Égypte - États-Unis: Un allié stratégique, une position ambigüe

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La condamnation internationale de la répression militaire contre les pro-Morsi en Egypte est unanime. Les Etats-Unis qui sont restés plutôt prudents au lendemain du renversement de Mohamed Morsi finissent par hausser le ton. La Maison Blanche s’oppose à la reprise de l’État d’urgence décidée par l’armée et l’appelle à “la retenue”. Les relations entre les deux pays se crispent.

Une condamnation, mais pas de sanctions

Aux Etats-Unis, la législation interdit d’aider financièrement tout pays théâtre d’un coup d’Etat militaire. Très embarrassée par la destitution de Mohamed Morsi par l’armée égyptienne le 3 juillet dernier, l’administration américaine a évité de qualifier ce renversement de “coup d’Etat” afin de pouvoir maintenir son aide annuelle de 1,3 milliard de dollars. Le Pentagone annonce toutefois, une semaine plus tard, une réévaluation de l’aide américaine à l’Egypte.

"Compte tenu des évènements de la semaine dernière, le président a demandé aux départements et agences concernés de réévaluer notre assistance au gouvernement égyptien", annonce le Pentagone dans un communiqué repris par Reuters.

Le Sénat a par la suite demandé de conditionner une partie des fonds à l'obligation d'organiser une élection démocratique. Les anti-Frères musulmans en Egypte n’apprécient pas la position américaine. Sur les réseaux sociaux, comme à Place Tahrir, une campagne dénigrant Obama est lancée.

Après la répression sanglante contre les pro-Morsi, le président américain Barack Obama a réagi depuis son lieu de vacances à Martha's Vineyard (Massachusetts). Il condamne "fermement" les mesures prises par les militaires et estime que le pays s’est engagé sur “un chemin dangereux”. Obama a également annoncé l'annulation de manœuvres militaires "Bright Star" conjointes avec le Caire prévues au mois de septembre.

Même si Barack Obama s’est contenté de condamner les violences de la veille, la présidence égyptienne n’a pas apprécié sa sortie. Dans un communiqué publié par l’agence officielle MENA elle se justifie en se disant "confrontée à des actes terroristes qui visent les institutions du gouvernement et des installations vitales", et estime que les propos du président américain risquaient d’ "encourager " les groupes violents.

L’Égypte, un allié stratégique dans la région, une position ambigüe

L’Egypte va-t-elle perdre les Etats-Unis comme alliés stratégiques? Aucun des deux pays n’a intérêt à perdre le soutien de l’autre. La stabilité de la région en dépend. D’ailleurs Obama l’a fait savoir dans sa déclaration du jeudi 15 août:

"La relation entre les Etats-Unis et l'Egypte remonte à des décennies. (..) L’Égypte est une pierre angulaire de la paix au Moyen-Orient".

Si Obama a annoncé l’annulation de l’opération militaire conjointe, l’assistance militaire est elle, encore maintenue, selon le secrétaire d'Etat à la Défense, Chuck Hagel.

Pour le Washington Post et le New York Times, deux des plus grands quotidiens américains, la non-suspension de l’assistance militaire fait de l’administration Obama une "complice" de la répression de l’armée qui a coûté la vie à plus de 500 victimes civiles en une journée.

Plusieurs pays européens (France, Allemagne, Italie, Grande-Bretagne, Espagne) ont convoqué les ambassadeurs égyptiens en poste dans leurs capitales pour condamner l’usage de la force. Pour les Etats-Unis, le dossier égyptien est plus délicat. Ces violences meurtrières qui secouent le pays depuis la destitution du président Morsi par les militaires les mettent face à un dilemme. Après avoir évité de parler de coup d’Etat, comment soutenir la démocratisation d’un pays en confortant les nouvelles autorités répressives?

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