Tunisie - Affaire Fayçal Baraket: Amnesty réclame justice après l'exhumation du corps

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FAYCEL BARAKET
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Près de 22 ans après sa mort, la dépouille du Tunisien Fayçal Baraket, opposant islamiste au régime de Ben Ali, a été exhumée en mars 2013. Amnesty International demande aujourd’hui que justice soit rendue pour que “les souffrances de sa famille puissent être apaisées”.

“Après des années d’incertitude, la lumière est en train d’être faite sur le cas emblématique de Fayçal Baraket, étudiant tunisien mort en garde à vue en 1991, mettant ainsi fin à des années de dénégations et de mensonges de la part des autorités tunisiennes”, a déclaré l’ONG dans un communiqué publié ce lundi 7 octobre.

La mort de Fayçal Baraket avait été annoncée le 11 octobre 1991. Le procureur de la République avait alors déclaré dans son rapport qu’il était décédé “suite à un accident sur une route proche de la ville de Menzel Bouzalfa". Mais sa famille a toujours démenti cette version, assurant que son fils avait succombé à des tortures.

Amnesty avait demandé à Derrick Pounder, un médecin légiste britannique, d’examiner le rapport d’autopsie du jeune homme en février 1992. Il avait conclu que le décès n’avait pas pu être causé par un accident de la circulation, mais que ses blessures avaient résulté d’agressions physiques répétées.

Amnesty rappelle avoir recueilli des informations auprès de témoins disant l’avoir entendu hurler lorsqu’il a été frappé et torturé pendant des heures au poste de police de Nabeul. "Ils l’ont ensuite vu effondré dans un couloir, sans connaissance. Son corps était contorsionné dans la position dite du "poulet rôti" - méthode de torture où la victime est attachée à une barre horizontale par les mains et les pieds. Son visage portait des hématomes et il avait des entailles autour des yeux".

"Les anciennes autorités tunisiennes ont systématiquement bâclé les enquêtes portant sur la mort de Fayçal Baraket et ont délibérément caché le fait qu’il avait été torturé", a déclaré Hassiba Hadj Sahraoui, d'Amnesty International. "Il a fallu attendre 14 ans pour que la recommandation du Comité contre la torture d’exhumer son corps soit suivie, et aucune des personnes soupçonnées d’avoir joué un rôle dans sa mort n’a encore eu à rendre de comptes. Les autorités tunisiennes doivent mettre fin à cette impunité".

Le cas de Fayçal Baraket "marque un tournant symbolique pour les centaines d'autres victimes de la torture sous le régime du président Ben Ali. Tous les responsables présumés d’actes de torture, y compris ceux qui ont causé la mort de Fayçal Baraket, doivent être déférés à la justice sans plus de délai", selon l'ONG.

Plus de deux ans après la chute de Ben Ali, les mécanismes de la justice transitionnelle en Tunisie peinent à se mettre en place. “Quelques mesures positives ont été prises mais l’élan réformateur s’est essoufflé depuis quelques mois”, juge Amnesty, en estimant que “les violations des droits humains en Tunisie se poursuivent, à plus petite échelle”.