Ferid Boughedir à la tête du FPCA: Désir de l'utopie panafricaine

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FERID BOUGHEDIR
Ferid Boughedir | wikicommons
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Le 7 juillet 2013, onze hommes et femmes se sont retrouvés à l’hôtel Ramada Plaza de Gammarth, en banlieue Nord de Tunis, pour y officialiser la naissance du Fonds Panafricain du Cinéma et de l’Audiovisuel (FPCA). A terme, cette association devrait fournir un soutien financier aux productions du continent et travailler à l’établissement d’économies cinématographiques auto-suffisantes dans les pays africains. Derrière ce projet se cachent des polémiques, un désir d’utopie, et aussi un homme, son président Ferid Boughedir, qui s’est longuement confié au HuffPost Maghreb.

Avec "l’argent du diable"?

"C’est pas juste un machin inventé comme ça", indique le cinéaste. Le FPCA a un ancêtre. En 1979, le Consortium interafricain de distribution cinématographique (CIDC) voit le jour dans l’esprit d’une coopération sud-sud. Réunissant 14 pays francophones, ce marché commun du cinéma ambitionne alors de redistribuer les profits fédéralisés de l’industrie cinématographique dans le financement de films africains. "Jusque-là, tous les films d’Afrique noire étaient produits par de l’argent français", rappelle Ferid Boughedir.

L’idée n’était cependant pas de refuser entièrement l’aide du continent européen, jugée encore indispensable. Juste de favoriser la participation des pays africains concernés. Boughedir se souvient d’ailleurs d’une phrase lancée par le grand cinéaste Ousmane Sembène, artisan de l’essor du cinéma panafricain : "Je ferai des films même avec l’argent du diable s’il le faut, à condition que le diable n’y mette pas sa queue".


La Noire de... un film de Sembene Ousmane

Le CIDC connaît un certain succès, mais ne survivra finalement que cinq ans, faute à des dissensions politiques entre nouveaux chefs de gouvernements. Aujourd’hui, le tout nouveau FPCA fait sien cet héritage perdu.

Lancé en 2003, le projet vient de se concrétiser après dix ans de tractations. Boughedir signale que l’association est vouée à recevoir des donations "du Sud comme du Nord", "privées comme publiques", tout en précisant qu’ "il n’y a pas eu, et il n’y aura pas, d’ingérence des donateurs". En attendant, le compte en banque est encore vide. Jusque-là, seul le soutien financier d’Abdou Diouf, Secrétaire Général de l’Organisation international de la francophonie (OIF), est venu permettre la concrétisation du projet. Mais le FPCA compte sur des donations à venir. Au regard du long processus ayant mené à son établissement, pour quand peut-on compter sur un réel impact ? "Peut-être jamais", répond Boughedir. "Au départ, le fond est une idée réellement utopique".

"Ne me donne pas un poisson, apprend-moi à pêcher"

Voilà ce qu’a annoncé Ferid Boughedir à Abdou Diouf. Le but du Fond n’est pas de faire des cadeaux aux productions de films, mais "d’installer un système dans les pays pour les rendre auto-suffisants". Et le cinéaste tunisien à une idée derrière la tête.

Suite au succès international de son cinéaste Mahamat Saleh Haroun, le Tchad a instauré, il y a quelques années, un nouveau système de financement de l’audiovisuel national.

"Le gouvernement s’est posé la question: Où y a-t-il de l’argent ? Et a répondu: la téléphonie mobile ! Alors, ils ont taxé ce secteur et réinvesti les gains dans l’audiovisuel. Résultat, trois ans plus tard, le nouveau film de Haroun était à Cannes. C’est un bon modèle, et nous voulons utiliser les fonds pour conseiller les états dans ce genre de logique vers l’autosuffisance".


Premier bureau à Tunis: la controverse

Le nouveau président du FPCA ne peut qu’en rire: "L'agence Tunisie Afrique Presse (TAP) a fait une erreur : je n’ai pas été élu à l’unanimité, mais à 7 voix contre 4". Une des raisons en serait le pays choisi pour le premier bureau du Fonds, la Tunisie. Férid Boughedir explique que plusieurs participants rechignaient, préférant l’Afrique subsaharienne. Ils auraient accusé le Fonds d’avoir choisi la Tunisie pour des raisons financières.

"Mais qu’on nous laisse travailler!", s’insurge Boughedir. Le bureau est à Tunis parce que le premier festival panafricain y a été créé. Et le deuxième s’installera à Dakar, en honneur au Festival mondial des arts nègres. Cette décision est par ailleurs un hommage au grand cinéaste tunisien Tahar Cheriaa, décédé en 2010: "il m’a fait confiance, j’étais un peu son fils spirituel". Et puis, "L’idéalisme est tellement mieux que l’argent".

taharcheriaa

Tahar Cheriaa

Boughedir président

"Ferid le Créateur est très fâché contre Ferid le Militant". Boughedir a en effet laissé tomber temporairement son art pour se consacrer au militantisme du cinéma panafricain.

"Je suis un peu le Monsieur cinéma africain. J’étais un des individus les plus érudits sur le sujet. J’ai plusieurs casquettes: critique, réalisateur, enseignant… Mais pour moi, c’était avant tout sentimental: je me suis replongé dans les enjeux du cinéma africain lors du décès de Tahar Cheriaa".

Le réalisateur de Caméra d’Afrique (premier long-métrage sur le cinéma africain) et Caméra arabe devrait recommencer à tourner en fin d’année. En attendant, il a "repris le flambeau de Tahar Cheriaa". Il reste donc plusieurs mois à plein temps pour réunir les premières donations pour le FPCA, nouveau bébé en travaux mais prometteur du panafricanisme.



Bande-annonce: Halfaouine, l'enfant des terrasses, film de Ferid Boughedir

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