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Crise politique au Maroc: Les islamistes affaiblis

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Après l'Egypte, le Maroc pourrait être le prochain domino islamiste à tomber. La coalition gouvernementale formée au lendemain de l'élection de novembre 2011 remportée par les islamistes du Parti de la justice et du développement (PJD), vient de voler en éclat. L'un des principaux alliés des islamistes, le parti de l'Istiqlal (conservateur), a demandé à 6 de ses ministres de démissionner. Pour le moment 5 se sont exécutés, seul le ministre de l'Education résiste. C'est l'aboutissement d'une crise politique qui couve depuis deux mois.

Durant les deux mois qui ont conduit à la crise, le Roi Mohamed VI a tenté d'aplanir les divergences entre les différents protagonistes, mais depuis l'éclatement au grand jour, le palais garde le silence.

Abdelilah Benkirane, le Premier ministre islamiste, fait l'objet des mêmes critiques que celles adressées à Mohamed Morsi: absence de concertation et mauvais bilan social. Abdelilah doit à présent lancer des concertations pour tenter de former une nouvelle majorité au Parlement. Des discussions avec le Rassemblement national des indépendants (RNI), arrivé 3è lors du scrutin de novembre 2011, pourraient débuter très rapidement pour tenter de parvenir à un accord de gouvernement. Le paradoxe de cette situation, c'est que tous les observateurs reconnaissent que les islamistes jouissent d'une popularité de plus en plus grande. Même si les réformes sociales promises, dans le sillage des mobilisations du Mouvement du 20 février n'ont pas été engagées.

Le PJD, n'était pas préparé à gouverner, à l'instar des autres mouvements islamistes arrivés aux affaires en Tunisie, Libye ou Egypte. L'absence de culture du compromis et la méconnaissance des rouages de l'Etat ont paralysé le fonctionnement gouvernemental. Les relations difficiles avec le Palais royal, qui n'entendait pas partager le pouvoir avec des islamistes, perçus comme des trublions dans un espace public contrôlé depuis toujours par la monarchie, ont laissé peu de marge de manœuvre à ce gouvernement. Une nouvelle illustration de cette "cohabitation à la marocaine" nous a été donnée après le coup d'Etat des militaires égyptiens. Le ministre islamiste des Affaires étrangères Saadeddine El Othmani, avait dans un communiqué publié le 3 juillet, fait part de sa "grande préoccupation sur les derniers évènements en république égyptienne sœur". Dans le même temps le Roi adressait un "message de félicitations" au nouveau président par intérim Adly Mansour. On ne peut être plus explicite sur les préférences des uns et des autres. L'Istiqlal a t-il été le bras armé du Palais royal pour faire tomber le premier gouvernement islamiste de l'histoire du Maroc? Va t-on vers une marginalisation du PJD, premier parti politique du Royaume? Décidément le monde arabe n'en finit pas de produire des scénarios à rebondissements.

Le Maroc n'est pas l'Egypte, et il est probable que le consensus, à l'ombre de la monarchie, triomphe même s'il faut retourner aux urnes. Le paradoxe de cette situation c'est que les islamistes du PJD sont arrivés en tête après les mobilisations menées par le Mouvement du 20 février, plutôt classé à gauche, mais encadré par le mouvement spiritualiste Al Adl wal Ihsan. Cette convergence avait provoqué une prise de conscience dans l'opinion marocaine.

Quelle que soit la majorité qui émerge, après un compromis politique, ou bien sortie des urnes en cas d'élection anticipée, le prochain gouvernement se retrouvera face aux mêmes problèmes et devra apporter des réponses aux attentes de ses concitoyens. La question de la stabilité institutionnelle est une donnée essentielle pour mettre en œuvre une politique. Au Maroc c'est l'acte 2 d'une pièce qui a commencé en 2011 qui se joue dans les semaines qui viennent. En Egypte c'est l'acte 2 de la révolution avortée en 2011, qui se prolonge dans des circonstances tragiques. Dans les deux cas, c'est l'incurie des élites politiques qui a conduit à l'impasse. Après les bouleversements que nous avons vécus depuis l'hiver 2011, il est grand temps de retrouver la voie du politique. Les débats dogmatiques et/ou victimaires ne sont plus de mise. Chacun a eu le loisir de se forger une opinion sur la capacité des islamistes à gérer un pays. Quelles que soient les opinions, le meilleur moyen de se prémunir contre la violence est le respect de la légitimité populaire.

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