Après l’adoption de la Constitution, les partis politiques tunisiens se préparent à présent pour les futures échéances électorales, qui devraient avoir lieu avant la fin de l’année. Leader du Parti Al Joumhouri et député à l’Assemblée nationale constituante, Ahmed Néjib Chebbi a accordé un entretien au HuffPost Maghreb.

Lors de cet entretien, il est notamment revenu sur les récentes dissensions au sein de l’Union pour la Tunisie et du Front du salut national et l’isolement d’Al Joumhouri vis-à-vis de ses anciens alliés. Il a également exprimé sa position par rapport à la Constitution, la loi électorale et la situation sécuritaire.

Néanmoins, Ahmed Néjib Chebbi n’a pas souhaité s'exprimer sur des questions en rapport avec le passé du parti, l’évolution du PDP, aujourd’hui devenu Al Joumhouri, et son bilan. “Chacun a la liberté de faire sa propre analyse sur ce qui s'est passé depuis trois ans et en tirer ce qu'il veut. Pour moi c'est inintéressant, je préfère me projeter dans l'avenir”.

A la fin de l’entretien, le leader d’Al Joumhouri a cependant concédé un problème de communication qui, selon lui, a desservi son parti. “Nous devons nous améliorer sur ce plan, c'est quelque chose de nouveau pour nous”, a-t-il avoué. “Depuis trois ans, notre positionnement et nos choix politiques étaient justes et les Tunisiens peuvent le constater aujourd’hui. Beaucoup regrettent d’avoir voté pour Ennahdha, ils n’auraient pas eu ce sentiment s’ils avaient voté pour un parti comme Al Joumhouri”, a-t-il enfin soutenu.

HuffPost Maghreb: Depuis plusieurs mois, il y a eu de nombreuses dissensions et démissions au sein d'Al Joumhouri et les récents sondages ne donnent que très peu de poids à votre parti, entre 1% et 2% d'intention de vote. Qu'est-ce qui n'a pas fonctionné?

Ahmed Nejib Chebbi: Les sondages sont très relatifs en Tunisie. De toutes les façons, les indications qu'ils donnent placent Al Joumhouri en tant que quatrième force électorale. Si nous tenons compte du fait que le Front populaire est composé de 14 partis, c'est la troisième force politique. Certes, nous avons perdu les dernières élections et ces indicateurs ne nous satisfont pas, mais nous avons des échéances électorales à venir et nous allons nous mettre en ordre de bataille pour faire en sorte que notre poids électoral soit à la mesure de nos espérances et de notre crédit.

Concernant les démissions, elles ont fait couler beaucoup d'encre et je ne vois pas la nécessité d'y revenir. Nous avons essayé de regrouper la famille centriste, c'est une entreprise qui n'a pas fonctionné. Certains ont été découragés précisément par les indications des sondages et ont préféré regagner les rangs d'un parti qui a un plus grand poids électoral. C'est une vision qui n'est pas la nôtre, parce qu'un parti c'est d'abord des valeurs et un projet et dans toutes les démocraties, il y a toujours un gagnant et un perdant. Si nous devions faire un parti à l'occasion de chaque élection, nous n'avancerions pas beaucoup. Pour ceux qui ont préféré reconstituer leur parti (Afek Tounes, ndlr), je leur souhaite bonne route. Al Joumhouri reste implanté, avec une vision, des valeurs, des dirigeants et regarde l'avenir avec optimisme.

N'y a-t-il pas eu de problèmes en termes d'organisation ou de communication interne du parti qui justifieraient ces démissions? Y a-t-il des choses que vous regrettez ou que vous comptez améliorer?

Toutes les justifications avancées par les personnes ayant quitté le parti ne m'ont pas convaincu. Al Joumhouri est une organisation démocratique où tout se passe selon les règles et les procédures du débat démocratique ouvert. Celui qui veut justifier son départ par une prétendue absence de respect des règles démocratiques est libre de le faire. Les militants pourront le juger à travers leurs structures.

Donc aujourd'hui vous considérez qu'il n'y avait pas de problème au sein d'Al Joumhouri et que ceux qui ont démissionné l'ont fait pour de mauvaises raisons?

J'aurais préféré qu'ils restent avec nous pour construire ensemble le projet qui était censé nous réunir. Telle n'a pas été leur volonté. Pour faire quelque chose à deux, il faut le vouloir à deux, je respecte leur avis. Mais c'est du passé. Depuis l'été, Al Joumhouri s'est réorganisé, il est en train d'agir et le passé ne nous handicape pas.

Al Joumhouri a été créé pour allier les forces dites démocratiques en vue d'avoir un poids politique et électoral plus important. Dans le même sens sont nés l'Union pour la Tunisie (UPT), avec notamment Nida Tounes et Al Massar, et plus tard le FSN, une coalition plus large réunissant les partis de l'UPT et ceux du Front populaire. Aujourd'hui, Al Joumhouri a quitté l'UPT et est considéré de ce fait comme ne faisant plus partie de l'instance politique du FSN. Que s'est-il passé?

Une année de pratique au sein de l'UPT a montré qu'il n'a jamais été question d'un front électoral et que la volonté même d'en discuter n'a jamais été partagée. Nous nous sommes donc rendus compte que la plateforme politique avait fait défaut et que nous nous retrouvions toujours en opposition. Pour qu'il n'y ait plus de tension, nous avons pris la décision de nous retirer de cette alliance qui n'est ni politique ni électorale.

Nous n'avons pas souhaité entrer en guerre avec nos partenaires à l'UPT, car l'adhésion y était volontaire et devait correspondre à une conviction. Si nous ne sommes plus convaincus, nous avons le droit de nous retirer. Mais la chose n'a pas été vue sous cet angle et un certain ostracisme s'exerce aujourd'hui à l'égard d'Al Joumhouri, précisément à propos de l'avenir au sein du FSN.

Le FSN avait été constitué pour imposer le départ de la Troïka et la mise en place d'un gouvernement indépendant. Nous y sommes arrivés tant bien que mal, même si l'avis du FSN n'a pas été pris en compte dans le choix du Premier ministre. Il fallait donc que le FSN trouve un nouvel objectif et selon nous, il aurait pu jouer un rôle dans le rassemblement des forces démocratiques en vue des élections. Nous avons ainsi envoyé une lettre aux composantes du FSN pour leur présenter notre vision, mais malheureusement, sous la pression de Nida Tounes, les composantes du FSN ont estimé qu'en quittant l'UPT, Al Joumhouri perdait sa place au conseil politique du FSN. Nous considérons cela comme une démarche regrettable qui ne reflète pas une vision large correspondant aux besoins du pays. L'ostracisme nous le connaissons, il ne nous a jamais atteints. S'ils nous ont choisis comme adversaire, c'est parce qu'ils nous craignent. Rien d'autre ne peut justifier leur attitude.

Vous parlez de tous les partis politiques qui composent le FSN?

Oui. Ils ont plié sous la pression de Nida Tounes, ils doivent assumer la responsabilité de leur acte. Nous avons connu beaucoup d'entre eux sous Ben Ali et les valeurs qui nous avaient réunis ne ressemblent pas à une telle attitude faiblarde. Cela dit, l'UPT et le FSN ne sont pas nos adversaires.

Ce que nous souhaitons c'est offrir à la Tunisie, à travers les élections à venir, un projet qui corresponde à ses attentes. Le peuple tunisien n'est pas dans le conflit idéologique, c'est un peuple musulman et moderne à la fois, il n'a pas de problème d'identité. Il a des préoccupations sociales, des angoisses à propos de sa sécurité, il aspire au rétablissement de l'autorité de l'Etat, à la paix civile, à l'emploi, l'élévation du niveau de vie et au développement des régions... Notre combat, c'est cela et nous le ferons avec tous ceux qui partagent nos valeurs et notre vision.

Est-ce qu'il existe d'autres partis aujourd'hui, en dehors de l'UPT et du FSN, qui partagent ce projet et ces valeurs avec vous?

Nous ne sommes pas pressés de trouver des alliés. Nous devons d'abord compter sur nos propres forces et sur les citoyens. Mais nous tendons notre main à tous les groupes politiques qui partagent nos valeurs, nous sommes prêts à nous allier avec eux, pour l'action politique et éventuellement pour les prochaines élections.

Nous sommes un parti porteur de valeurs démocratiques libérales inclusives, un parti social qui travaille pour l'équité entre les couches sociales ou les régions. Ces valeurs ne sont pas exclusivement les nôtres. Cependant, nous ne nous allierons pas nécessairement avec ceux qui les partagent, car des divergences politiques peuvent exister. Par exemple, entre Ettakatol et Al Joumhouri, les divergences ne sont pas dans la pensée mais dans les choix politiques. Aujourd'hui il est donc trop tôt pour parler d'alliance et c'est pour cela que je ne nommerai personne.

Mais considérez-vous par exemple que ceux qui ont quitté le PDP puis Al Joumhouri, en l'occurrence l'Alliance démocratique et Afek Tounes, pourraient être vos futurs alliés?

Ce sont nos amis. Si nous n'avions pas les mêmes valeurs politiques, nous n'aurions jamais été ensemble. Certes cela est important, mais insuffisant. Veulent-ils eux d'une alliance? Nous ne le savons pas encore, mais nous, nous sommes ouverts.

Passons à la Constitution. Si vous avez salué ce texte, comme la grande majorité des partis et des députés, pensez-vous pour autant qu'il aurait pu être amélioré, dans le contexte tunisien actuel?

Le 28 octobre 2012, soit 14 mois avant l'adoption de la Constitution, j'ai annoncé ce qu'elle sera. Si je l'ai fait, ce n'est pas parce que je suis prophète ou devin, mais parce que j'ai une lecture juste des forces politiques en place. Il était donc facile d'imaginer la nouvelle Constitution. En juin, j'ai défendu le projet de Constitution qui a certes connu des retouches après le retrait des députés, mais cela n'a rien changé à l'ossature fondamentale. C'est une excellente Constitution, dans la mesure où elle garantit les droits et libertés aux citoyens et sur ce point, le texte est exhaustif. L'article 49 donne par ailleurs au pouvoir judiciaire le droit d'annuler une décision parlementaire et exécutive qui porte atteinte aux droits et libertés. C'est un grand acquis.

Cette Constitution consacre également le principe de séparation des pouvoirs. Le pouvoir judiciaire est à l'abri de toute ingérence du pouvoir législatif ou exécutif. Le législatif est indépendant de l'exécutif en ce sens où le chef de l'Etat n'a le droit de dissoudre le Parlement que dans le cas où il est incapable de fonctionner. Le président est indépendant, élu au suffrage universel. De plus, l'exécutif est bicéphale et le président a un domaine réservé. Il peut par ailleurs présider le Conseil des ministres, s'adresser au Parlement ou proposer des lois. Ce n'est pas un tartempion ou une marionnette. En plus de cela, les mécanismes en faveur de la décentralisation sont une révolution dans notre vie nationale. Cette Constitution est moderne, démocratique. Ses référents ne nient pas nos spécificités nationales. Maintenant, tout est perfectible.

Pensez-vous que tous les Tunisiens peuvent se retrouver dans cette Constitution?

Bien sûr. La preuve est que 200 députés sur 216 ont voté pour. C'est quasiment une unanimité et les députés savaient ce pour quoi ils votaient.

Le texte défend un enracinement de l'identité arabo-musulmane, en plus du fait que le président doive être musulman. Si vous étiez un Tunisien non-musulman, ne vous sentiriez-vous pas exclu de cette Constitution?

Personnellement, j'aurais souhaité que cette condition n'existe pas. Mais elle n'est pas de nature à changer le jugement sur la loi fondamentale. Il n'y a pas de problème au niveau de la religion du président dans un pays où tout le monde est quasiment musulman. Le problème est plus théorique que pratique. J'aurais souhaité que cette condition ne soit pas inscrite, mais vous savez, rien n'est pur dans la vie, tout est alliage. La reine d'Angleterre est elle-même chef de l'Eglise par tradition, alors que la Grande-Bretagne est le berceau de la démocratie moderne. Si vous comparez la relation entre la religion et l'Etat dans les pays européens et aux Etats-Unis, vous conclurez que la Constitution porte les stigmates des entrailles d'où elle sort, ce n'est pas un texte dépouillé de l'histoire ou des spécificités du pays.

Pour revenir à l'article 49, celui-ci énonce un certain nombre de restrictions aux droits et libertés, dont la moralité publique. Ne pensez-vous pas que cette notion floue peut justement être utilisée pour limiter certaines libertés?

Je ne me souviens pas de la moralité publique, mais cet article dit précisément que les restrictions ne peuvent porter atteinte à la liberté elle-même. La cour constitutionnelle peut considérer si une interprétation est attentatoire à la liberté ou si elle ne l'est pas.

Il existe d'autres articles sujets à interprétation, comme celui sur l'égalité des citoyens et des citoyennes. Certains considèrent qu'il s'agit d'une égalité absolue, tandis que d'autres jugent qu'elle ne concerne pas le statut personnel notamment. N'aurait-il pas été préférable de lever ce type d'ambigüité?

Oui, les interprétations sont permises. La Constitution n'est qu'un cadre juridique, une énonciation de principes. Il n'y a aucun texte au monde, aussi sacré soit-il, y compris le Coran, qui ne fasse pas l'objet d'interprétations. Je pense que ce qui fera la bonne interprétation, c'est le rapport de force au sein du pays et les traditions qui vont s'installer. Je n'ai aucune inquiétude là-dessus.

N'était-il pas envisageable d'avoir un texte plus précis?

Peut-être. Nous parlons de ce qui existe, pas de ce qui aurait pu idéalement exister.

Nous parlons également de votre avis sur la question...

Mon avis est que c'est une excellente Constitution. Je n'ai aucune crainte quant aux interprétations, car les textes se complètent et l'esprit et la lettre, c'est l'égalité entre les hommes et les femmes à tous les points de vue. Maintenant c'est à nous, aux citoyens, à la société civile et aux partis politiques de donner corps à ce cadre juridique.

Concernant à présent la question sécuritaire, qui a un rapport direct avec les droits et libertés: Un discours de plus en plus présent est celui de l'inadéquation entre la lutte anti-terroriste et le respect de ces libertés, notamment la liberté d'expression. Certaines personnalités politiques, représentants des syndicats des forces de sécurité ou des médias estiment que les critiques ou les opinions au sujet des opérations sécuritaires seraient de nature à les compromettre. D'autres considèrent que les principes des droits de l'Homme ne devraient pas s'appliquer aux terroristes et que les proches des suspects ne devraient pas bénéficier de tribune médiatique. Ne pensez-vous pas que le "tout sécuritaire" pourrait être un danger pour les droits fondamentaux évoqués?

Tout ce qui est excessif est insignifiant. Personnellement je ne vois pas de "tout sécuritaire" aujourd'hui en Tunisie. Nous sommes un pays qui a conquis sa liberté, où tout le monde donne son avis. Le problème est qu'il n'y a pas de stratégie nationale de lutte contre le terrorisme.

Cette stratégie devrait d'abord, à ce propos, englober l'information: qui sont ces terroristes? quelles sont leurs relations avec d'autres familles politiques? quel traitement pour distinguer les jihadistes et non-jihadistes parmi les salafistes? Quel traitement est réservé aux individu, dans un Etat de droit qui respecte justement leurs droits, quels que soient les crimes qu'ils aient pu commettre? Les forces armées et de sécurité intérieure sont-elles suffisamment préparées et équipées, ont-elles les protections sociales et les encouragements nécessaires? On ne sait pas.

Selon vous, le ministère de l'Intérieur est défaillant sur ces points?

Le terrorisme est un fléau contre lequel il faut réellement être unis, sur la base du pluralisme et de l'échange d'information, car il y va de la sécurité publique et si la sécurité publique disparait, tout disparait avec, même le droit à la vie, sans parler des libertés, de la démocratie et du progrès social ou économique. Mais sans stratégie commune, nous sommes réduits au rang de spectateurs passifs face à ces évènements. Nous ne savons rien de plus qu'un Turc, un Marocain ou un Maltais sur ce qui se passe dans notre pays et tout cela est une défaillance du ministère de l'Intérieur.

D'un autre côté, je ne peux que saluer les efforts des forces armées et de sécurité. Il y a eu deux succès au cour de ce mois, les opérations de Raoued et de l'Ariana. Je n'ai pas plus d'information pour porter un jugement final mais ce sont réellement deux succès.

Pour l'opération de Raoued, vous estimez que le fait d'avoir abattu Kamel Gadhdadhi, présenté comme étant le principal suspect dans le meurtre de Chokri Belaïd, est un succès, alors qu'il aurait éventuellement pu permettre de mener vers les commanditaires?

Monsieur Gadhgadhi, que Dieu ait son âme, ne nous a pas laissé le choix. C'était soit sa tête, soit la nôtre. J'ai été averti par les forces de sécurité, 15 jours avant qu'il ne soit tué, qu'il était en Tunisie et qu'il avait pour projet d'assassiner d'autres hommes politiques, dont moi-même. Je n'aurais pas souhaité qu'il soit abattu mais qu'il soit neutralisé et jugé de manière équitable. Des agents des forces de sécurité m'ont tous assuré qu'il n'y avait pas d'autre moyen et qu'ils étaient déterminés à se faire exploser. Je n'ai pas plus d'éléments.

Ce que je considère comme une défaillance, c'est cette opacité dans les affaires de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, cette mollesse vis-à-vis des ligues de protection de la révolution et précisément ce manque d'information et et de concertation à propos du terrorisme.

Est-ce que Lotfi Ben Jeddou est responsable de cette situation et pensez-vous qu'il doive démissionner?

Nous n'avons pas souhaité qu'il soit là, mais nous respectons les institutions. Mehdi Jomâa a promis de réviser la composition de ce gouvernement lorsqu'il sera convaincu qu'il n'a pas fait le bon choix. Qu'il le fasse. Je n'ai aucun problème personnel avec M. Ben Jeddou, mais je considère que son passage au ministère de l'Intérieur est un échec.

Si la situation sécuritaire continue à se dégrader, cela ne compromettra-t-il pas l'organisation des élections?

Je crois qu'on va vers des élections, elles sont inscrites dans la Constitution et rien ne pourra changer cela, à moins d'un évènement imprévisible et extrêmement grave. J'espère que cela n'arrivera pas. Les échéances électorales sont très proches et les partis politiques devraient s'y préparer pour que la Tunisie puisse se stabiliser.

Est-ce qu'Al Joumhouri s'y prépare?

Absolument. Al Joumhouri a pris la décision de participer aux deux échéances, présidentielle et législatives, et il a commencé à s'organiser pour les affronter. Depuis le 26 janvier nous sommes entrés dans la phase préélectorale, nous travaillons tous les jours pour élaborer notre stratégie, actualiser nos programmes et réorganiser nos rangs en vue de ces deux batailles.

Comptez-vous vous présenter à l'élection présidentielle?

Il est encore temps. L'échéance approche et forcément toutes les personnes interpellées par cette échéance sont certainement en train de réfléchir. Jusqu'à présent, à ma connaissance, personne à part Béji Caïd Essebsi n'a annoncé sa candidature. Je ne vais pas le faire aujourd'hui, c'est prématuré, nous attendons l'élaboration de la loi électorale et la fixation de la date officielle des élections avant de réunir nos instances, comme le feraient les autres partis.

Quel est selon vous le calendrier électoral à privilégier, entre des législatives et présidentielle concomittantes ou séparées?

La majorité des forces politiques sont pour la séparation des deux échéances et tout le monde, à part Ennahdha, est pour que la présidentielle ait lieu avant les législatives.

Pour ce qui est de la loi électorale, quelles sont les grandes lignes que vous défendez, concernant notamment la parité, le parrainage ou le seuil électoral?

Je considère que la loi de 2011 est bonne, sauf qu'elle a deux défauts. Elle a permis les candidatures les plus fantaisistes et cela n'a qu'un seul résultat, compliquer le vote aux citoyens. L'autre défaut est qu'avec la diversité de l'Assemblée, il y a un éclatement politique, ce qui conduit à une certaine instabilité. Pour le premier problème, la solution proposée est celle du parrainage, par le biais d'un nombre déterminé de signatures des citoyens. Certains estiment que cela serait une porte ouverte à l'argent politique, je ne le crois pas. Pour le second défaut, il s'agirait de déterminer un seuil électoral de 2 ou 3% qui permettra d'éliminer les listes les moins représentatives. Je pense qu'il faut trouver des solutions équitables de manière à limiter la dispersion au sein de l'Assemblée et la multiplication des candidatures.

Il apparait pourtant que le PDP aurait été l'un des partis les plus lésés par la fixation d'un seuil électoral plus ou moins élevé et qu'Ennahdha aurait été largement favorisé...

Il y a les intérêts des partis, mais il y a l'intérêt du pays aussi. Ce sont des choses qui sont en discussion et je sais qu'Ennahdha était contre la fixation d'un seuil électoral. Peut-être qu'elle compte sur la dispersion de l'assemblée, au sein de laquelle les plus grands partis ne sont pas majoritaires et souhaiteraient avoir face à eux une dispersion qui leur permette de manoeuvrer plus facilement pour la constitution de coalitions. Il faudrait approfondir la réflexion là-dessus.

Rien n'est parfait dans la vie, il faudrait faire un choix de manière à faciliter le choix des électeurs et assurer un minimum de stabilité et de représentativité à l'assemblée.

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