Il y a tout juste une semaine les Etats-Unis décident de fermer totalement, ou partiellement 19 ambassades et consulats au Maghreb (dont l’Algérie, la Mauritanie et la Libye), au Moyen Orient et en Afrique, dont l’île de Madagascar et l’île Maurice davantage réputée pour ses plages de sable fin, que pour ces cellules dormantes.

1/ Pourquoi des menaces maintenant ?

En matière de terrorisme, c’est du bon sens, on n’agit pas toujours sur des certitudes, la prévention est un élément fondamental de la lutte anti-terroriste. La multiplication des attaques de drones au Yémen contre des éléments suspectés d’appartenir à Al Qaïda et le contexte des tensions politiques dans le monde arabe, notamment en Egypte, pourrait être un paramètre pour comprendre ces menaces. Quelques jours avant le lancement de l’alerte, le chef d’Al Qaïda, Ayman al-Zawahiri, s’est invité dans la crise égyptienne en accusant les Etats-Unis d’avoir “comploter” avec l’armée pour faire tomber le président islamiste Mohamed Morsi.

L’Egypte est le pays, après Israël, qui bénéficie le plus de l’aide américaine, et à ce titre un allié stratégique des Etats-Unis. Certes on ne peut négliger la menace, dont on sait qu’elle est constante, mais on ne peut non plus écarter une tentative d’instrumentalisation de cette dite menace.

2/ Le rapport de force Russie/USA

Al Qaïda a-t-il cherché à tester les capacités de réactions américaines sur plusieurs fronts. Menaces dans le monde arabe, tensions diplomatiques avec la Russie, difficultés politiques pour le président américain ?

L’Egypte bastion des Frères musulmans, vit au bord du chaos depuis plus d’un mois. Les Etats-Unis y ont une influence réelle, ont-ils par leur silence contribuer à renverser le président islamiste Morsi ? En tout cas c’est ainsi que l’interprète tous ceux qui voient la main de l’Amérique derrière chaque mauvais coup.

D’autre part la longue période qu’ Edward Snowden, ancien analyste de l’agence chargée des écoutes (NSA), a passée dans la zone internationale de l’aéroport de Moscou, a dû être utilisée par ses avocats pour négocier et obtenir l’asile en Russie. En échange de quoi ?

Du point de vue des experts américains leur ancien collègue a pu livrer des informations vitales pour leur sécurité, en matière d’espionnage électronique et numérique. Cette alerte était-elle une évaluation des systèmes de sécurité ? Ou bien a-t-elle servie à mettre en place de nouvelles procédures ? On ne le saura pas, mais on observe que le danger est localisé dans une région, Golfe et Moyen Orient, vitale pour l’approvisionnement énergétique des Etats-Unis et ses intérêts stratégiques. Une zone que les stratèges du Kremlin n’ont jamais renoncer à reconquérir. La «récupération» de Snowden par la Russie, s’inscrit dans cette perspective, et pourrait donner à Moscou un petit avantage, mais pour combien de temps ?

3/ Obama a-t-il convaincu les américains ?

De nos jours plus aucun gouvernement ne peut espérer obtenir un soutien durable, sans gagner la bataille de l’opinion.
Après l'alerte sur les menaces d'Al Qaïda lancées la semaine dernière les Américains mesurent en ce moment la fiabilité de leur dispositif. Il ne s’agit pas nécessairement de nouvelles menaces, mais plutôt de juger de leur capacité à prendre des mesures d’urgence après la défection d’un agent, certes de second plan, qui avait accès à des informations vitales pour la sécurité et les intérêts américains. Que retiendra l’opinion : il n’y a eu ni attentat, ni attaque, ni aucune forme de mise en cause de l’intégrité des citoyens américains dans les pays où les représentations diplomatiques ont été fermées. Preuve que les programmes d’interception des communications sont utiles, voire nécessaires.

4/ Al Qaïda une menace pour les USA ?

L’administration Obama, a passé deux ans à mettre en avant ses réussites pour lutter contre le terrorisme et singulièrement Al Qaïda, notamment grâce à l’utilisation des drones. En mai 2012 le New York Times a révélé l’implication personnelle de Barak Obama dans la confection de kill lists.

Alors pourquoi subitement décréter « l’alerte globale » et «la menace imminente» ?

Répondre à cette question suppose mettre en perspective des motivations qui se télescopent mais aux intérêts convergents : l’influence du lobby industriel et militaire aux Etats-Unis. Au début des années 2000 l’armée américaine possédait 50 drones, aujourd’hui 7500. Ce qui signifie qu’un appareil sur trois est un drone dans l’US Air Force. Au cours de son premier mandat Barak Obama, prix Nobel de paix en 2009, utilisera six fois plus les drones, que son prédécesseur George W. Bush en deux mandats. D’autre part, comme beaucoup d’hommes politiques Barak Obama pense à la postérité. Quelle trace laissera t-il de son passage ?

Son second mandat est destiné à construire cette posture d’homme d’Etat, jusque là on retient surtout les contradictions d’un homme qui se voulait anti-guerre et qui se révèle l’homme des assassinats ciblés.

5/ Quel gain politique pour Obama ?

A son arrivée à la Maison Blanche Barak Obama comprend que les américains sont fatigués des guerres qui tuent leurs boys, Obama donne à l’Amérique une guerre, presque, zéro morts. Grâce à cette technologie des drones.

L’instrumentalisation de la menace terroriste menée à grand renfort de propagande, illustre surtout l’obsession américaine de son hyperpuissance. En ce sens il n’y avait pas grand chose à attendre, Barak Obama est profondément américain, il est convaincu que son pays agit pour le bien et que sa position ne peut lui être contestée. En ce sens tous
ceux qui sont tombés dans le panneau de l’homme noir à la sensibilité différente, en sont pour leur frais.

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