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Tunisie: La suspension de l'ANC a-t-elle été levée? Mustapha Ben Jaâfar laisse les députés perplexes

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MUSTAPHA BEN JAFAR
Mustapha Ben Jaâfar applaudi par les députés le jour de son élection en tant que président de l'Assemblée nationale constituante, le 22 novembre 2011 | Samir Abdelmoumen

Le discours de Mustapha Ben Jaâfar le 4 septembre dernier a laissé les élus de différents bords et la classe politique en général perplexe. Les travaux de l'Assemblée ont-ils repris? Mustapha Ben Jaâfar campe-t-il sur ses positions tout en cherchant à gagner du temps? Beaucoup d'interrogations pour un discours étudié minutieusement, réglé comme du papier à musique où les non-dits sont plus importants que les mots eux-mêmes.

Appeler les députés à regagner leur maison (sous-entendu l'Assemblée)? Un détail et une supplication rejetée maintes fois par l'opposition. Avoir l'intention de réunir le bureau de l'Assemblée? Toutes les interprétations sont permises. La réunion aura-t-elle lieu? "La semaine prochaine" - un délai qui sonne comme un refrain de la crise politique -, on sera fixé... ou pas.

Pour Ennahdha, la suspension de l'Assemblée a été levée

Comme l'affirme le président du groupe parlementaire d'Ennahdha, Sahbi Atig, le parti islamiste a accueilli positivement le discours de Mustapha Ben Jaâfar. "Nous nous sommes réunis pour analyser le discours du président de l'Assemblée et donner notre position", a-t-il déclaré. Après "analyse", il semblerait, selon l'élu, que Mustapha Ben Jaâfar ait annoncé la reprise des travaux de l'Assemblée, par son intention de réunir le bureau. "Nous aurions cependant souhaité avoir plus de précisions sur l'ordre du jour de cette réunion et le calendrier", nuance-t-il.



Pour Habib Khedher, rapporteur général de la Constitution, "Mustapha Ben Jaâfar n'avait pas besoin d'annoncer clairement la reprise de l'Assemblée".

"Personne ne s'attendait à ce qu'il s'excuse et avoue que sa décision était vouée à l'échec, le fait même que les instances de l'Assemblée soient réactivées suffit pour affirmer que la suspension est levée", soutient-il.

"Je m'attendais cependant à ce que le président de l'Assemblée valorise les efforts et le travail effectué par les députés non-retirés", déplore Habib Khedher. Le député a par ailleurs précisé qu'il n'était pas concevable d'attendre indéfiniment le retour des élus retirés et que la tenue d'une séance plénière devrait être décidée par le bureau.

Le CPR demande plus de précisions

De son côté, le groupe parlementaire du Congrès pour la République (CPR) a estimé que la convocation, par Ben Jaâfar, du bureau de l'ANC à se réunir la semaine prochaine, était "un pas positif" dans le sens de la reprise des travaux de la Constituante. Selon la députée du CPR à l'ANC, Ikbal Msadaa "le groupe aurait, toutefois, souhaité que cette annonce soit plus précise".

"Bien qu'il comprenne les arguments de Ben Jaâfar à propos de sa décision de suspendre les travaux de l'Assemblée constituante, le groupe du CPR considère que le blocage de ses travaux avec la conjoncture que traverse le pays ne sert pas le processus de transition", a-t-elle affirmé à la TAP, soulignant l'impératif de tenir une plénière pour discuter de la décision de suspension et de la situation générale dans le pays.

Pour le groupe Wafa, Ben Jaâfar cherche à gagner du temps

Remonté contre le président de l'Assemblée, le député Azed Badi, porte-parole du groupe Wafa (parti d'Abderraouf Ayadi) a estimé que le discours de Ben Jaâfar n'était pas sérieux, reprochant à ce dernier de n'avoir pas fixé une date précise pour la reprise des travaux de l'ANC et de chercher à gagner du temps.

"Le président n'est pas l'homme de la situation et n'est plus capable de gérer l'administration de l'Assemblée. Nous comptons émettre une pétition pour qu'une motion de censure soit votée contre lui. Aujourd'hui il a un choix à faire, soit se mettre du côté des députés retirés, soit revenir réellement à l'Assemblée", s'insurge M. Badi sur les ondes de Mosaïque FM.

Un discours bien accueilli par le parti de Mohamed Ayachi Ajroudi...

Le "mouvement tunisien Liberté et Dignité" (parti de Mohamed Ayachi Ajroudi) a pour sa part qualifié l'intervention de Ben Jaâfar de "responsable", estimant qu'il s'agit d'un "pas sur la bonne voie".

"Les arguments avancés par Ben Jaâfar pour justifier sa décision de suspendre les travaux de l'Assemblée constituante sont objectifs, dès lors qu'il était question de créer un climat propice au dialogue national, position qui est d'ailleurs appuyée par le mouvement tunisien", a jugé le secrétaire général du mouvement Mohamed Tahar Ilahi, dans une déclaration à la TAP.

Le mouvement attend donc les prochaines évolutions pour statuer sur la reprise ou la suspension prolongée des travaux.

... Mais rejeté en bloc par les députés retirés

Les députés retirés ont majoritairement critiqué la position de Mustapha Ben Jaâfar, estimant, comme le groupe Ennahdha, qu'il avait annoncé la reprise des travaux de l'ANC par son intention de réunir le bureau.

Samir Taïeb, porte-parole du parti Al Massar, a affirmé pour sa part qu'il n'était pas question pour les élus de l'opposition de répondre à l'appel du président de l'Assemblée. "Nous ne retournerons pas à l'Assemblée car nous considérons qu'il n'y a pas de dialogue", a-t-il déclaré.

Mustapha Ben Jaâfar reste le seul maître à bord?

Malgré les tentatives répétées de certains députés non retirés de reprendre les travaux, sans le président de l'ANC, y compris en tentant de forcer les portes de l'hémicycle, Mustapha Ben Jaâfar reste seul maître à bord, avec une administration qui ne répond qu'à ses directives.

Tout en se plaçant au-dessus de la mêlée et en retrait face aux différends qui opposent les deux camps, M. Ben Jaâfar se trouve depuis un mois dans une situation inconfortable. Pressé par les uns de revenir sur sa décision et par les autres de la maintenir jusqu'à la démission du gouvernement et l'entame du dialogue national, le président de l'Assemblée avance à tâtons, laissant des députés perplexes et des critiques fuser de toutes parts.

M. Ben Jaâfar ne prend (réellement) pas de risques en réunissant le bureau, à la lumière des réactions encore mesurées de la majorité des élus non retirés (à l'exception du groupe Wafa). Mais l'issue d'une telle réunion reste incertaine et la "semaine prochaine" serait donc - a priori - une "semaine décisive", suivant d'autres qui l'étaient tout autant.

Lire sur le HuffPost Maghreb: Mustapha Ben Jaâfar rejette les pressions et maintient la suspension de l'ANC... à un fil

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