Huffpost Maghreb mg

Ettounsiya et Slim Riahi: L'embrouille

Posted: Updated:

L’arrêt brutal de la diffusion d’Ettounsiya a fait polémique ce week-end. Samedi 6 juillet, les programmes de la chaîne avaient été interrompus, cédant la place à une autre chaîne avec le même nom, mais avec un logo et un contenu différents. C’est l’homme d’affaire Slim Riahi, patron de "Rainbow Media Tunisie" qui est derrière cette affaire. Il annonce dans la soirée, le lancement d’un nouveau bouquet de trois chaînes "Attounsiya Al- Oula", "Attounsiya Sport" et "Attounsiya News". Rapidement, un des présentateurs de la chaîne, Naoufel Ouertani, réagit sur les réseaux sociaux en dénonçant l’interruption des programmes et en accusant M. Riahi de vouloir “changer la ligne édioriale de la chaîne dont il n’est pas propriétaire”.

Slim Riahi a-t-il le droit d'agir ainsi?

La chaîne Ettounsiya a été créée en 2011 par Cactus Production, dans des circonstances complexes. Fin mars 2013, on annonce le rachat de la chaîne par l’homme d’affaires Slim Riahi. En réalité, il avait acheté la fréquence sur laquelle elle émettait à Jean Marie Giffard qui ne dirigeait pas la chaîne mais était le propriétaire de la fréquence et avait un contrat de bartering avec Cactus Production, explique Business News.

Sur Mosaïque FM, Salma Fehri, la soeur de Sami Fehri, patron de la chaîne, en état d’arrestation depuis août 2012 pour des affaires antérieures à la révolution, avait souligné que “Jean Marie Giffard pouvait vendre la fréquence, mais pas la chaîne.”

Slim Riahi n’aurait donc aucun droit sur la marque Ettounsiya, ni son contenu. La chaîne pourrait reprendre la diffusion de ses émissions sur une autre fréquence. Raison pour laquelle, Tahar Ben Hassine, patron de la chaîne El Hiwar, a réitéré sa proposition de mettre ses fréquences à la disposition de la chaîne dès dimanche. De son côté, le journaliste et producteur Zouhair Latif a annoncé dimanche qu’Ettounsiya émettra depuis l’étranger via une fréquence dont il est propriétaire.

Sans plus de précisions sur les nouvelles fréquences, l’avocat d’Ettounsiya, Maître Abdelaziz Essid a affirmé au journal La Presse ce lundi, que la Chaîne “reprendra ses émissions à partir du premier jour du Ramadan”. Un procès contre Slim Riahi sera intenté “en vue de l’empêcher d’utiliser le logo de la chaîne”, selon ses dires.

Vide juridique et télé pirate

Au delà de la querelle entre Ettounsiya TV et Slim Riahi, et ses dessous, l’audiovisuel privé tunisien connait un réel problème, celui des autorisations accordées pour émettre depuis la Tunisie.

L’absence de licences et de fréquences en Tunisie n’est pas propre à Ettounsiya TV. Tounesna, Zitouna TV, Al Moutawasset, Al Qalam, Al Janoubia, toutes ces chaînes, et d'autres encore, lancées après le 14 janvier 2011, n’ont pas de licences en Tunisie, et sont obligées d’émettre depuis l’étranger. Il s’agit là d’un des dossiers épineux à traiter au plus vite par la Haute Autorité Indépendante de Communication Audiovisuelle (HAICA).

Au lendemain de la révolution, 32 demandes de licences de diffusion télévisuelle avaient été déposées auprès de l’Instance Nationale pour la Réforme de l’Information et la Communication (INRIC). Seulement 5 ont été attribuées, à savoir, El Hiwar Ettounsi, Golden TV, Khamsa TV, Ulysse TV et TWT (qui a interrompu ses transmissions en février 2013 pour des raisons financières).

Dans son rapport final, publié en septembre 2012, l’INRIC, aujourd'hui dissoute, a affirmé que “certains promoteurs se sont tournés vers la diffusion à partir de l’étranger, profitant du vide juridique et de la non-application du décret-loi n°116 relatif à la liberté de la communication audiovisuelle, et à la création d’une haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle (HAICA)”.

Cette dernière, dont la création a été retardée à plusieurs reprises, a enfin démarré ses activités le 14 juin dernier. Membre de la HAICA, M. Riadh Ferjani a déclaré au HuffPost Maghreb que l’instance “est en train d’élaborer un cahier des charges” qui concernera tous les diffuseurs “publics et privés”. En attendant sa mise en place, le vide juridique permet la profusion de "télés pirates", comme l'a qualifié l'INRIC dans son rapport.

Lire sur HuffPost Maghreb:
Ettounsiya Tv: les 3 clés d'un succès

Around the Web

Tunivisions.net |Tunisie , Médias : De quel droit Slim Riahi utilise-t-il ...

Naoufel Ouertani : Un deal entre Slim Riahi et le gouvernement pour ...

Slim Riahi coupe la diffusion d'Ettounsiya et Naoufel Ouertani ...

Naoufel Ouertani : Nous poursuivrons Slim Riahi en justice