Les dirigeants turcs inaugurent mardi en grande pompe, au jour du 90 ème anniversaire de la République, le premier tunnel ferroviaire sous le Bosphore, reliant les rives asiatique et européenne d'Istanbul, un projet géant baptisé le "chantier du siècle" par les autorités.

Un projet titanesque

Après neuf ans d'attente, le Marmaray, un tunnel de 14 km dont une portion immergée de 1.400 m, reliera les deux continents séparés par le Bosphore, joyau de la première métropole turque.

Il transportera ses premiers passagers d'Asie en Europe avec pour objectif de fluidifier le trafic intercontinental, sur un trajet effectué quotidiennement par plusieurs millions de stambouliotes.

"C'est le rêve de plusieurs siècles qui se concrétise", avait déclaré en août le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, aux commandes du train qui effectuait les premiers tests dans le tunnel sous la mer de Marmara.

A ses yeux, c'est l'aboutissement d'un "rêve de 150 ans", depuis que les sultans ottomans en ont rêvé.

C'est M. Erdogan, ancien maire d'Istanbul qui a inauguré le tunnel lors d'une grande cérémonie sur le quai asiatique d'Üsküdar à 13H00 GMT. Marmaray figure parmi ses méga-projets urbains souvent contestés qui ont nourri la fronde antigouvernementale de juin.

Il était notamment accompagné lors de cette inauguration, à l'occasion de l'anniversaire de la fondation de la république turque en 1923, par le chef du gouvernement japonais Shinzo Abe, principal bailleur de fonds pour le projet.


Un très vieux "rêve" qui se réalise

L'idée de percer un tunnel sous le Bosphore a été évoquée pour la première fois en 1860 par un sultan ottoman, Abdulmedjid. Mais faute de technique et de fonds suffisants, elle ne s'était jamais concrétisée.

Le projet a été relancé dans les années 1990 avec l'explosion démographique d'Istanbul, dont la population a doublé depuis 1998 pour dépasser 15 millions d'habitants.

Grâce à l'appui financier de la Banque du Japon pour la coopération internationale (735 millions d'euros) puis de la Banque Européenne d'Investissement (BEI), le premier coup de pioche a été donné en mai 2004 par un consortium d'entreprises turques et japonaises.

Le coût total du projet est évalué aujourd'hui à 3 milliards d'euros.

Les travaux devaient initialement être achevés en quatre ans mais ont été longtemps suspendus par la découverte d'une série de trésors archéologiques.

Le tunnel, un double tube immergé à plus de 50 m sous le lit du Bosphore, est aujourd'hui enfin achevé. Dans cette région à forte activité sismique, il est censé pouvoir résister à des séismes d'une magnitude de 9 sur l'échelle ouverte de Richter.

Avec cet ouvrage, à terme relié à 75 km de voies ferrées nouvelles, les autorités veulent mettre un terme aux souffrances des 2 millions de Stambouliotes qui, chaque jour, traversent le Bosphore sur ses deux ponts, toujours saturés.

Des interrogations sur les intentions réelles d’Erdogan

Mais certains spécialistes sont dubitatifs de la portée du projet même si le tunnel a suscité moins de critiques que le futur 3e aéroport de la ville, le canal de 45 km parallèle au Bosphore ou le troisième pont sur le détroit, ces projets "pharaoniques" dénoncés comme autant de preuves de la dérive autoritaire et de l'affairisme du gouvernement islamo-conservateur pendant la fronde de juin.

Le projet ne sera pas opérationnel à 100% immédiatement. Il faudra encore plusieurs années pour que le chantier soit effectivement terminé.

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  • Le Premier ministre turque Recep Tayyip Erdoğan inaugure le Marmaray.

  • Le trajet du Marmaray

  • La station d'Üsküdar du Marmaray

  • La promotion gouvernementale du projet: "Le rêve devient réalité"