Khatib Al Idrissi aurait été arrêté à Sidi Ali Ben Aoun jeudi soir, et libéré ce vendredi. L’information de son arrestation, relayée par plusieurs médias, n’a toutefois pas été confirmée par les autorités. Considéré comme un guide spirituel d’Ansar Al Charia, l’homme de 60 ans a une grande influence sur la mouvance salafiste djihadiste.

Qui est Khatib Al Idrissi?

Bien qu’il soit proche d' Ansar Al Charia fondée par Abou Yadh, Khatib Al Idrissi était opposé à la constitution d’une organisation. Partisan de la "Oumma", il considère qu’appartenir à une organisation reviendrait à diviser les musulmans, mais aussi servirait de prétexte à la répression, explique au HuffPost Maghreb Michael Béchir Ayari, analyste auprès de l’ONG International Crisis Group, et auteur du rapport "Tunisie: violences et défis salafistes", publié au mois de février 2013.

Né en 1953 -selon la biographie publiée sur sa page Facebook-, Khatib Al Idrissi est originaire de Sidi Ali Ben Aoun, dans la région de Sidi Bouzid. Infirmier de formation, il est parti en Arabie Saoudite au milieu des années 1980, où il a côtoyé des cheikhs wahabites comme Abd Al-Aziz Ibn Baaz et Abd Al-Majid Al Zendani. Il y passe 9 ans avant de rentrer en Tunisie, en 1994. Dans son village natal, il commence à enseigner la religion. Les idées du prédicateur sont de plus en plus propagées, au delà de Sidi Ali Ben Aoun.

Khatib Al Idrissi est atteint de cécité en 1999 mais cela ne l’empêche pas de continuer sa prédication. Suspecté d’être lié aux évènements de Soliman, il est arrêté en 2006, et aurait été assigné à résidence à partir de 2008.

Contrairement au leader d'Ansar Al Charia Abou Yadh que très peu de journalistes ont pu rencontrer, Khatib Al Idrissi est quelqu'un d'"abordable". "C’est un idéologue puriste, un intellectuel", explique Michael Ayari, qui s’est entretenu avec lui en 2012. Mais le cheikh ne se laisse pas photographier. Sur les vidéos de ses prêches, on ne le voit jamais, on entend juste sa voix.

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De la prédication au djihad?

Sans pour autant être membre d'Ansar Al Charia, classée terroriste par les autorités tunisiennes depuis le 27 août 2013, Khatib Al Idrissi serait très influent sur le plan idéologique. Une sorte de "guide spirituel" de l'organisation. Après la chute de Ben Ali, il a appelé ses disciples à "profiter des faiblesses de l’État pour prêcher et s’enraciner". Concrètement, il s’agissait de pallier à l’absence des services publics dans les régions marginalisées, effectuer des actions caritatives dans les quartiers pauvres, nettoyer les rues, arrêter les bandits. Là où l’État n’était pas présent, Ansar Al Charia l’était.

"Actuellement vous pouvez vous rendre compte qu’il y a une absence des forces de l’ordre, et malgré cela il n’y a pas de problème de sécurité. Ce que vous appelez, vous, le salafisme c’est ce qui sécurise les routes, les établissements publics, les hôpitaux, les souks, nettoie les rues, etc." Khatib Al-Idrissi, rapport Crisis Group, février 2013.

Jusque là, la Tunisie a été considérée par les djihadistes et Khatib Al Idrissi comme une "terre de prédication et non de djihad". Mais les attaques contre les forces de sécurité viennent semer le doute sur un possible basculement. Après les embuscades du mois de juillet au mont Chaâmbi, mercredi 23 octobre six membres de la Garde nationale ont été tués suite à des affrontements avec des terroristes présumés à Sidi Ali Ben Aoun, le village de Khatib Al Idrissi. Le lendemain, le ministère annonce avoir retrouvé sur les lieux des combats une voiture piégée, des armes ainsi qu’une quantité importante d'explosifs. Une vidéo des funérailles au Kram des combattants armés tués à Gbollat lors d'un affrontement avec les forces de sécurité, diffusée par des pages salafistes sur le réseau social Facebook et Youtube, affichait le logo d'Ansar Charia. Les présumés terroristes sont présentés comme des "martyrs".

La Tunisie est-elle devenue une terre de Djihad? Peu probable selon Michael Ayari. "Sur les forums djihadistes internationaux, rien de tel n’a été déclaré", soutient-il. "Si Khatib Al Idrissi considérait que la Tunisie n’était plus une terre de prédication et était devenue une terre de djihad, cela impliquerait un changement de stratégie du djihadisme international" prévient-il.

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