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Egypte: La violence prend le pas sur les débats

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GARDE RPUBLICAINE
Un sit-in pro-Morsi devant le siège de la Garde républicaine | AFP/Mahmud Hams

Le président égyptien par intérim, Adly Mansour a promis le soir du 8 juillet 2013 des législatives au plus tard début 2014, quelques heures après la mort de plus de 50 personnes au Caire lors d'une manifestation de soutien à Mohamed Morsi, le président renversé mercredi par l'armée.

La déclaration constitutionnelle, diffusée par l'agence officielle Mena, prévoit le lancement de l'organisation des législatives avant fin 2013 et sa fin avant début février 2014. Une présidentielle sera ensuite annoncée. Avant cela, une nouvelle Constitution sera soumise à référendum. (AFP)

Jusque-là, le débat se situait entre le pour et le contre, entre le coup d'Etat et ce que Mahmoud Hussein appelle la "légitimité révolutionnaire". Mais depuis l'investiture de Adly Mansour, nouveau président par intérim, jeudi dernier, les affrontements n'ont cessé de s'intensifier. Au moins 50 personnes auraient été tuées le 8 juillet 2013 devant le QG de la Garde républicaine, où des partisans des Frères musulmans étaient venus manifester. Ce chiffre n'englobe que les violences enregistrées au Caire. Mais la violence se répand également dans le reste du pays.

Voir la carte interactive des violences au Caire proposée par The Guardian

Depuis la destitution de Mohamed Morsi par l'armée, les Frères musulmans sont descendus dans les rues. Selon Human Rights Watch, la journée du vendredi aurait fait au moins 37 victimes, dont la plupart à Nasr City (Le Caire) et 17 dans la deuxième ville du pays, Alexandrie. Entre déclarations de témoins et communiqués de l'armée égyptienne, le déroulement des violences reste difficile à clarifier tant les scénarios se contredisent.

Alors que Joe Stork, directeur adjoint de Human Rights Watch MENA, soulignait hier l'importance pour les forces de sécurité d'agir "professionellement et efficacement contre la violence sans recourir à d'illégales actions létales", la Garde nationale a failli à cette priorité. Les Frères musulmans dénoncent un "massacre". L'armée déclare de son côté que le siège de la Garde avait été attaqué par des "terroristes armés".

Nagla Rizk, professeur à l'Université Américaine du Caire, indique que les médias égyptiens eux-mêmes se livrent une guerre de points de vue. "Deux genres de médias racontent deux histoires différentes: la chaîne nationale rapporte le point de vue de l'armée, tandis que la chaîne privée la contredit", a-t-elle déclaré au HuffPost Maghreb.


Exemple d'un reportage de la télévision pro-armée

Nagla Rizk devait sortir pour un rendez-vous. Finalement, elle restera chez elle, sauf si un nouvel appel à se réunir est lancé par les manifestants, vers la fin de l'après-midi quand il fera moins chaud: "On a tous peur, les Frères musulmans ont bloqué plusieurs rues, dont une près de chez ma mère". Ce qui la choque par dessus tout, c'est bien le discours tenu par les Frères: "Ils disent qu'ils vont protéger le pays de leur sang, mais c'est eux qui attaquent le pays".

Nagla ne croit pas que les manifestants anti-Morsi soient armés, et encore moins qu'ils aient été à l'origine d'affrontements dans les rues. Elle rappelle que "depuis un an, les manifestations anti-Morsi sont restées pacifiques".


"Ce qui se passe au Sinai est une réponse à ce qu'a fait l'armée, nous n'arrêterons que lorsque l'armée reviendra sur son coup d'état militaire", déclare dans cette vidéo Mohamed El Beltagui, un des principaux dirigeants des Frères musulmans.

La situation semble d'autre part se prêter à raviver des tensions inter-ethniques pré-existantes dans le reste du pays, telle celle entre la communauté copte (10% de la population égyptienne) et des intégristes musulmans. Selon le pape copte Tawadros II, qui a par ailleurs soutenu le coup d'état de l'armée une église copte d'El-Minya aurait été incendiée et son prêtre tué dans un assaut de sympathisants pro-Morsi. Des manifestants musulmans anti-Morsi protègent depuis des églises coptes, en formant par exemple des barrages humains.

Le spectre du scénario syrien

L'AFP rapporte que le Parti de la liberté et de la justice a appelé le 8 juillet 2013 au "soulèvement du grand peuple d'Egypte contre ceux qui sont en train d'essayer de lui voler sa révolution avec des chars", et mis en garde contre "l'apparition d'une nouvelle Syrie".

Un scénario syrien en Egypte est-il plausible? Selon Anthony Dworkin du European Council on Foreign Relations (ECFR), joint par le HuffPost Maghreb, "un tel développement est très peu probable". Les Frères musulmans auraient été "majoritairement pacifiques dans le passé récent", et la priorité serait aujourd'hui à la mise en place d'un "processus politique inclusif, sans exclure les Frères musulmans, ce que les militaires n'ont pourtant pas manqué de faire" depuis la destitution de Morsi.

Pour ce spécialiste du Moyen-Orient et du Maghreb, le risque principal serait lié "à la déliquescence de l'état".

"La situation est polarisée et le risque d'une escalade de la violence est réel, a-t-il ajouté.

Le processus politique s'annonce en effet de plus en plus compliqué. A la suite des évènements du 8 juillet, le processus de formation d'un gouvernement de transition a perdu le soutien des salafistes, lesquels, après avoir soutenu le coup d'état militaire, ont rejoint la position des Frères musulmans. Dans une tentative de retour au calme, le président par intérim Adly Mansour a ordonné, dans la journée, l'ouverture d'une enquête indépendante sur les évènements survenus la veille.

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