Sur fond de crise politique, Wided Bouchamaoui, présidente de l’Union Tunisienne de l’Industrie du Commerce et de l’Artisanat (UTICA) a rencontré en trois jours les 3 présidents: le Président de la République, Moncef Marzouki, le président de l’Assemblée nationale constituante (ANC), Mustapha Ben Jaâfar, et le Chef du gouvernement, Ali Larayedh.

“La situation économique du pays n’est pas bonne, affirme-t-elle ce lundi au HuffingtonPost Maghreb, elle sera catastrophique si ça continue. Le temps nous est compté.”

Aux trois dirigeants du pays, la patronne des patrons a décrit une situation économique fragile qui n’est pas prête de s’améliorer “tant qu’il n’y pas de visibilité”.

Dans ce contexte difficile, où les actes de violence se multiplient et où gouvernement et opposition font appel à la rue pour confirmer "sa" légitimité pour l’un, et soutenir "ses" revendications de changement pour l’autre, Wided Bouchamaoui lance un cri d’alarme. “Il faut rétablir la sécurité, il faut que tout cela s’arrête”, nous déclare-t-elle.

Tout en essayant d’éviter de soutenir un camp ou l’autre, elle renvoie dos à dos, gouvernement et opposition.

“Le gouvernement ne prend pas les mesures nécessaires car il pense aux futures élections. L’opposition ne donne pas de mesures concrètes. Il y a beaucoup de calculs des deux côtés. Tout le monde est responsable.”

Y’a-t-il une solution immédiate? La position de Mme Bouchamoui et de l’UTICA est claire. “Il faut un nouveau gouvernement composé de compétences nationales”.

“Il faut qu’on ait un gouvernement de technocrates, compétents et efficaces, qui n’ont pas d’agenda politique et qui puissent gérer les dossiers techniques.”

Sans proposer de noms pour ce gouvernement, Mme Bouchamaoui reste “convaincue que la Tunisie regorge de compétences.” “Notre administration dispose de personnes compétentes qui peuvent assurer ce travail”, affirme-t-elle.

La situation sécuritaire s’est considérablement dégradée en Tunisie, depuis l’assassinat du député Mohamed Brahmi le 25 juillet dernier. Après l’embuscade ayant coûté la vie à 8 militaires au mont Chaâmbi, la menace terroriste persiste sur le pays. Vendredi, un colis suspect a été retrouvé à Manar 2 (banlieue de Tunis) avec une lettre signée “Al Qaïda au Maghreb islamique". Le même jour, une explosion a eu lieu à Jeddaida (Gouvernorat de la Manouba). Selon des sources officielles, la victime était en train de fabriquer une bombe lorsque celle-ci a explosé. Ce week-end, le ministère de l’Intérieur a annoncé une série d’arrestations de personnes liées au terrorisme.

“L’urgence, c’est d’arrêter le terrorisme aujourd’hui. Les gens ont peur. Le Tunisien a besoin d’un signal fort. Il a besoin d’entendre un discours ferme et raisonnable. Les gens ont besoin d’un nouveau souffle”. explique au HuffingtonPost Maghreb Mme Bouchamaoui.

Mais au-delà de la situation sécuritaire actuelle du pays, la présidente de l’UTICA est aussi en colère contre le “laxisme” du gouvernement face à la montée de l’économie informelle devenue “un fléau” pour le pays”.

“La contrebande cause énormément de dégâts à l’économie tunisienne. Le fléau a augmenté. C’est devenu insensé. Notre économie ne peut plus supporter cela”.

L’économie tunisienne a été fragilisée depuis la révolution de 2011. Incompétence, manque de volonté ou contexte défavorable, le fait est là, la situation est aujourd’hui critique. Wided Bouchamaoui tire la sonnette d’alarme, mais n’est pas sûre d’être entendue par ceux qui décident. “Il faut que l’intérêt du pays prime. J’ai envie de dire aux politiciens, reposez-vous et laissez-nous travailler.” conclut-elle.

Lire aussi sur HuffPost Maghreb:

Fragilité économique sur fond de crise politique
Climat violent en Tunisie: de sérieuses inquiétudes sur l'arrière-saison touristique