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Le Taqwacore, de la piété punk pour jeunes rebelles musulmans

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TAQWACORE
Facebook/Taqwacore

Après l’imam chanteur de rock, l’électro-dabkeh et les Mipsters (musulmans hipsters), voici le punk islamique (ou punk musulman).

Inventé en 2002 par un auteur américain, le terme "Taqwacore" a ensuite été repris par les médias et la scène musicale ainsi que par la jeunesse musulmane. Si depuis 2009, le nom a perdu de sa "gloire", ce nouveau genre de musique islamique séduit encore.

The Kominas, un groupe de punk islamique américano-pakistanais, prépare d’ailleurs son quatrième album aux Etats-Unis.

De la fiction à la réalité

La musique punk d’inspiration islamique n’est pas si nouvelle que cela. L’année 1979 avait en effet vu naître le groupe britannique Alien Kulture et les Fearless Iranians from Hell au Texas. D'autres ont ensuite suivi tels que Fun-Da-Mental et Asian Dub Foundation.

Le roman de Michael Muhammad Knight n’a fait que mettre un nom sur ce mouvement, celui de "Taqwacore".

A l’âge de 17 ans, l’auteur quitta New-York pour étudier l’islam au Pakistan. Il se convertit alors à cette religion en signe de rébellion, mais commença progressivement à se rebeller contre certains aspects de l’islam même, notamment eu égard aux femmes, aux homosexuels et à l’alcool.

Dans un livre intitulé "The Taqwacore", publié en 2003, Michael Muhammad Knight imagina donc "ce monde fantastique où l’islam n’avait pas de définition absolue, et où on avait le pouvoir de le définir nous-même".

Fusion des mots "hardcore" et "taqwa" (piété en arabe), ce terme fut utilisé pour désigner une sorte de rejet des interprétations traditionalistes de l’islam de la part de jeunes (religieux ou pas) qui appellent à pouvoir vivre librement leurs choix.

Les premiers groupes musicaux à utiliser le nom de "Taqwacore" furent The Kominas, Vote Hezbollah et le Sagg Taqwacore Syndicate. D’autres, comme Diacritical, Secret Trial Five, Noble Drew, Fedayeen, Sarmust, suivirent aussi le mouvement, utilisant le livre de Knight comme un manifeste pour une nouvelle culture musulmane qui respecte les différences (notamment sexuelles), l'égalité hommes/femmes, et n’a pas peur de défier l’islam au besoin.

Mais après deux films sur le sujet ("Taqwacore: The Birth of Punk Islam" en 2009 et "The Taqwacores" en 2010), beaucoup de ces groupe ont tout bonnement cessé d’exister, et la plupart de ceux qui restent ne veulent plus être étiquetés "Taqwacore".

Un mouvement contesté

Pour beaucoup de musulmans, ce genre de punk rock est considéré comme "haram" (contraire à l’islam) à cause de sa musique bruyante et agressive et ces paroles profanes.

Sur un air de défi et de sarcasme, les groupes de punk islamiques jouent par exemple contre des imams trop conservateurs, des réac’ de la guerre contre le terrorisme, des médias arriérés, ou encore sur la peur de l’autre dans la société.

"Le punk a ses propres règles, qui se résument à dire ‘va te faire foutre’. Le genre d’islam que je voulais était une sorte de ‘va te faire foutre, je suis musulman quoi que tu en dises’", avait expliqué Michael Muhammad Knight.

Pas étonnant, donc, que des personnes se sentent offensées ou n’adhèrent pas à ce concept...

Mais d’après le bassiste Basim Usmani du groupe The Kominas, beaucoup des réactions négatives auraient été dû aux médias:

"Il y a des hassidiques rastafariens, des arabes crust-punks, des punks afro, des cambodgiens surfers-rockeurs… Ca m’étonne de voir à quel point les gens réagissent bizarrement au Taqwacore."

Encouragé par les événements de l’époque (les guerres en Afghanistan et en Irak, le 11 Septembre, les actes de torture à la prison d’Abu Ghraib…), le "Taqwacore" a depuis été un peu oublié, voire renié.
Mais au vu de l’actualité mondiale, on pourrait bien en réentendre parler bientôt…

"Le Taqwacore est mort, vive le Taqwacore"?

Le Raïcore

En attendant, connaissez-vous le Raïcore?
Dans la même idée, cet autre style de musique est un mélange entre la musique Raï d’Afrique du Nord et le punk hardcore, utilisé par le groupe indie Al-Thawra.

"Notre musique relève de la diaspora, avec une mentalité, une identité, une crise, une allégeance et une texture musicale qui se situent entre l’Est et l’Ouest et qui n’appartient à aucun des deux finalement. Le Raï et la musique Chaabi de Wahran m’ont beaucoup influencé, parce qu’il s’agissait de la vraie musique du peuple. Ca venait des ports, des marginaux de la société d’une ville multiculturelle. C’était en quelque sorte de la vraie musique de rebelle", avait expliqué Marwan, un des membres du groupe.

A quand un "Electrocore" ou un "Christcore"? La scène musicale n'a en tout cas pas fini de nous surprendre!

LIRE AUSSI: "Birds Requiem": Le nouvel album de Dhafer Youssef

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