Un homme s'est fait exploser ce matin sur une plage de Sousse et une autre attaque-suicide a été déjouée contre le mausolée de Habib Bourguiba à Monastir, selon le ministère de l'Intérieur. Les actes terroristes, toujours non revendiqués, franchissent un nouveau palier en Tunisie.

Les forces de sécurités, premières visées

Le 27 juillet, un véhicule est visé par l'explosion d'un engin piégé devant un poste de la garde nationale à la Goulette. Sans faire de victime, cet évènement a presque officiellement sonné le début des “actes terroristes”. Les forces de sécurité sont vraisemblablement les premières visées.

Lundi 29 juillet, 8 soldats de l’armée sont tués dans une embuscade au mont Chaâmbi. Cinq d’entre eux ont été égorgés selon le médecin légiste. La nouvelle sonne comme un séisme pour les Tunisiens. Le 31 juillet, un engin artisanal télécommandé explose au passage d'une voiture de la garde nationale près de Mhamdia. Entre temps, des affrontements entre l’armée et des groupes armés sont enregistrés au Chaâmbi. Le 27 août, le chef du gouvernement Ali Larayedh annonce la classification d’Ansar Al Charia, fondée par Abou Yadh en 2011, comme organisation “terroriste”.

"Ansar Al Charia est une organisation qui n’a pas d'existence légale. Cette organisation est responsable des assassinats politiques qui ont été perpétrés contre Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, mais aussi des attaques contre des militaires au mont Chaâmbi. Ansar Al Charia n'est pas étrangère aux attaques contre des représentants de l'armée et des forces de l'ordre. Ansar Al Charia est coupable également de stockage et trafic d’armes", dit-il lors d’une conférence de presse.

Le gouvernement fortement contesté, pour avoir longtemps minimisé la menace des extrémistes religieux, refuse de démissionner mais durcit le ton envers les groupes radicaux. Les opérations de ratissage sur les frontières tuniso-algériennes s’intensifient. Des descentes et des arrestations musclées de personnes appartenant à la mouvance salafiste djihadiste s’en suivent. Le 9 septembre, le ministère de l’Intérieur annonce l’arrestation par la brigade anti-terroriste du “numéro 2 d’Ansar Al Charia, Mohamed Aouadi”. Deux autres membres d’Ansar Al Charia sont tués lors de cette opération.

Le climat s’apaise, mais pas pour longtemps.

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Gbollat, Sidi Ali Ben Aoun… C’est reparti

Le 17 octobre, deux agents de la garde nationale sont tués et un troisième est blessé au cours d'affrontements avec "un groupe terroriste armé à Gbollat”. Moins d'une semaine plus tard, de nouveaux affrontements à Ounaïssia, dans la délégation de Sidi Ali Ben Aoun (région de Sidi Bouzid) causent la mort de 6 membres de la garde nationale et deux terroristes présumés. La Tunisie, qui n’arrive toujours pas à résoudre sa crise politique déclenchée par l’assassinat de Brahmi, est plongée dans une nouvelle crise sécuritaire.

Cette fois, le gouvernement n’est pas seulement critiqué par l’opposition. Les forces de sécurités, qui comptent leurs victimes, montent au créneau. Le président de la République, le Chef du gouvernement et le président de l’Assemblée constituante sont chassés d’une cérémonie officielle en hommage aux gardes nationaux tués. Le Syndicat national des forces de sécurité intérieure affiche clairement leur hostilité au gouvernement.

Des explosions de mines au mont Chaâmbi au printemps à l'attaque-suicide ce matin à Sousse, le terrorisme franchit un nouveau cap et cette fois, ce sont les civils qui sont visés. Alors que le dialogue national censé résoudre la crise politique qui paralyse le pays depuis trois mois a démarré officiellement vendredi dernier, la Tunisie devrait avoir un nouveau Chef du gouvernement ce samedi 2 novembre. Le dossier sécuritaire sera prioritaire pour le successeur d’Ali Larayedh.

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