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Retour sur deux études sur la drogue: qui consomme en Algérie, quoi et... pourquoi ?

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CANNABIS VENTE
Le célèbre marché aux fleurs d'Amsterdam où le cannabis est en vente libre | Ghada H - Huffpost Maghreb

En Algérie, deux enquêtes de terrain réalisées par l’Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie (ONLCDT) et la Fondation nationale pour la promotion de la santé et le développement de la recherche (Forem) font référence et ont donné un écart considérable sur le nombre des consommateurs permanents. Retour sur ces deux études.

Alors que l’enquête menée par le Centre national d’études et d’analyses pour la population et le développement (CENEAP) pour le compte de l’Office national donne le nombre de 250.000 consommateurs, celle de la Forem, multiplie le chiffre par 4. Retour sur un sujet d’une actualité permanente.

Traditionnellement, l’usage de la drogue n’était pas très répandu en Algérie. C’est la première impression qui est tiré de l’appréciation de l’environnement social, autant dans le milieu scolaire que professionnel, voire même familial. Les discours les plus récurrents qualifient l'Algérie plus comme une zone de transit des flux de cannabis du Maroc vers l'Europe que de zone de grosse consommation. Celle-ci était en général approvisionnée par une production locale quasi "artisanale".

Les sources de données sont en général, la police, la justice et la santé. La drogue ne devient un "phénomène" que lorsque son usage conduit en prison ou à l’hôpital. Les enquêtes menées sont elles aussi diversement appréciées selon le lieu à partir duquel on se place pour juger les commanditaires des études en question.

Les deux sources de données sur le terrain de la lutte contre la toxicomanie sont l’ONLCDT (office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie) et la FOREM (Fondation nationale pour la promotion de la santé et le développement de la recherche).

Lire aussi : En Algérie, le quartier est le lieu privilégié de la première consommation de la drogue

Entre "l’alarmisme " de la "Forem" et la "bureaucratie " de l’Office

Les chiffres qu’ils annoncent en matière de toxicomanie ne se recoupent pas du tout : la Forem est considérée comme nettement alarmiste et l’Office est jugé un peu trop bureaucratique.

En effet, les données de la FOREM ont de quoi inquiéter, même si le professeur Mustapha Khiati, président de la Forem reconnaît que les chiffres ne sont pas importants s’ils ne fondent pas une action sur le terrain. Il revient toutefois sur la validité des chiffres qui circulent sur la consommation de la drogue en Algérie.

Pour lui, le nombre estimé de consommateurs permanents, calculé sur la base d’un "taux de prévalence" quasi mondial de 2 à 3% de la population, aboutit à un chiffre de 1 million de consommateurs en Algérie. L’enquête menée par le Centre national d’études et d’analyses pour la population et le développement (CENEAP) pour le compte de l’Office national donne le nombre de 250.000 consommateurs.

Au-delà des chiffres, les études ont l’avantage de montrer que le phénomène de la drogue et de la toxicomanie évolue avec le temps. La consommation de cannabis n’est plus le seul apanage des gens du milieu, des artistes et de certains métiers pour conquérir le monde des jeunes, les champs scolaires et universitaires. Les drogues dures ont quitté les milieux aisés et descendent dans la rue tandis que les psychotropes sont les drogues les plus utilisées.

L’enquête évoquée a permis de déterminer un taux national de prévalence de la consommation de drogues de 1,15%, calculé sur la consommation de la population au cours des 12 derniers mois d’une ou de plusieurs substances psychoactives avec un taux, pour les hommes de 1,69% et de 0,67% pour les femmes.

La tranche d’âge ayant consommé le plus est respectivement celle des 20-39 ans avec 1,48% suivie des 40 ans et plus avec 1,11% puis des 16-19 ans avec 0,85% et enfin les 12-15 ans avec 0,12%.

Cette étude permet d'affaiblir très sensiblement la focalisation sur les milieux scolaires et universitaires pour la recentrer sur des secteurs et des tranches d'âges qui nécessitent plus d'intérêt de la part des acteurs de la lutte contre la toxicomanie ceci sans toutefois relâcher l'attention sur les milieux scolaires et universitaires qui sont le centre de pressions et de tensions qui peuvent dans certains cas pousser à la consommation de drogues.

Les 20-39 ans et le Grand Sud, plus grands consommateurs

L’enquête ONLCDT a également révélé que 2,15% de la population a consommé une ou plusieurs substances psycho actives dans la vie et les hommes (3,50%) ont en plus consommé que les femmes (0,96%).

La tranche d’âge qui en consomme le plus est celle des 20-39 ans avec 2,72% suivie des 40 ans et plus avec 2,15% puis des 16-19 ans avec 1,38% et enfin les 12-15 ans avec 0,38%. Les jeunes adolescents restent ceux qui en consomment le moins. Ceci peut induire que la durée d’exposition au risque n'influe pas sur l’âge de la consommation et que la tranche d’âge qui touche à la drogue est celle qui est en âge de travailler et donc qui dispose des ressources pour se les procurer.

Evaluée selon la répartition géographique, le Grand Sud, bien que restant la région la moins peuplée, enregistre la plus grande prévalence de consommation de drogue et de substances psycho actives. Le taux de prévalence y est de 3,87%, 2,55% et 1,93% respectivement durant la vie, au cours des 12 derniers mois et au cours des 30 derniers jours contre des données nationales qui sont de l’ordre de 2,15%, 1,15% et 0,83%.

L'Ouest arrive au second rang suivi par l’Est, puis par le Centre qui est la région où l’on recense le moins de consommateurs de drogues. Les études ne relèvent pas les raisons de cette répartition.

Est-ce lié à la culture, à l'accessibilité ou à une plus grande tolérance en matière d'auto déclaration ou de la répression de la consommation ? La question mérite que des études plus étroites se proposent de traiter le niveau local qu'il soit géographique, temporel, ou sectoriel (universités, lycées, quartiers,…) et même en matière de genre.

Le Cannabis suivi des psychotropes

La consommation reste dominée par le cannabis et les psychotropes. L’opium est en troisième place, avec une prévalence bien faible, mais effective, de 0,06% au cours des 12 derniers mois. Les autres drogues (cocaïne, héroïne, ecstasy et autres) enregistrent des taux de consommation très faibles.

Les grandes quantités de cocaïne interceptées au cours de la dernière année ne semblent pas correspondre à une progression de la consommation de drogues dures. L'idée répandue que les pays du Sahel et l'Algérie, à un degré moindre, vont dans les prochaines années constituer une plaque tournante du marché de la cocaïne mérite de la même manière d'être approfondie.

A y regarder de plus près, la question de la consommation de drogues est liée à une forme de "désespérance" qui peut toucher des franges entières de la population qui y ont recours pour "oublier le présent".

Elle est aussi une pratique quasi culturelle dans certains espaces et milieux sans qu'elle n’induise plus de dégâts que le tabac ou l'alcool. Le problème que l'étude ONLCDT a soulevé est que le traitement est souvent le même selon que l'individu impliqué soit juste un petit consommateur occasionnel ou un dealer connu et que ces derniers risquent de se retrouver dans la même cellule.

A cet effet, l'étude conclue que la connaissance du phénomène mérite d'être plus approfondie et le nombre d'acteurs concernés ou impliqués dans la réflexion et la gestion du phénomène doit être élargie pour intégrer tous les acteurs : famille, école, quartier, université, santé, police et justice.

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Sur le web

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