Maroc: Les ONG dénoncent l'arrestation d'Ali Anouzla, Directeur de la publication de la version arabophone du journal en ligne "Lakome"

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LAKOME
Ali Anouzla |
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Arrêté à Rabat dans la matinée du mardi 17 septembre, le journaliste marocain Ali Anouzla pourrait être jugé selon la loi antiterroriste, après la diffusion sur le site d’information Lakome d’une vidéo d’AQMI. Des journalistes et des militants des droits de l’Homme ont manifesté mercredi soir pour demander sa libération.

Dans un communiqué, la direction de Lakome raconte l’arrestation de son journaliste:

"Le mardi 17 septembre à 7:45 du matin, des agents de police ont appréhendé Ali Anouzla, co-fondateur de Lakome et directeur de publication de sa version arabophone Lakome.com. Après avoir perquisitionné son domicile et saisi son ordinateur portable, les agents de police l'ont conduit dans les locaux de Lakome où ils ont procédé à la saisie de 8 unités centrales. Dans la matinée du même jour, le procureur du roi auprès de la cour d'appel de Rabat publiait un communiqué dans lequel il informait l'opinion publique de sa décision de demander l'arrestation d'Ali Anouzla suite à la mise en ligne par Lakome d'une vidéo d'AQMI "incitant au terrorisme"."

Le site d’information Lakome existe en deux versions, arabophone et francophone. Ali Anouzla est le directeur de publication du site arabophone, celle qui n’a pas publié la vidéo mais uniquement "le lien internet renvoyant au blog du journaliste d'El Pais Ignacio Cembrero, sur lequel se trouvait la vidéo en question" rappelle la direction dans son communiqué. La version francophone, a en revanche publié la vidéo. "Il est donc surprenant que le procureur du roi ait entamé une procédure contre Ali Anouzla sans en faire de même a l'encontre d'Aboubakr Jamai, unique responsable du site francophone", soutient ce dernier qui se considère comme "seul responsable de la publication de la vidéo sur le site francophone de Lakome" et se dit être "à la disposition de la justice marocaine".

La direction rappelle également que Lakome a présenté "la vidéo comme étant un acte de «propagande» et n'en fait à aucun moment une caractérisation positive."

Connu pour ses prises de position critiques à l'encontre des institutions marocaines, Ali Anouzla est un journaliste qui dérange la monarchie. Il a déjà fait l’objet de poursuites judiciaires. "Nous craignons qu'Ali Anouzla soit en train d'être puni pour l'indépendance éditoriale de Lakome et ses critiques vis-vis de la politique gouvernementale", a soutenu l’ONG Amnesty International.

“Nous exigeons la libération immédiate d'Ali Anouzla qui a publié cette vidéo dans un but purement informatif. Il est inadmissible qu’un journaliste soit poursuivi pour son travail d’information et que les ordinateurs de la rédaction de Lakome aient été saisis”, a déclaré de son côté Reporters Sans Frontières.

RSF rappelle également qu'Ali Anouzla, ancien directeur et rédacteur en chef du quotidien Al-Jarida Al-Oula,"avait été mis en examen en 2009 par le tribunal de Rabat suite à un article publié sur l’état de santé du roi citant une source médicale anonyme. Le parquet général l’avait alors poursuivi pour “délit de publication de fausses informations avec mauvaise intention, d’allégations et de faits mensongers”.

Moins solidaire, le Syndicat national de la presse marocaine (SNPM) a estimé que "la liberté d'expression doit être exercée dans le respect de l'éthique et en s'abstenant de diffuser tout ce qui peut inciter à la violence".

La vidéo d’AQMI intitulée "Maroc : le royaume de la corruption et du despotisme" est d’une durée de 40 minutes. Elle a été diffusée sur YouTube le 12 septembre dernier avant d'être retirée par la plateforme de Google pour «non-respect des règles en matière de violence". Elle appelait au djihad au Maroc.

Les autorités marocaines ont également annoncé des poursuites judiciaires contre le journal espagnol El Païs pour la diffusion de cette même vidéo.

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