CRISE POLITIQUE - C'était le 25 juillet 2013, jour de la fête de la République, aujourd'hui associée à jamais à l'assassinat politique de Mohamed Brahmi. 14 balles sont venues se loger dans son corps au moment où il quittait son domicile pour se rendre à l'Assemblée nationale constituante (ANC), ce matin du mois de Ramadan.

Une onde de choc a traversé la société tunisienne, la classe politique, les intellectuels, les artistes, mais aussi le commun des Tunisiens, tous ont été ébranlés en apprenant la nouvelle. L'émoi était d'autant plus grand que le pays ne s'était pas encore remis d'un autre assassinat politique. Presque 6 mois plus tôt, Chokri Belaïd avait connu exactement le même sort, abattu de sang-froid devant son domicile le 6 février 2013.

Tout comme Besma Khalfaoui avant elle, Mbarka Brahmi, la veuve du défunt, n'a pas hésité à pointer le mouvement Ennahdha du doigt. Et tout comme Besma Khalfaoui, elle s'est montrée malgré le deuil et la mortification, forte et déterminée, forçant le respect de tous ceux qui l'ont écouté appeler avec passion, mais surtout avec fermeté, à la chute du gouvernement.

La Tunisie se réveille le 26 juillet avec la gueule de bois, et à partir de ce jour, les tensions vont crescendo. Même si la rhétorique a pu sembler des fois consensuelle, les actes sont demeurés absents. L'entêtement des deux côtés exaspère aussi bien les médiateurs que l'opinion publique qui suit les péripéties de la crise plus que les feuilletons du mois de Ramadan. Deux mois et demi plus tard, les clivages n'auront jamais été aussi prononcés. Dans le rang des politiques, personne ne semble avoir assez de discernement pour trouver une issue, et dans le rang de ceux qui observent dans l'impuissance et la colère, personne ne semble avoir la vue assez longue pour apercevoir le bout du tunnel.

Voici, en 25 dates-clés, un retour non-exhaustif sur cette crise politique:

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  • 25 juillet 2013 – Assassinat de Mohamed Brahmi, député de l’opposition

    Mohamed Brahmi est assassiné par balles devant son domicilele jour de la fête de la République. La famille du défunt pointe le Mouvement Ennahdha du doigt. <a href="http://www.huffpostmaghreb.com/2013/07/25/mohamed-brahmi-biographie_n_3653025.html" target="_blank">Qui est Mohamed Brahmi?</a>

  • 25 juillet : Début du sit-in devant l’ANC et création du Front du salut national

    Ahmed Néjib Chebbi, leader du parti Al Joumhouri, appelle à la dissolution du gouvernement et Hamma Hammami à la désobéissance civile. Une grève générale pour le 26 juillet 2013 est décrétée par l’UGTT et les premières démissions de députés sont annoncées. Dans la nuit, le Front populaire annonce le début du sit-in à l’Assemblée et la création du Front du salut national. <a href="http://www.huffpostmaghreb.com/2013/07/25/assassinat-mohamed-brahmi_n_3654035.html" target="_blank">La classe politique tunisienne sous le choc</a>

  • 26 juillet : 42 députés annoncent leur retrait de l’Assemblée

    <a href="http://www.huffpostmaghreb.com/2013/07/26/demission-deputes_n_3657382.html" target="_blank">42 députés de l’opposition annoncent leur retrait de l’Assemblée et observeront un sit-in ouvert</a> jusqu’à la dissolution de l’ANC et la chute du gouvernement. Au total, une soixantaine de députés se retirent de l’Assemblée malgré des revendications différentes.

  • 28-29 juillet : Répressions policières et députés agressés

    Alors que manifestants et élus se sont installés devant le siège de l’ANC, des membres des Ligues de protection de la révolution et partisans du pouvoir affluent pour contre-manifester à quelques mètres. Des heurts entre les deux camps éclatent et les forces de l’ordre répliquent violemment et agressent plusieurs députés. <a href="http://www.huffpostmaghreb.com/2013/07/29/sit-in-bardo-agression_n_3669557.html" target="_blank">L’élu Noômane Fehri est blessé à la nuque.</a>

  • 29 juillet : Ettakatol appelle à la démission du gouvernement

    Ettakatol, un des partis de la coalition au pouvoir appelle à la démission du gouvernement et menace de retirer ses ministres. Le lendemain, Lobna Jribi, élue du même parti rejette la possibilité de poursuivre les travaux de l’Assemblée sans ses collègues retirés. <a href="http://www.huffpostmaghreb.com/2013/07/30/lobna-jeribi_n_3672184.html" target="_blank">Lobna Jeribi: "J'appelle le gouvernement à démissionner"</a>

  • 29 juillet : Ali Larayedh campe sur ses positions et annonce des élections pour le 17 décembre

    Le chef du gouvernement Ali Larayedh tient une conférence de presse dans laquelle il défend le travail du gouvernement et donne les dernières évolutions sur le meurtre de Mohamed Brahmi. Le Premier ministre propose une feuille de route avec l’accélération des travaux de l’Assemblée et le 17 décembre comme date des futures élections. <a href="http://www.huffpostmaghreb.com/2013/07/29/ali-larayedh_n_3671604.html" target="_blank">Ali Larayedh: A ceux qui parlent au nom du peuple, on peut organiser un référendum pour voir ce qu'il en pense</a>

  • 29 juillet: 8 soldats assassinés à Chaâmbi

    <a href="http://www.huffpostmaghreb.com/2013/07/29/chaambi-embuscade-militaires-mort_n_3672304.html" target="_blank">Huit soldats sont assassinés et mutilés à Châambi</a>, l'information est tombée juste après la conférence d’Ali Larayedh dans laquelle il mettait en garde contre le chaos propice aux actes terroristes. Le drame choque d’autant plus l’opinion publique vu la violence des images qui ont été diffusées.

  • 30 juillet : L’UGTT et l’UTICA se prononcent pour un gouvernement de compétences

    La centrale syndicale (UGTT) et l’organisation patronale (UTICA) se prononcent en faveur de la démission du gouvernement d’Ali Larayedh et de la formation d’un gouvernement de compétences indépendantes.

  • 31 juillet : Rached Ghannouchi reste attaché à Ali Larayedh

    Après qu’Ennahdha et d’autres petits partis aient publié un communiqué commun appelant à la formation d’un gouvernement d’union nationale, Rached Ghannouchi réaffirme son attachement à Ali Larayedh à la tête du cabinet gouvernemental.

  • 4 août : Manifestation d’Ennahdha à la Kasbah

    Réaffirmant son attachement à la légitimité des urnes, le mouvement islamiste organise une manifestation à la Kasbah. <a href="http://www.huffpostmaghreb.com/2013/08/04/tunisie-manifestation-kasbah_n_3702955.html" target="_blank">Des milliers de partisans du parti au pouvoir se déplacent de plusieurs villes de Tunisie pour cette démonstration de force en soutien au pouvoir en place.</a>

  • 6 août : Mustapha Ben Jaâfar suspend les travaux de l’Assemblée constituante

    Le président de l'Assemblée nationale constituante (ANC), Mustapha Ben Jaafar, a annoncé la suspension des travaux de la Constituante jusqu'à ce que des négociations de sortie de la crise politique commencent. <a href="http://www.huffpostmaghreb.com/2013/08/06/constituante-suspendue-tunisie_n_3714524.html" target="_blank">"J'assume ma responsabilité de président de l'ANC et suspends les travaux de l'Assemblée jusqu'au début d'un dialogue (entre pouvoir et opposition) et cela au service de la Tunisie</a>", a-t-il déclaré.

  • 6 août : L’opposition manifeste 6 mois après l’assassinat de Chokri Belaïd

    Comme une réponse à la manifestation des pro-gouvernement à la Kasbah, bien que prévue depuis longtemps,<a href="http://www.huffpostmaghreb.com/2013/08/07/bardo-mobilisation-opposi_n_3717637.html" target="_blank"> l’opposition organise une grande manifestation</a> pour commémorer l’assassinat de Chokri Belaïd.

  • 12 août : Les négociations marathoniennes de Houcine Abassi démarrent

    A contrecoeur, Houcine Abassi, le secrétaire général de l’UGTT poursuit les pourparlers et rencontre le leader d’Ennahdha, Rached Ghannouchi<a href="http://www.huffpostmaghreb.com/2013/08/13/tunisie-ugtt-ennahdha_n_3747557.html" target="_blank"></a>. Les entretiens se multiplient entre les acteurs politiques sans résultat. C’est le début des négociations marathoniennes de Houcine Abassi.

  • 13 août : Forte mobilisation de l’opposition à l’occasion de la fête de la femme

    <a href="http://www.huffpostmaghreb.com/2013/08/14/tunisie-manifestation-13-aout-2013_n_3753201.html?utm_hp_ref=maghreb" target="_blank">L'opposition tunisienne a revendiqué, le 13 août au soir, des dizaines de milliers de manifestants à Tunis</a>, maintenant la pression sur les islamistes au pouvoir dont elle réclame la démission depuis l'assassinat de Mohamed Brahmi.

  • 14 août : Les évènements en Egypte s'immiscent dans le débat politique en Tunisie

    La dégradation de la situation égyptienne, avec la répression sanglante de l'armée contre les manifestants affiliés aux Frères musulmans, a fait l'objet d'une forte récupération politique en Tunisie. <a href="http://www.huffpostmaghreb.com/2013/08/15/evenements-egypte-tunisie_n_3760451.html" target="_blank">Les principaux responsables au pouvoir et représentants politiques des partis formant la Troïka ont fait un parallèle entre ce qui se déroule en Egypte et ce qui pourrait se produire en Tunisie</a>, si une solution politique à la crise n'était pas trouvée.

  • 14 août : La rencontre entre Ghannouchi et Béji Caïd Essebsi relance les pourparlers

    Beaucoup d’encre a coulé à la suite de <a href="http://www.huffpostmaghreb.com/2013/08/20/rencontre-essebsi-ghannouchi_n_3784168.html" target="_blank">la rencontre "secrète" entre Rached Ghannouchi et Béji Caïd Essebsi</a> dans la nuit du 14 août dernier à Paris (officiellement le 15 août). Des rumeurs ont massivement circulé concernant un hypothétique "deal" entre les deux leaders politiques, démenties par ces derniers. Les meilleurs ennemis de la scène politique entament toutefois une relation plus apaisée et consensuelle.

  • 15 août : Malgré sa rencontre avec BCE, Rached Ghannouchi durcit le ton

    Le président du Mouvement Ennahdha, Rached Ghannouchi, a tenu une conférence de presse ce jeudi 15 août lors de laquelle il a traité de la situation politique nationale. Tout en se déclarant favorable à l’union et au consensus pour sortir le pays de la crise, indiquant que les leçons de l’expérience égyptienne devaient être tirées, mais que ce scénario ne pouvait se reproduire en Tunisie, <a href="http://www.huffpostmaghreb.com/2013/08/15/ghannouchi-ennahdha-crise-politique_n_3760823.html" target="_blank">Rached Ghannouchi a paradoxalement durcit sa position vis à vis de l’opposition.</a>

  • 16 août : Abassi hésite à poursuivre les pourparlers, faisant valoir une situation économique aggravée.

    Alors qu’il avait annoncé que l’UGTT prendrait les mesures nécessaires pour mettre fin à la situation de crise en Tunisie, Houcine Abassi fait part de ses doutes.

  • 19 août : Ettakatol opte pour un gouvernement non-partisan… Statu Quo dans les négociations

    Ettakatol, parti de la coalition au pouvoir, opte pour un gouvernement non-partisan, se détachant davantage de ses alliés (Ennahdha et le CPR)… Pour autant, <a href="http://www.huffpostmaghreb.com/2013/08/19/ettakatol-gouvernement_n_3778565.html?utm_hp_ref=maghreb-politique" target="_blank">la crise politique s’enlise les deux parties adverses campent sur leurs positions</a>.

  • 22 août : "Ennahdha accepte l'initiative de l'UGTT"… Mais pas de démission du gouvernement avant le dialogue national

    Le Mouvement Ennahdha au pouvoir annonce, après un mois de crise politique, qu'il accepte de négocier sur la base de l'initiative de l'Union Générale des Travailleurs Tunisiens (UGTT), prévoyant la mise en place d'un gouvernement apolitique, leur ligne rouge jusqu'à présent… <a href="http://www.huffpostmaghreb.com/2013/08/22/ennahdha-accepte-initiative-ugtt_n_3794392.html" target="_blank">L’opposition refuse toujours tout dialogue avant la démission du gouvernement.</a>

  • 24 août : Démarrage de la campagne "Erhal" (Dégage)

    <a href="http://www.huffpostmaghreb.com/2013/08/25/rahil-bardo_n_3811663.html" target="_blank">La semaine du 24 au 31 août était “la semaine du départ”</a>. Initiée par le Front de salut national, cette campagne appelait depuis le 14 août à la révocation de tous ceux qui ont été nommés par le gouvernement “sur des considérations partisanes” à la tête d’institutions publiques.

  • 25 août : Interview de Rached Ghannouchi sur Nessma

    Lors de sa première interview sur Nessma TV, <a href="http://www.huffpostmaghreb.com/2013/08/26/rached-ghannouchi-nessma_n_3815537.html?utm_hp_ref=mostpopular" target="_blank">Rached Ghannouchi annonce plusieurs concessions</a>, parmi lesquelles le renoncement à la loi d’immunisation de la révolution et la possibilité de former un gouvernement d’élections, toujours sans donner de délai pour la démission de l’actuel gouvernement.

  • 3 septembre : Des négociations en passe d’échouer

    Houcine Abassi, secrétaire général de l’UGTT déplore<a href="http://www.huffpostmaghreb.com/2013/09/03/tunisie-negociations_n_3861150.html" target="_blank"> l’absence d’évolutions dans les négociations</a> marathoniennes entamées à la suite de l’assassinat de Mohamed Brahmi.

  • 4 septembre : Allocution de Mustapha Ben Jaâfar : Reprise de l’Assemblée?

    Lors d'une allocution télévisée, le président de l'Assemblée nationale constituante, Mustapha Ben Jaâfar a appelé les élus retirés à retourner à l'Assemblée. Il a en outre annoncé qu'il "avait l'intention" de réunir le bureau de l'ANC la semaine prochaine... <a href="http://www.huffpostmaghreb.com/2013/09/04/mustapha-ben-jaafar-suspension_n_3868341.html?utm_hp_ref=maghreb-politique" target="_blank">laissant une issue incertaine pour la reprise des travaux de l'Assemblée.</a>

  • 7 septembre : Commémoration du 40e jour de l'assassinat de Mohamed Brahmi

    Plusieurs milliers de Tunisiens ont manifesté samedi soir au Bardo pour réclamer la chute du gouvernement dirigé par le parti islamiste Ennahdha, <a href="http://www.huffpostmaghreb.com/2013/09/08/bardo-brahmi-40e-jour_n_3889215.html?utm_hp_ref=maghreb#slide=2885273" target="_blank">quarante jours après l'assassinat de l'opposant Mohamed Brahmi.</a> Sur scène Hamma Hammami appelle à <a href="https://www.facebook.com/video/embed?video_id=10200324665499937" target="_blank">nouveau sit-in à la Kasbah à partir du 9 septembre.</a>