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Maroc: La violence faite aux femmes bientôt sévèrement punie par la loi

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Au Maroc, des femmes meurent chaque jour des coups de leurs maris ou se donnent la mort pour ne plus subir de violence conjugale.

Longtemps impunies faute de législation claire, le royaume a enfin décidé de lutter contre les violences faites aux femmes. Le gouvernement marocain vient d’élaborer un projet de loi qui sera bientôt transmis au Parlement.

Chaque année, six millions de femmes sont victimes de maltraitance, soit une femme sur trois qui est touchée dans son intégrité physique et psychologique. Un chiffre reconnu par la ministre de la femme et du développement social Bassima Hakkaoui.

Selon une étude de 2011 du Haut Commissariat au Plan, l'institution marocaine chargée de la production statistique, ce sont près de 63% des femmes marocaines qui sont victimes de différentes formes de violences psychologiques et corporelles, 23% (2,1 millions) ont subi un acte de violence sexuelle à un moment de leur vie.

Un constat alarmant qui interpelle, depuis des années, les associations féministes au Maroc qui luttent contre la violence à l'égard des femmes et qui œuvrent pour le renforcement des droits de la femme marocaine.

Face à l’ampleur du phénomène, le projet de loi proposé par le gouvernement islamiste prévoit pour la première fois des peines de prison ferme. Il concerne "tout comportement importun à l’encontre d’un tiers dans les espaces publics à travers des propos, des gestes à caractère sexuel ou dans le but d’obtenir un acte de nature sexuelle". Les peines que prévoit la loi vont de deux mois à 25 ans d’emprisonnement.

Or, ce texte est aujourd’hui vivement critiqué par les organisations non gouvernementales féminines qui n’ont pas été associées à son élaboration.

""Il y a dans la version initiale, des articles éparpillés qui portent aussi bien sur la violence contre les enfants que sur la femme. Ça part dans tous les sens", a expliqué à l'AFP Fouzia Assouli, présidente de la Fédération de la ligue démocratique des droits de la Femme. .

"Oyoune Nissayia" (Des Yeux de Femmes, littéralement en français) observatoire qui regroupe plusieurs associations féministes, dénonce quand à lui l’incohérence du projet de loi.

"Au Maroc, la violence tue des femmes. Chaque année, il y a une flambée des cas de violence contre les femmes, accentuant la violation du droit à la vie", a dénoncé l'observatoire dans son rapport annuel.

Oyoune Nissayia appelle le gouvernement marocain à l’adoption "de mesures d’intervention et de protection rapides et efficaces".

Dans le même rapport, l’observatoire propose 20 recommandations pour une meilleure législation, parmi lesquelles: une révision des lois discriminatoires pour que le Maroc soit en adéquation avec la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDAW). La création de tribunaux compétents et dévoués à la question de la violence contre les femmes, et l'assurance d'une assistance juridique pour protéger les femmes battues.

Par ailleurs, Amnesty International a demandé l'abrogation de la loi qui permet au violeur d'une mineure d'échapper à la prison en épousant sa victime. L'ONG estime que la "législation introduit une discrimination de fait à l’égard des femmes et des jeunes filles, et ne prévoit guère de protection lorsqu’elles subissent des violences sexuelles."