C'est une "dangereuse évolution", déplore le ministre tunisien du Tourisme Jamel Gamra.

Après l’assassinat de Chokri Belaïd et de Mohamed Brahmi, après des affrontements meurtriers avec les forces de sécurité, les terroristes tentent de s'en prendre au tourisme. Mercredi 30 octobre, un homme s'est en effet fait exploser sur une plage de Sousse, près d’un hôtel. Une autre attaque-suicide a été déjouée contre le mausolée de Habib Bourguiba à Monastir, selon le ministère de l'Intérieur.

Coup dur pour le tourisme

Secteur-clé de l’économie tunisienne avec près de 7% du PIB en 2010, le tourisme, fragilisé par l’instabilité politique, est directement touché après ces attentats manqués. La sécurité des zones touristiques a immédiatement été renforcée, une cellule de crise auprès de la Fédération tunisienne des agences de voyage a été mise en place, mais le secteur pourra-t-il résister?

Les rumeurs selon lesquelles des vacanciers ont interrompu leur séjour à Sousse ont rapidement été démenties par la commissaire régionale au tourisme à Sousse, Saloua Kadri, contactée par l’agence TAP.

Makram Melloul, le directeur commercial de l’hôtel Riadh Palms à Sousse, en face duquel l’attaque-suicide a eu lieu, a également nié les “informations erronées” circulant sur les réseaux sociaux.

“Sur un total de 800 clients, une quinzaine a demandé à changer d’hôtel”, a-t-il affirmé jeudi sur Express FM. “Il y a même eu des clients qui sont arrivés hier soir. Pour le moment la situation est maîtrisée, il n’y a pas eu d’annulation.”

“Nous avons contacté les guides touristiques pour présenter les éclaircissements nécessaires et tranquilliser les touristes sur la situation sécuritaire dans la région et dans tout le pays", a renchéri la commissaire régionale au tourisme à Sousse.

Néanmoins, une source de la Fédération régionale de l'hôtellerie à Sousse a déclaré à la TAP que "des tours opérateurs allemands avaient demandé à leurs clients résidant dans la région de regagner leurs pays". L'agence de voyage "PrimTours" a annoncé, d'après la même source, qu'elle envisageait d'annuler ses voyages touristiques programmés pour cet hiver vers la Tunisie.

“Savoir gérer la crise”

“On est en train de faire la tournée des tours opérateurs et des bureaux de l'Office national du tourisme tunisien (ONTT) pour savoir quelles sont les répercussions. On parle à nos amis pour savoir quel est l'impact. Pour le moment, je dois dire, il n'y a eu ni rapatriement ni annulations en masse. Il y en a eu bien sûr quelques-unes, mais il s'agit de trois ou quatre personnes maximum,” a de son côté affirmé à l’AFP Mohamed Ali Toumi, président de la Fédération tunisienne des agences de voyages.

Pour M. Toumi, la priorité, "c'est de savoir gérer la crise”.

“Nous avons mis en place une cellule psychologique pour s'occuper des gens traumatisés. On a aussi mis à disposition des téléphones gratuits pour que les touristes puissent appeler leurs parents, leurs agences de voyages et dire que tout va bien. C'est parfaitement normal", a-t-il ajouté.

"On a aussi transmis à tous les professionnels du secteur une note pour demander à tous, les chauffeurs de bus, les guides, les employés des hôtels, de faire preuve d'un maximum de vigilance car on ne sait jamais ce qui peut se passer. Nous parlons aussi à tous les médias, étrangers et tunisiens, pour leur dire tout cela", a-t-il poursuivi.

“Les Tunisiens sont les premiers visés”

Le ministre du Tourisme, Jamel Gamra, ne cache pas ses craintes mais n'entend pas baisser les bras.

"Nous craignons, je ne le cache pas, qu'il y ait un impact sur nos activités", a-t-il dit sur Jawhara FM.

"Mais cela ne nous empêchera pas de continuer (à oeuvrer) dans ce secteur essentiel et nécessaire, qui est un choix stratégique pour l'avenir de la Tunisie. Le tourisme est un élément essentiel et nous allons poursuivre notre travail, encore plus qu'avant", a-t-il soutenu.

Mohamed Ali Toumi reconnaît qu’il y une réticence des touristes à réserver des séjours en Tunisie, mais considère cela comme une phase “passagère”.

“Ça va être difficile pendant les prochains jours, après on reviendra à la normale, si Dieu le veut. L'important c'est d'encadrer les touristes car le terrorisme, ça n'arrive pas qu'en Tunisie, ça arrive partout : en France, en Espagne, au Maroc”, soutient-il.

Le ministre du Tourisme a promis que l'accent serait mis encore plus encore sur la sécurité, "pour les lieux touristiques et non touristiques, (car) la sécurité des Tunisiens est une question essentielle".

“La Tunisie et son peuple sont les premières victimes et nos forces de l'ordre font de leur mieux pour lutter contre ce fléau,” précise M. Toumi.