La Banque mondiale a publié lundi à Washington son nouveau classement sur l'environnement des affaires, en dépit des critiques et de la farouche opposition de la Chine.

Intitulé "Doing Business" ("faire des affaires"), son rapport passe au crible le cadre réglementaire qui s'impose aux petites et moyennes entreprises dans 189 pays, évaluant notamment dans quelles conditions elles peuvent lancer leur activité, avoir accès au crédit ou payer leurs impôts.

En agrégeant les résultats puisés auprès de 10.000 professionnels, l'institution arrive à un classement qui distingue le même quinté gagnant que l'année précédente: Singapour, leader depuis l'édition 2007, suivi par Hong Kong, la Nouvelle-Zélande, les Etats-Unis et le Danemark.

La Tunisie leader au Maghreb, 5ème dans le monde arabe

En se classant 52ème, la Tunisie se positionne comme le pays maghrébin où l’environnement des affaires est le meilleur selon le classement “Doing Business” de la Banque mondiale. Elle devance le Maroc (87ème), l’Algérie (151ème), la Mauritanie (173ème) et la Libye (187ème).

La Tunisie est particulièrement appréciée pour son système d’impôts par assiette fiscale, ainsi que ses facilités en matière de paiement des impôts et taxes, notamment en permettant la déclaration et le paiement électronique. La “diffusion des données sur les prêts représentant moins de 1 % du revenu par habitant” en Tunisie figure également dans les “bonnes pratiques” facilitant l’octroi de crédit listées dans ce rapport.

Le Maroc se distingue de son côté par la non exigence d’un capital minimum pour la création d’entreprise.

Classés 23èmes, les Émirats arabes unis sont le premier pays arabe du classement, devant l’Arabie Saoudite (26ème) et le Qatar (48ème). L’Égypte se retrouve à la 128ème place.

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Un classement contesté

Dans cette 11e édition, la France recule du 34ème au 38ème rang mondial, notamment à la traîne sur les procédures d'enregistrement des propriétés immobilières et les permis de construire.

Ce classement est toutefois loin de faire l'unanimité et a fait couler beaucoup d'encre avant même sa publication. Mécontente de son rang l'an dernier, la Chine était ainsi montée au créneau pour fustiger un rapport qui "pourrait ruiner la réputation de la Banque".

"Le rapport utilise des méthodes erronées, ne reflète pas les faits, et n'accorde que peu de valeur à l'amélioration de l'environnement des affaires en Chine", avait accusé Bin Han, vice-représentant du pays à la Banque mondiale, lors d'une rare intervention publique fin 2012.

Face à la controverse, le président de la Banque mondiale Jim Yong Kim a dû se résoudre à mandater un audit externe dont les conclusions, publiées en juin, ont été sans appel, pointant des faiblesses méthodologiques et appelant à la suppression du classement.

"Aperçu limité"

Confronté à son premier test politique depuis sa nomination à l'été 2012, M. Kim a accepté des aménagements en plaçant les prochains "Doing Business" sous l'autorité du chef économiste de la Banque mondiale. Mais il n'a pas cédé sur le classement qui constitue, selon lui, "un des ingrédients du succès" du rapport.

Cette édition 2014 ne devrait pas apaiser la colère de la Chine, la deuxième puissance économique mondiale étant reléguée de la 91e à la 96e place. Autre grand pays émergent, le Brésil progresse mais reste loin dans le classement (116e), tout comme l'Inde (134e).

"C'est un rapport de très mauvaise qualité. On classe des choses qui n'ont rien à voir entre elles. On n'est plus dans le domaine économique", confie à l'AFP une source interne à la Banque, sous couvert de l'anonymat.

Certains résultats laissent songeur. Haïti, un des pays les plus pauvres du globe, arrive en 67e position en termes d'accès des PME à l'électricité alors que le Canada, pays du G20, pointe au 145e rang.

Sur l'indicateur mesurant la "protection des investisseurs", la Sierra Leone, qui émerge de plusieurs décennies de guerre civile, occupe la 22e place du classement alors que la Suisse n'est que 170e.

La Banque se défend en assurant que son rapport n'a pas vocation à refléter l'attractivité d'un pays ou le dynamisme de sa croissance. "Ce n'est qu'un aperçu limité d'un des aspects de la compétitivité" des pays, a expliqué Augusto Lopez-Claros, directeur des indicateurs mondiaux de la BM, lors d'une conférence de presse téléphonique.

Selon lui, le classement doit être maintenu parce qu'il donne "une idée des meilleures pratiques" et qu'il pousse les pays à se réformer. Selon le nouveau rapport, 238 mesures facilitant la vie des PME ont été mises en œuvre dans 114 pays au cours de l'année passée.

Chercheur au Center for Global Development, Scott Morris assure que la méthodologie doit être profondément revue mais il défend les vertus d'un classement.

"C'est une chance de pouvoir prendre des données et d'en faire quelque chose qui peut capter l'attention des dirigeants politiques", indique à l'AFP cet ancien responsable du Trésor américain.

Les critiques visant le "Doing Business" ne sont pas nouvelles. Dès 2004, le gouvernement français avait fait part de sa "stupéfaction" à la lecture du rapport.

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