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Au Yémen, le dialogue national rappelle les débats tunisiens

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YEMEN
Les manifestations de 2011 à Sana'a | wiki

Pendant que les dirigeants tunisiens jonglent avec les noms du prochain chef du gouvernement, un autre dialogue national progresse à petits pas à 4.000 km des portes closes du ministère des Droits de l'Homme et de la Justice transitionnelle.

A Sana'a, les représentants des multiples factions du pays, au Sud de la Péninsule arabique, continuent à se réunir dans le cadre du dialogue national yéménite. La révolution est bien loin pour ce pays de 25 millions d'habitants où se côtoient sécessionnistes du Sud, rebelles du Nord et terroristes d'Al Qaïda. Si les enjeux sont différents, le dialogue national y ressemble singulièrement aux débats tunisois.

Flashback

En janvier 2011, 21 ans après l'unification du pays, la jeunesse yéménite se rebelle contre le régime en place. Le président Ali Abdullah Saleh finit par abdiquer au bout de 11 mois de tensions et de combats occasionnels.

Déstabilisé par des revendications sécessionnistes dans un Sud brimé et une rébellion chiite au Nord qui avait fait des milliers de victimes de 2004 à 2010, le pays se trouve alors un équilibre précaire dans un lent processus transitionnel. Feuille de route à l'appui.

Une feuille de route bien comme les autres

Etablie dès 2011, la feuille de route du Yémen encadrait le futur proche du pays: des élections présidentielles à candidat consensuel unique, la formation d'un gouvernement d'unité nationale, l'adoption d'une Constitution par référendum, l'élaboration de la loi électorale et, finalement, les élections. Vaste programme

Le chemin était tout tracé et ressemble à s'y méprendre à la feuille de route tunisienne. La phase de transition devait durer deux ans, jusqu'en février 2014. Trop ambitieux, admettent aujourd'hui les acteurs concernés. Le dialogue national en soi a déjà dépassé les six mois initialement prévus. La Tunisie n'est pas la seule retardataire.

Selon le magazine Foreign Policy, le "modèle yéménite", encensé pour avoir jusque-là évité la guerre civile, est toutefois responsable de la perpétuation des anciennes élites, qui continuent à contrôler les pierres angulaires de l'Etat: sécurité, économie, politique.

Pendant que 565 participants tentent de concilier leurs intérêts divergents au cours d'interminables discussions en vue d'une éventuelle fédéralisation, les vieux éléphants de la capitale sont accusés de saboter le processus. "Les acteurs politiques ne poursuivent que leurs propres intérêts", scande l'ancien leader de l'opposition Al-Mutawakel.

"Les vrais décideurs sont en dehors du dialogue national, et ils ne cherchent pas de solutions - ils veulent s'accrocher à leur pouvoir et à leurs acquis", confirme Dr. Badr Basalmah, délégué du Sud au dialogue national.

Des factions issues du Nord et du Sud, pourtant traditionnellement opposées, s'étaient ainsi liguées contre cette ingérence en bloquant la réunion du 9 octobre par un sit-in commun dans le lobby du hall de conférence. "Les enjeux les plus importants sont laissés aux forces traditionnelles qui se partagent le butin entre elles", accusaient les deux parties dans une déclaration commune.

Tunisie - Yémen: Même combat?

Comme en Tunisie, le débat yéménite est dominé par les deux partis "anciens", lesquels profitent d'une ferme assise économique et politique. S'ils participent activement aux discussions, les partis périphériques, notamment ceux représentant les intérêts des régions, finissent marginalisés.

Comme en Tunisie, le gouvernement postrévolutionnaire, embourbé dans la gestion de la transition, n'a pas su fournir de solutions concrètes au cahier de doléances économiques (chômage, coût de la vie) qui avait marqué les revendications de 2011. Nombreux sont ceux qui y voit un signe d'inefficacité chronique.

Comme en Tunisie, le pays doit faire face à un défi sécuritaire. Divisées par leurs allégeances aux différentes factions politiques, les forces de sécurité semblent incapables de contrer les ambitions d'Al Qaïda dans la Péninsule arabique, qui poursuit un programme d'assassinats de hauts responsables militaires.

Marquée par des enlèvements et des assassinats quotidiens, la situation du Yémen reste toutefois incomparable au statu quo tunisien. Cible privilégiée d'Al Qaïda, le Yémen est également le plus pauvre des pays arabes (144ème mondial en PIB par habitant). Les coupures d'électricité y sont fréquentes et on peut y faire des heures de queue pour un plein d'essence.

"Malgré tous ces défis, le Yémen est le seul pays du monde arabe où la transition démocratique avance", insiste Jamal Benomar, conseiller spécial du secrétaire général des Nations unies pour le Yémen.

Peut-être pas le seul.

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