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Venezuela: Le conflit entre Maduro et les étudiants prend des allures de Tiananmen

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VENEZUELA
Un manifestant vénézuélien face à un char anti-émeute à Caracas | AFP

Tandis que l'Europe s'émeut des violences perpétrées en Ukraine, un autre drame politique et social se déroule de l'autre côté de la planète. Mêmes manifestations interminables, mêmes images de bâtiments en feu et de barricades, mêmes accusations de putsch de la part du pouvoir en place... Depuis plus de quinze jours, le Venezuela de Nicolas Maduro s'enfonce dans une crise inextricable aux allures de Tian'anmen et loin des regards de l'Union européenne.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, des centaines de manifestants ont encore été dispersés par la police dans les rues de Caracas tandis que l'on déplorait un quatrième mort par balles, une étudiante de 21 ans. Voilà deux semaines que le pays est secoué par une fronde étudiante entamée en province contre l'insécurité (24.000 homicides recensés en 2013) puis contre la crise économique, marquée par une inflation record (plus de 56%) et des pénuries croissantes.

Situation confuse dans les rues de Caracas

Qui tire sur les manifestants? La comparaison Ukraine-Venezuela s'arrête là. Car contrairement à Kiev, où des snipers postés par le pouvoir ont tiré à balles réelles sur la foule, la responsabilité de Caracas n'est pas (encore) avérée dans les quatre morts dénombrés sur place. Et la grande confusion qui règne sur le terrain n'aide pas à éclaircir la situation.

Le général Manuel Bernal, directeur de la police politique vénézuélienne (lien en espagnol), le Sebin, n'en a pas moins été limogé ce mardi. Au moins un agent du Sebin a été identifié par la presse vénézuélienne en train de tirer, sans uniforme, sur des manifestants. Sur place, les manifestants, relayés par l'opposition, accusent en outre des milices paramilitaires proches du pouvoir de se mêler aux manifestations et d'ouvrir le feu.

Reprenant les arguments pouvoir bolivarien, le Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon, ardent soutien des révolutions bolivariennes, dénonce pour sa part "la présence de mercenaires chargés de semer le chaos dans le pays". "Contrairement a ce que se sont empressés de reprendre en chœur les médias, le militant chaviste et celui de l´opposition assassinés l´ont été par la même arme à feu", assure-on au PG, qui a fait campagne pour soutenir l'élection de Nicolas Maduro après la mort de Hugo Chavez.

Comme en Ukraine, où le pouvoir en place soupçonne une tentative de coup d'Etat, Maduro accuse lui aussi l'opposition conservatrice de surfer sur le mécontentement étudiant pour tenter un putsch. En ligne de mire: les Etats-Unis, ennemi affiché du pouvoir chaviste, et le voisin ultra-conservateur colombien, Alvaro Uribe.

Une opposition composite et divisée

Cette révolte estudiantine, alimentée par l'opposition anti-Maduro, est de fait une crise politique sévère, la plus grave depuis la mort du dirigeant Hugo Chavez. Fidèle à sa stratégie de confrontation politique, Nicolas Maduro a exhorté en début de semaine ses partisans à descendre dans la rue pour soutenir son gouvernement. Mais les tensions ont encore gagné un cran avec la reddition du dirigeant radical Leopoldo Lopez. A 42 ans, le fondateur du parti de droite Volonté Populaire, entend bien exploiter son emprisonnement afin d'affaiblir un peu plus le pouvoir en place, violemment critiqué pour les arrestations "arbitraires" des manifestants.

Divisée entre ses composantes libérales, social-démocrates et radicales, l'opposition n'est toutefois pas étrangère aux troubles qui frappent un pays habitué aux brutales poussées de fièvre politique. Incapable de s'unir pour battre le pouvoir chaviste par les urnes, celle-ci est écartelée entre la crainte d'un renversement du gouvernement par la rue qui risquerait d'entraîner le pays dans la guerre civile et la tentation de pousser Maduro à la faute pour obtenir de nouvelles concessions sociales et démocratiques.

L'ancien candidat modéré à l'élection présidentielle, Henrique Capriles, a d'ailleurs pris ses distances avec la stratégie d'occupation des rues. Ce dernier, qui n'avait été battu que de 250.000 voix, affirme que l'opposition devait "canaliser le mécontentement" tout en avertissant que "les conditions n'étaient pas réunies" pour obtenir le départ du gouvernement.

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