Selon l’agence Reuters, citant une source à la présidence algérienne, Abdelaziz Bouteflika pourrait rentrer à Alger ce 8 juillet, après 70 jours d’absence.

Le chef de l’Etat algérien avait été évacué vers Paris, suite à un accident vasculaire cérébral (AVC), le 27 avril dernier. Hormis une apparition à la télévision nationale, savamment orchestrée, où il apparaît en présence du Premier ministre Abdelmalek Sellal et du chef d’Etat major des armées Gaid Salah, aucune information n’a filtré sur son état de santé réel.

la dernière apparition à la télévision nationale d'Abdelaziz Bouteflika

Cette longue hospitalisation suivie d’une période de convalescence, l’absence d’informations, et une communication catastrophique, ont fait naître toutes sortes de rumeurs et lancé la course à la succession. Même si aucune information fondée ne permet d’établir que l’élection présidentielle prévue pour avril 2014 sera avancée, chacun y va de son pronostic. C’est le résultat de la déliquescence des institutions instrumentalisée par un homme et son entourage, au mépris du respect de la constitution. Conséquence, c’est l’image de l’Algérie qui est abîmée et le fonctionnement de l’Etat qui s’en trouve, une nouvelle fois, discrédité.

Depuis l’indépendance le régime algérien a instrumentalisé et capté les ressources du pays pour un unique objectif: assurer la pérennité d’un système opaque, géré par d’anciens maquisards ou des politiciens sans scrupules. Dès son accession aux affaires, en 1999, Abdelaziz Bouteflika, issu du premier cercle du colonel Boumediène, a mis en œuvre une série de chantiers: réforme de l’armée, lancement de grands travaux tous azimuts, restauration de la place de l’Algérie sur la scène internationale, après une décennie de guerre fratricide, et une ouverture économique, sous le contrôle de l’Etat qui reste le principal donneur d’ordres. Tout cela a pu être possible grâce aux énormes ressources financières engrangées par les exportations d’hydrocarbures.

En dépit d’une forte disponibilité financière, l’économie demeure tributaire des cours du pétrole, ce qui expose l’Algérie aux vicissitudes du marché. En définitive cette économie de rente a servi en grande partie à renforcer un régime autoritaire. C’est l’heure du bilan, pour un homme qui se voulait plus "Zaïm" que chef d’Etat, et moins réformateur qu’habile politicien. L’absence de vision stratégique, et de réformes structurelles pourraient bien accentuer les tensions sociales que connaît les pays depuis plusieurs années.


Aujourd’hui, âgé de 76 ans, le natif d’Oujda au Maroc, qui très tôt gagna les maquis pour combattre dans les rangs de l’ALN (Armée de libération nationale), doit préparer dans les meilleures conditions l’avenir de son pays. C’est ainsi qu’il entrerait dans l’histoire.

L’Algérie post-Bouteflika se dessine, mais personne ne connaît les contours qu’elle prendra. Dans un environnement régional explosif (guerre au Mali, instabilité chronique en Libye, et tensions diplomatiques avec le Maroc), "les faiseurs de roi" seraient biens inspirés de considérer que le meilleur moyen de préserver leurs intérêts est de laisser les Algériens choisir librement leurs dirigeants. Même s'ils sont islamistes, la parenthèse de l’interruption des élections de décembre 1991 n’a jamais été vraiment refermée. L’empêchement d’Abdelaziz Bouteflika rouvre ce débat.