Rien ne va plus entre les députés d'Ettakatol et ceux d'Ennahdha. Les premiers accusent les seconds de vouloir bloquer le dialogue national, à la veille de son lancement. "Inadmissible", impardonnable", s'indigne l'élue Ettakatol Lobna Jeribi en évoquant le comportement de certains de ses collègues islamistes. Que s'est-il passé?

L'amendement de la loi relative à l'ISIE prendra plus de temps que prévu

La commission en charge de la législation générale à l'Assemblée nationale constituante (ANC) devait étudier lundi le projet d'amendement de la loi relative à l'Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE). En l'absence de la présidente de la commission et élue d'Ennahdha, Kalthoum Badreddine, la vice-présidente Samia Abbou dirige les débats, en vain. Les députés d'Ennahdha s'opposent à la discussion, les uns après les autres.

Face à ces réticences, le président du bloc parlementaire d'Ettakatol, Mouldi Riahi, s'emporte. Jalel Bouzid, Lobna Jeribi et lui-même, membres du même parti, quittent la réunion.

"Après plusieurs heures de débats au sein de la commission, aucune avancée n'a été enregistrée concernant l'étude du projet et ce à cause des députés du Mouvement Ennahdha (...). C'est ce qui a conduit les élus d'Ettakatol à quitter les lieux", indique Ettakatol dans un communiqué.

Sur le site d'Ettakatol France, Lobna Jeribi explique les raisons de l'altercation:

"La commission a démarré dans l’après-midi, et pendant près de 4 heures, nous n’avions toujours pas démarré les discussions sur le contenu. En effet, une large majorité des élus du mouvement Ennahdha ont refusé le principe-même de discussion sur un sujet “provenant du dialogue national“. Certains ont (justifié) cela par l’absence des élus retirés ayant signé ledit projet d’amendement, d’autres refusant d’emblée tout “consensus effectué à l’extérieur de l’ANC“. Certains en manque d’arguments ont même demandé des journées supplémentaires d’étude, arguant du fait qu’ils “découvraient” ce projet d’amendement…"

Pour la députée, tout cela "n’était que manoeuvres pour nous faire perdre du temps", "il y avait de fait une volonté de ralentir voire de bloquer ce projet", accuse-t-elle.

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Les députés en retrait mis en cause

Pour les élus d'Ennahdha et du CPR, les responsables de cette situation sont les députés en retrait de l'Assemblée, absents de la réunion.

Principalement mis en cause, les élus de l'Alliance démocratique signataires du projet de loi. Ces élus s'étaient engagés, selon Ennahdha, à retourner à l'Assemblée pour l'étude de ce projet, avant de se rétracter.

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Contacté à ce sujet par le HuffPost Maghreb, Mahmoud Baroudi rejette ces accusations. "Nous avons signé le projet dans le but qu'il soit présenté à l'Assemblée, mais nous n'avions pas l'intention de retourner à l'Assemblée avant le démarrage du dialogue national et l'annonce de la démission du gouvernement", affirme-t-il.

La composition des membres de l'Instance électorale doit s'achever dans un délai d'une semaine après le démarrage officiel du dialogue national, selon la feuille de route proposée. Mais la décision du tribunal administratif d'annuler les résultats des élections a compliqué la tâche des constituants. Après plusieurs séances préliminaires, les parties prenantes du dialogue national sont finalement parvenues à un accord pour l'amendement de la loi relative à l'ISIE dans le but de limiter les possibilités de recours auprès du tribunal administratif.

Cependant, les différends tenaces entre les représentants à l'Assemblée risquent de prolonger les débats au-delà des délais inscrits sur la feuille de route du quartet et de compromettre l'issue du dialogue national avant même son démarrage.

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