Les débats sur la Constitution entrent dans leur sixième jour. "Le sixième jour, ou on meurt, ou on ressuscite", affirmait l'instituteur dans le film "Le sixième jour" de Youssef Chahine (1986), avant d'être emmené à l'hôpital.

Les séances en plénières semblent user les constituants. Une députée en pleurs, une autre victime d'un malaise, une troisième qui chante un rythme en pleine intervention... Certains députés ont carrément décidé de bouder toutes les séances.

Les larmes de Karima Souid

Lors de la séance de l'après-midi du 6 janvier, la députée Al Massar Karima Souid a essuyé des larmes suite à une altercation avec la vice-Présidente de l'Assemblée, Meherzia Laâbidi.

Le ton avait monté entre les deux femmes lorsque la députée s'était plainte de l'absence de traduction de l'arabe au français, pourtant assurée par le règlement intérieur de l'institution (Article 77).


النواب يطالبون بمعاقبة محرزية لتعسفها على كريمة... par TunEagles

Alors que Meherzia Lâabidi a demandé de soumettre la député au conseil de l'Assemblée pour s'être retirée de la plénière, Karima Souid a ensuite souligné que la vice-Présidente aurait refusé de lui donner la parole. "Elle me dénigre et m'agresse verbalement", annonce la députée sur son compte Facebook le jour même. "Elle menace... nous verrons", conclut-elle.

Malaise en pleine séance

Deux jours plus tôt, la députée Rabiâa Najlaoui avait fait un malaise en pleine plénière. Suspendue pendant quelques minutes, la séance avait finalement pu reprendre. Evacuée par des confrères, la députée Nidaa Tounes a fini par reprendre ses esprits.

"C’est sûrement dû aux tensions et au stress, la période est très délicate et la rédaction de la Constitution n’est pas une tâche aisée", a indiqué la vice-présidente de l'Assemblée Meherzia Laâbidi.

Habemus Papam

Durant la même séance, la députée Mabrouka Mbarek a fait une intervention remarquée. Voulant exprimer son regret de ne pas retrouver l'âme de la révolution dans le Préambule de la Constitution, elle a évoqué le mot "dégage" et sa musicalité.

"Les gens se demandent pourquoi le mot de la révolution est un mot français. Ils n'ont pas compris que ce n'est pas la langue utilisée qui compte ici, mais le rythme. En français, le mot dégage insiste sur le "dé", alors que les Tunisiens le disent d'une autre manière. Dégage, dégage, dégage (insistant sur la seconde syllabe)... Pa-pam, pa-pam, pa-pam... Comme le son des battements du coeur".

L'intervention de la jeune députée du CPR a par la suite fait l'objet d'un pastiche, sous la forme d'un remix rythmé, orchestré par El Mixtape, lieu de "critique artistique autour de ce qui se passe sur la scène politico-médiatique".

Aucun lien entre cette intervention et la malaise de Rabiaâ Najlaoui n'a été avéré.

Du lait slovène dans la Constitution

Dans une autre intervention, trois jours plus tard, la même députée Mbarek s'est penchée sur la problématique de l'insécurité alimentaire, fustigeant les importations (Art. 43: "Le droit à l'eau est garanti"). "Je suis allée au supermarché pour acheter du lait", raconte-t-elle. "Une cliente a pleuré en achetant du lait slovène".

Ponctuée par l'émotion, l'intervention a été applaudie par des constituants de tous bords. Ce qui n'a pas empêché l'Assemblée de voter contre l'amendement (83 Pour, 51 Abs, 45 Contre).


Lotfi, Kais et Karim font l'école buissonnière

Anticipant ce climat délétère, certains constituants ont jugé plus judicieux de faire l'impasse totale sur les débats constitutionnels.

C'est notamment le cas de Kais Mokhtar (Joumhouri) et de Karim Bouabdelli (Parti Républicain Maghrébin). Selon Al-Bawsala, ils sont aux abonnés absents et ne sont, de manière générale, pas les plus assidus à l'Assemblée (respectivement 15% et 28% de taux de participation aux votes de l'ANC).

Lotfi Mosbeh, quant à lui, faisait partie des treize députés légitimistes à avoir affirmé, en septembre dernier, leur engagement à défendre la légitimité de la Constituante, ses attributions, son mandat ainsi que son droit exclusif d'avaliser tout gouvernement


Plusieurs constituants ont profité des dernières séances pour se plaindre de l'absence d'assistants parlementaires. La suite des débats s'annonce ardue.

Retrouvez les articles du HuffPost Maghreb sur notre page Facebook.