Suite à la conférence de presse du Premier ministre, Ali larayedh, c’était au tour du ministre de l’Intérieur, Lotfi Ben Jeddou, de s’exprimer face à la presse. Le ministre, flanqué du directeur de la sécurité publique, Mustapha Ben Amor et du porte-parole du ministère, Mohamed Ali Aroui, a exposé devant un parterre de journalistes, le 28 août, les preuves qui justifient la classification d’Ansar Al Charia parmi les organisations terroristes.

L’exercice se voulait un modèle de rigueur avec une succession de photos accablantes et d’aveux filmés. Il se révèle en fin de compte bâclé, au moins à la lumière des incohérences qui ont surgi à la suite de l'exposé.

La première erreur grossière concerne un des noms sur la liste des futures cibles d’assassinats choisies par l’organisation et que le ministère a divulguée. Ce nom qui est présenté comme étant celui du frère de la bloggeuse Lina Ben Mhenni est un faux nom tel que l’explique cette dernière dans un post Facebook.


Le deuxième point qui fait tâche concerne certains individus présentés lors de la conférence comme de dangereux terroristes écroués avec une explication précise de leurs implications dans l’organisation, mais qui auraient déjà été relâchés, d’après l’avocat Anouar Ouled Ali.

Ces personnes sont: Meher El Akerri et un de ses parents, Abdallah Ben Aziza, Adel Kefi et deux autres individus, comme l'explique l'avocat dans cette intervention sur la chaine Al Moutawasset TV:


Le ministère de l'Intérieur peut se défendre en disant que c'est du ressort du ministère de la Justice de juger si ces personnes doivent rester derrière les barreaux ou être relâchées, mais il n'en demeure pas moins que l'ensemble peut laisser croire à un semblant de mise en scène.

Enfin la dernière critique concerne l’aspect juridique de cette classification. Elle est formulée par l’Observatoire tunisien pour l’indépendance de la Magistrature (OTIM). Ce dernier estime que la décision de considérer Ansar Al Charia comme une organisation terroriste est une mesure administrative éminemment politique. De fait cette mesure poserait des problèmes juridiques car elle n’obéit pas aux conditions requises par la loi. Elle aurait pour effet de mettre à mal certains droits et libertés dont le droit de réunion, la liberté de circulation, le droit de propriété et la liberté de croyance avec le risque d’un amalgame entre pratiques religieuses et actes de violence.

De plus, d’après l’OTIM, cette affaire constitue un précédent dangereux dans la relation entre pouvoir exécutif et pouvoir judiciaire puisque en l’espèce, le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur se sont substitués au juge chargé de l’affaire et ont violé le secret de l’instruction