Nidal Darwiche et Khouloud Sukkarieh avaient déjà fait couler beaucoup d'encre en contractant le premier mariage civil au Liban. A peine né, c'est au tour de leur fils, Ghadi, d'entrer dans l'Histoire en devenant le premier bébé libanais sans appartenance religieuse.

Khouloud Sukkarieh partage une photo de l'état civil de son fils, Ghadi. La mention religion est vide

Cette seconde étape du combat du couple contre le système confessionnel qui régit le Liban, une "guerre contre un système en décomposition" comme l'a dit Nidal dans un entretien au quotidien L'Orient Le Jour, a été plus aisée que la première, leur mariage.

L'union civile a en effet permis de poser les bases juridiques de l’enregistrement de leur fils sans mention d’appartenance religieuse. "Autant l’enregistrement de notre mariage s'était révélé être un long parcours semé d’embûches, autant l’enregistrement de notre fils a été facile et rapide. Les fonctionnaires savent désormais que tout ce que nous faisons est légal", dit Nidal.

Malgré les difficultés, le jeune couple peut compter sur plusieurs soutiens, dont celui du président de la République Michel Sleiman, qui a publiquement soutenu le mariage civil et s'est réjoui sur Twitter de la naissance de Ghadi.

Tweet du président Sleiman à Nidal et Khouloud

La tâche n’a pourtant pas été simple pour le jeune couple libanais, tant les résistances à toute réforme du modèle confessionnel du Liban sont fortes.

"Nous avons été combattus par les hommes de religion qui nous ont blâmés et exercé sur nous des pressions considérables, sans compter les menaces", reconnaît Nidal.

Il reste pour autant convaincu d’avoir mené un combat juste. "A mon avis, tout le peuple libanais est dans l’erreur et le cas de Ghadi est à prendre en exemple".

Le système libanais est un mélange complexe de partage du pouvoir basé sur des quotas communautaires et sur une tradition de "démocratie consensuelle". Depuis l'indépendance en 1943, il garantit un équilibre délicat entre les 18 confessions chrétiennes et musulmanes du pays. Le président doit ainsi être un chrétien maronite, le Premier ministre un sunnite, le président du Parlement un chiite.