Sellal sonne l'alarme sur la baisse des réserves hydrocarbures en Algérie

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Le déclin pétro-gazier en cours sera-t-il compensé par l'exploitation lointaine du gaz de schiste? | Wikimedia Commons
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Rompant avec un optimisme énergétique ambiant, le Premier Ministre algérien, Abdelmalek Sellal, a affirmé que l’Algérie ne pourra pas avec ses réserves actuelles estimées à 12 milliards de barils de pétrole et 4000 milliards de m3 de gaz, maintenir ses volumes d’exportations à l’horizon 2030.

Le Premier ministre algérien admet publiquement ce que des experts algériens martèlent depuis des années en mettant en garde contre la propension au gaspillage de la ressource énergétique fortement encouragée, selon eux, par la modicité des prix des carburants et de l’électricité.

Certains de ces experts faisaient valoir que la consommation intérieure en énergie absorbe déjà la moitié de la production nationale d’hydrocarbures. Constat confirmé par le ministre de l’énergie, Youcef Yousfi, qui a indiqué que la facture énergétique du pays en 2013 a été de 40 milliards de dollars.

La perspective d’un déclin de la production pétro-gazières inquiète d’autant plus que les revenus du pays proviennent à 97 % de l'exportation des hydrocarbures. Mais les autorités algériennes ont refusé de suivre ces experts qui proposaient d’agir, même graduellement, d’agir sur le levier des prix.

Tout comme Yousfi, le Premier ministre insiste sur l’impératif d’intensifier les efforts d’exploration et de développement. "Si les réserves restent en 2030 à leur niveau actuel, nous n'allons couvrir que la demande nationale, il en restera très peu pour l'exportation", a-t-il dit.

L’argumentaire sert, surtout, à défendre l’option de l’exploration et de l’exploitation du gaz de schiste qui suscite de vives controverses entre experts. Sellal a défendu le choix d’aller vers l’exploitation des énergies non-conventionnelles en insistant qu’il s’agit d’une exploration seulement et que l’exploitation du gaz de schiste s’inscrit sur le long terme.

"Nous avons adopté un nouveau texte sur le gaz de schiste et nous devons expliquer à nos citoyennes et citoyens qu'on ne peut se dérober à son exploitation à long terme", a-t-il déclaré devant les députés, lors de la présentation du plan d'action du gouvernement à l'Assemblée populaire nationale.

Pour le premier ministre et contrairement à l’interprétation dominante dans la presse algérienne, le dernier Conseil des ministres n’a pas donné de "feu vert " à l’exploitation du gaz de schiste. Il s’agit, a-t-il dit, d’une "exploration " du potentiel en gaz de schiste en vue de son exploitation future. Par le passé, Sellal avait évoqué une exploitation dans une quarantaine d’années.

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Au-delà de ce "correctif " sur le timing de l’exploitation du gaz de schiste, le choix est défendu avec force au nom du besoin d’assurer la "sécurité énergétique" du pays et de renforcer les réserves en pétrole et gaz afin de maintenir les capacités d’exportations et de rester un acteur sur le marché international des hydrocarbures.

L’option du gaz est défendue par certains experts algériens qui estiment qu’elle est défendable sur le long terme mais qu’il faut aussi rationaliser la consommation intérieure et œuvrer à améliorer le taux de récupération des gisements actuels.

D’autres, par contre, dénoncent une fuite en avant pour maintenir une vision rentière alors qu’il faut réformer l’économie et aller vers les énergies renouvelables. La dernière charge en date est venue de Hocine Malti, ancien cadre de Sonatrach et auteur d’une « Histoire secrète du pétrole algérien", qui a publié un véritable pamphlet contre l’exploitation du gaz de schiste intitulé "Algériens, indignez-vous!".

Dénonçant une "fausse bonne idée", Malti a appelé les algériens à obliger "le pouvoir en place à renoncer à ce suicide collectif qu’il cherche à nous imposer".

Les compagnies américaines sont intéressées par l'exploitation des hydrocarbures non conventionnelles en Algérie, a affirmé ce 1e juin à Alger le secrétaire d'Etat américain à l'Energie, Ernest Moniz.
"Nos compagnies sont intéressées par le marché algérien parce qu'elles ont une grande expérience en matière (d'exploitation) de gaz et de pétrole de schiste qui nous a permis d'assurer un boom économique et une indépendance énergétique. J'espère que l'expertise acquise durant ces dernières années, sera également utilisée en Algérie", a-t-il déclaré à l'issue de sa rencontre avec le ministre de l'Energie, Youcef Yousfi.
Le secrétaire d'Etat américain à l'Energie a fait part de "nombreuses opportunités" d'investissement que présente l'Algérie pour les hommes d'affaires américains dans le secteur de l'énergie. "Il ne faut pas négliger non plus, le secteur off-shore en eau profonde (...) beaucoup de sociétés activent dans ce domaine notamment dans le Golfe du Mexique et leur expérience peut servir en Algérie ou la profondeur de l'eau est à peu près similaire", a-t-il ajouté. De son côté M. Yousfi, a tenu à mettre en exergue "l'importance vitale" de la sécurité énergétique de nos jours, soulignant que "l'exploitation des hydrocarbures non conventionnelles a mis les Etats-Unis sur la bonne voie pour parvenir à cet objectif".
"Avec la partie américaine, nous avons discuté des risques générés par l'exploitation des gaz et pétrole de schiste sur l'eau et des précautions à prendre dans le processus de production (...). Il s'avère que l'exploitation des hydrocarbures non conventionnelles n'est pas plus polluante que les autres ressources", a-t-il avancé.
Selon M. Yousfi, les écrits sur les risques de pollution induits par l'exploitation des gaz de schistes sont "exagérés" et "il est absolument vital pour nous d'exploiter toutes les ressources possibles afin de parvenir à la sécurité énergétique".

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