, sur la route nationale, au croisement menant vers les villes de Tlemcen, Remchi, Nedroma et Maghnia?

La mesure est mise en oeuvre de manière stricte, la tendance étant depuis quelques mois en Algérie à la lutte "énergique" contre la contrebande par des moyens sécuritaires à défaut de faire jouer les leviers économiques et notamment celui des prix.

Les commerçants de la ville frontalière de Marsat Ben Mhdi, situé à 100 km au nord-ouest de Telmcen, excédés d'être assimilés aux "trabendistes" ont été les premiers à engager un début de bras de fer avec les autorités en se lançant, le 9 août dernier, dans un mouvement de grève.

L'action engagée alors que de nombreux estivants sont présents dans la ville, a eu un impact réel. Des estivants, ne pouvant s'approvisionner en produits de consommation courante, ont écourté leurs vacances.

La mise à jour de liste a intégré des produits de consommation courante provoquant, selon les commerçants, des complications bureaucratiques. Un commerçant, cité dans la presse, s'indigne contre une "punition collective" infligée par le ministère des finances qui suspecte, selon lui, "tous les habitants de la région d'être des trabendistes".

Par effet mécanique, la grève des commerçants a entraîné une explosion des prix, les spéculateurs saisissants "l'aubaine" pour les fixer à leur guise. Le prix de la baguette de paix a atteint, les 300 dinars et une bouteille d'eau minérale le 100 dinars.

Le mouvement s'est depuis généralisé à toutes les villes de la région frontalière unissant dans une même "colère", les grossistes, les détaillants et, au bout de la chaîne, les consommateurs, forcés de supporter une grosse flambée des prix.

Des prix qui "dépassent l'entendement"

La lutte contre la contrebande, véritable plaie économique, provoque ainsi des dommages collatéraux massifs et une grosse colère. Pour les habitants des régions frontalières qui refusent d'être assimilés "globalement et dans le détail" aux trabendistes, les consommateurs sont les seuls à subir l'impact des mesures alors que les " produits continuent à traverser la frontière par quantités faramineuses".

Selon le quotidien d'Oran, les prix "dépassent l'entendement". A Maghnia, le couscous est à 120 DA le kg, la bouteille de Coca à 130 DA, la bouteille d'eau à 40 DA, le fromage rouge jusqu'à 1500 DA le kg.

A Marsa Ben M'hidi, c'est pire, "bouteille d'eau a atteint les 100 DA et le pain traditionnel 150 DA tandis que chez le restaurateur, les prix sont encore plus accentués tel celui du poulet rôti à 1200 DA".

Le journal se fait l'écho des habitants des zones frontalières de Maghnia, Ghazaouet, Nedroma, Fellaoucène, Sebra, Beni Boussaïd et Marsa Ben Mhidi qui s'estiment soumis à "un embargo".

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