VIE PROFESSIONNELLE - Profitons de la plage pour prendre un peu d'avance sur la rentrée et parler bureau. Pas de la vie au bureau mais bien du meuble.

Doté de quatre pieds et d'un plateau dans sa forme la plus simple, cette pièce de mobilier est parfois agrémentée de tiroirs et autres rangements à la finalité souvent contrariée.

En effet, si certains d'entre nous parviennent à maintenir l'ordre dans et sur leur bureau, d'autres en sont totalement incapables. On parle alors de "bureau mal rangé", ou plus communément de "bureau en bordel" ou "bordélique", autant d'expressions certes moins élégantes mais plus répandues.

On dit d'ailleurs des bureaux qu'ils reflètent la personnalité d'un individu, ce qui n'est pas le cas des canapés ou des tabourets. Toute la question est alors de savoir s'il vaut mieux avoir un bureau propre ou mal rangé. Le terme pouvant ici s'étendre à la pièce qui abrite ledit meuble.

Exemple d'un bureau mal rangé:
messy desk

Évidemment, les écrivains, qui sont au bureau ce que les mécanos sont au joint de culasse, ont eu l'occasion de s'exprimer sur le sujet. "Un bureau bien rangé est le signe d'un esprit dérangé" aurait par exemple écrit Antoine de Saint-Exupéry, qui a sans doute rédigé Le Petit Prince depuis un bureau.

Mais qu'en pense la science, plus rigoureuse que Saint-Ex et aussi précise qu'un mécano? Elle ne nous a pas attendus pour se poser la question. Voici ses dernières réponses.

Bien rangé = efficacité?

Il n'y pas si longtemps, on pensait encore qu'un environnement propre et bien rangé encourageait la bonté des hommes.

Plusieurs expériences avaient même pu montrer que la propreté tendait à faire diminuer le crime ou encore le nombre de déchets balancés sans considération dans la rue.

Mais selon la psychologue Kathleen Vohs qui vient de publier dans la revue Psychological Science, les résultats d'une série d'expériences: un bureau mal rangé aurait d'autres avantages.

Lors de la premuère, la psychologue a demandé à des participants de remplir des questionnaires dans un bureau, là il s'agit de la pièce qui contenait le meuble du même nom.

Certains se sont vus attribués un bureau dérangé, d'autres des bureaux propres. Dans un deuxième temps, la chercheuse a proposé aux participants de donner à une association, puis de choisir entre manger une barre chocolatée ou une pomme.

Résultat: les participants qui ont rempli le questionnaire dans les bureaux bien rangés ont donné plus d'argent que les autres et ont été plus nombreux à choisir la pomme plutôt que la barre chocolatée. De quoi légitimer l'hypothèse initiale selon laquelle un environnement propre tend effectivement à stimuler un comportement bon pour les autres mais aussi pour nous.

C'est là qu'intervient la seconde expérience qui, vous allez le voir, change tout.

Vive les punks

Cette fois-ci les participants des bureaux propres et dérangés se vus attribués des balles de ping pong. Objectif: trouver de nouveaux usages à cet objet bien connu des pongistes, avant de présenter leurs idées à un panel de juges indépendants.

Le bilan fut une nouvelle fois sans appel: les participants des bureaux bordéliques se sont montrés plus créatifs que les autres.

Pour enfoncer le clou, les chercheurs leur ont aussi demandé de choisir entre deux types de produits, l'un plus récent et méconnu, l'autre plus familier et établi. Les participants des bureaux dérangés se sont montrés plus téméraires, préférant la nouveauté aux certitudes confortables des produits familiers. Un peu comme si le foutoir libérait des conventions.

Un autre universitaire américain ne s'y est d'ailleurs pas trompé. Professeur de management à Harvard, Eric Abrahamson a publié en 2009 un essai au titre évocateur Un peu de désordre = beaucoup de profit(s).

D'après lui, si un salarié bordélique en vaut au moins deux (voire trois), c'est non seulement parce qu'il ne perd pas de temps à ranger son bureau, mais aussi parce que le désordre est bien une manière d'ordre. Un salarié désordonné mettrait perdrait 36% de temps en moins à ranger son bureau.

Et toujours dans la rubrique ne tuons plus la créativité au bureau, une nouvelle étude pourrait faire changer vos habitudes à l'heure du déjeuner.

En dépit d'un échantillon peu représentatif, les résultats sont formels: manger devant son ordinateur rend crétin. Comme quoi, bien être au travail et efficacité ne sont pas plus éloignés l'un de l'autre qu'un salarié en costume et un punk.


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