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Libération des otages français au Niger: Y'a-t-il eu rançon?

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OTAGES NIGER VIDEO 2010
Pierre Legrand dans une vidéo diffusée par Aqmi en septembre 2012 | Sahara media

INTERNATIONAL - La France n'a pas payé et ne paiera pas de rançon. C'est la version officielle au lendemain de la libération des quatre otages français retenus depuis trois ans au Niger. Pourtant, experts et proches des otages s'accordent à dire que les choses ne sont pas aussi simples.

Selon une source française connaissant les détails de cette libération, citée par Le Monde, la DGSE (le service de renseignement extérieur de la France) a indirectement remis "plus d'une vingtaine de millions d'euros" aux preneurs d'otages. L'argent aurait été prélevé sur les fonds secrets alloués aux services de renseignement. Une information corroborée par une source proche des négociateurs nigériens citée par l'AFP, selon qui "entre 20 et 25 millions d'euros qui ont été payés pour obtenir la libération des otages français".

"La France ne verse pas de rançon", a-t-on pourtant répété mercredi dans l'entourage du président Hollande, interrogé sur ses informations. "La France ne verse pas de rançon. C'est ce qui est rappelé à chaque fois. C'est ce qui a été rappelé par (le ministre de la Défense) Jean-Yves Le Drian, il a été très clair. Pas besoin de revenir sur le sujet", a ajouté la même source à l'AFP.

"Ce que je peux vous dire c'est que la France ne paye pas de rançon, c'est clair et net", avait déjà insisté le chef de la diplomatie française Laurent Fabius, avant les révélations du Monde et de l'AFP. Selon Europe 1, un accord avec contrepartie financière aurait été conclu dix jours avant la libération des otages. La station de radio ne précise toutefois pas qui se serait engagé à prendre en charge cette contrepartie. "La consigne du président [François Hollande] est de ne pas payer de rançon, cette consigne est respectée", avait aussi dit Laurent Fabius sur RTL.

"On se doute bien que c'est Areva qui a payé"

Le ministre des Affaires étrangères et l'Élysée ne se sont cependant pas prononcés sur un éventuel versement d'argent par l'entreprise Areva et son sous-traitant Satom qui employaient les quatre ex-otages. Le 21 mars 2011, Aqmi avait réclamé "au moins 90 millions d'euros" pour la libération des quatre Français. Une demande alors rejetée par la France.

"J'ai beaucoup de joie d'apprendre la libération des otages d'Arlit", a commenté Pascal Lupart, président du comité de soutien de Serge Lazarevic, enlevé en novembre 2011 au Mali par Aqmi et toujours prisonnier. Mais c'est aussi "une énorme angoisse pour les autres otages", a-t-il dit, en critiquant vivement François Hollande parce qu'il a affirmé que la France ne payait pas de rançon pour ses otages.

"On se doute bien que c'est Areva qui a payé pour la libération des otages d'Arlit", a-t-il dit, estimant que ceux qui restent désormais retenus au Mali (Serge Lazarevic et Gilberto Rodriguez Leal) sont "des indépendants, des sans-grade, qui n'ont pas derrière eux une entreprise capable de disposer d'une manne financière pour les faire libérer". "Ces deux otages-là sont donc condamnés à mourir", s'est-il indigné.

Diane Lazarevic, la fille de l'otage, a aussi dit à BFMTV sa "colère" contre le ministère des Affaires étrangères. Selon elle, la diplomatie française lui aurait assuré il y a quelques temps qu'un négociateur sur place travaillait à la libération des otages d'Areva et de son père en échange d'une contrepartie financière payée par la société.

"Où sont les autres ? Mon père, il n'a pas d'entreprise derrière, comment il va être libéré ?", s'est-elle interrogée sur i-Télé, estimant qu'une contrepartie a été payée pour la libération des otages d'Areba.

Écoutez son intervention sur BFMTV :

Une rançon prise en charge par Areva, le scénario est renforcé par un précédent rappelé par Dorothée Moisan, journaliste à l'AFP et auteur de Rançons, enquête sur le business des otages (Fayard): "Pour les trois premiers otages d’Areva-Vinci qui ont été libérés en février 2011, une rançon de quelque 13 millions d’euros a bien été payée par Areva et Vinci".

Selon la journaliste, Abou Zeid, ancien chef d'Aqmi tué début 2013 dans des combats à l’extrême nord-est du Mali, estimait qu'il pouvait demander plus de quatre millions par otage. Cette somme avait été versée pour la libération de Françoise Larribe, épouse de Daniel, ainsi qu'un otage Togolais et un autre Malgache, de moindre valeur à ses yeux. Dorothée Moisan juge "très possible, très vraisemblable, qu'une rançon ait été versée".

Écoutez son intervention sur France 3:

Louis Caprioli, ancien responsable de la lutte anti-terroriste à la DST interrogé par RFI, va dans le même sens. "Je ne vois pas d’autre possibilité en dehors du paiement d’une rançon, parce que malgré tout le talent du président de la République du Niger et des négociateurs, je ne vois pas pour quelle raison les gens d’AQMI auraient libéré des gens qu’ils détiennent depuis trois ans, uniquement pour faire plaisir à la France", a-t-il indiqué à la radio.

"Il est vraisemblable que ces sociétés -qui avaient engagé des négociations à travers M. Gadoullet (ancien colonel qui a notamment œuvré pour la libération de Françoise Larribe, ndlr) et d’autres- sont tout à fait disposées à payer. Alors il est vraisemblable que le gouvernement n’a pas payé, et respecte son engagement à ne pas payer, mais d’autres ont payé", poursuit l'ancien responsable.

"L'action extrêmement efficace du président nigérien"

Selon la diplomatie française, il faut saluer le rôle des autorités nigériennes. Jean-Yves Le Drian a de son côté indiqué qu'"il y a eu une initiative prise par les réseaux du président Issoufou qui a permis une libération sans heurt", tout en ajoutant que la force n'a pas non plus été utilisée.

Selon Laurent Fabius, la libération a seulement été possible grâce "à l'action extrêmement efficace du président nigérien" Mahamadou Issoufou qui a accepté de coopérer avec la France. "C'est le travail en liaison entre le président français et le président nigérien qui a permis cette libération", a-t-il résumé.

Selon plusieurs sources, Mohamed Akotey, président du conseil d'administration de la société Imourarène, une filiale d'Areva, ancien chef rebelle touareg, aurait joué un rôle clé. Il est notamment proche de Iyad Ag Ghali, un chef rebelle touareg islamiste (Ansar ed-Dine) qui a combattu la France au Mali.

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