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La Première guerre mondiale: Un désastre qui a façonné le 20è siècle

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Photo prise le 18 janvier 1919 à Paris lors de l'ouverture de la Conférence de la paix du "Conseil des Quatre", Lloyd George (G), Premier Ministre britannique, Vittorio Orlando (2ème G), président du Conseil italien, Georges Clémenceau (2ème D), président du Conseil français, et Woodrow Wilson, Président des Etats-Unis. | AFP

"L’Allemagne paiera": ce leitmotiv français au cœur du Traité de Versailles résume les illusions des vainqueurs sur l’état de l’Europe au sortir de la Première guerre mondiale, ignorant l’écroulement politique, économique et moral d’un continent qui dominait le monde depuis des siècles.

Cet aveuglement se paiera par un déchaînement de violences et d’idéologies meurtrières qui ensanglanteront la planète tout au long du 20e siècle, de la seconde guerre mondiale aux conflits coloniaux et à tous les affrontements de la guerre froide.

14-18, "la dernière des guerres du 19e siècle" avec ses revendications nationales et ses rivalités, a conduit à "l'exaspération des nationalismes devant la paix bâclée, manquée, perdue (qui feront) de la +Grande Guerre+ le prologue à l'autre conflit, survenu vingt ans plus tard", écrit l'historien Pierre Miquel dans "La Grande guerre". Il y a aussi le mot terrible et lucide du maréchal Foch qui voyait dans le traité de Versailles non pas "une paix, mais un armistice de vingt ans".

Les peuples européens, à la fin de la première guerre mondiale, sont exsangues et la tentation révolutionnaire, inspirée par l'exemple russe, se propage en 1919, notamment en Allemagne et en Hongrie. Ces tentatives font long feu et sont durement réprimées, tout comme les grèves qui éclatent en France ou en Italie. La Russie bolchévique va réussir, elle, à asseoir son pouvoir, à la suite d'une guerre civile sans merci, avant de virer au totalitarisme implacable sous la férule de Staline. Puis de polariser une partie du monde face aux Etats-Unis durant un demi-siècle de guerre froide après la seconde guerre mondiale.


Le terreau des totalitarismes

Mais à court terme c’est surtout le traité de Versailles, signé le 28 juin 1919, qui va se révéler lourd de conséquences en stigmatisant l’Allemagne moralement et économiquement.

"L'Allemagne paiera" est le seul mot d'ordre français, et la conférence de Londres de 1921 fixe à 132 milliards de marks-or le montant des "réparations" dues aux Alliés, essentiellement à la France. Les Allemands crient au "Diktat" et se révèleront incapables d'assurer leurs obligations. Pour les y contraindre, les troupes françaises occupent la Ruhr en 1923, et le pays sombre encore davantage dans le chaos économique, l'hyperinflation et surtout la rancœur.

Un agitateur alors inconnu du nom d'Adolf Hitler y trouvera le terreau pour parvenir au pouvoir dix ans plus tard, avant de mettre à nouveau l'Europe à feu et à sang la décennie suivante pour créer un IIIème Reich nazi censé assurer mille ans de domination allemande sur le continent.

De l’autre côté des Alpes, le fasciste Benito Mussolini entraîne l’Italie dans les mêmes rêves meurtriers de revanche et de grandeur, alors qu'en France et en Grande-Bretagne, au contraire, la guerre a enraciné un pacifisme qui expliquera la paralysie des démocraties européennes face à Hitler.

Au-delà de l’Allemagne, les traités de paix ont totalement redessiné la carte de l'Europe et du Moyen-Orient en dépeçant les empires vaincus, créant autant de conflits futurs que de nations et frontières nouvelles, des pays baltes à la Turquie en passant par la Yougoslavie ou la Tchécoslovaquie. L'empire ottoman, qui agonisait depuis le 19e siècle, est démantelé au profit des vainqueurs, tandis que les promesses contradictoires britanniques aux arabes et aux juifs sèmeront les germes du futur conflit israélo-palestinien.


La domination des Etats-Unis

Si le prestige politique des principaux vainqueurs, France et Grande-Bretagne, semble à son apogée en 1919, il ne cache guère l'essor international des Etats-Unis d’Amérique qui vont s'affirmer comme la principale puissance --économique puis militaire et politique-- du camp occidental dans les décennies suivantes.

Sur le plan économique, la guerre a renforcé partout le rôle des Etats, seuls capables d’assurer la mobilisation générale de l'économie dans l'effort de guerre, puis de reconstruction dans les pays dévastés comme la France.

Sur le plan démographique aussi, l’Europe est exsangue: au moins 10 millions de soldats sont morts, 20 millions ont été blessés, des dizaines de millions de civils ont été tués par la faim et la maladie –la grippe espagnole fera entre 20 et 40 millions de morts en 1918 et 1919-- quand ce n’est pas lors de massacres systématiques comme celui des Arméniens en Turquie.

La guerre laisse aussi dans tout le continent des millions d’invalides, de veuves et d’orphelins, et des centaines de milliers de couples défaits par l’éloignement et le bouleversement de l’ordre familial traditionnel.

Le goût de l'émancipation

Les femmes ont joué partout un rôle primordial dans l'effort de guerre, en remplaçant à l'usine et dans les champs les hommes partis au front. Beaucoup d'entre elles ont découvert à cette occasion le goût de l’émancipation et, si elles sont généralement renvoyées aux tâches domestiques lorsque les hommes sont démobilisés, elles obtiennent le droit de vote dans de nombreux pays, comme en Allemagne, en Autriche ou en Grande-Bretagne. Les Françaises seront parmi les seules à devoir attendre la fin du conflit suivant, en 1944, pour pouvoir voter.

La boucherie de ces années de guerre marquera aussi à jamais artistes et intellectuels, hantés par les atrocités dont ils ont été les témoins et qui ont discrédité les valeurs anciennes. Le mouvement Dada, né pendant la guerre, puis le surréalisme se propagent partout –poésie, peinture, littérature— en France, en Belgique, en Allemagne notamment, comme un exorcisme de l’horreur.

En même temps, un formidable appétit de vie et de contestation s'empare de la jeunesse dans les villes. C'est l'époque des "années folles" et les audaces déshabillées de Joséphine Baker font les délices des cabarets parisiens, tandis qu'à Berlin, peintres et écrivains oublient le triste aujourd'hui dans des fêtes nocturnes se poursuivant jusqu'à l'aube.

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