Weld el 15, Amina, Jabeur: La liberté d'expression en cage

Publication: Mis à jour:
Imprimer

Aujourd’hui sera rendu le verdict en appel concernant l’affaire de Weld el 15, condamné à deux ans de prison ferme pour sa chanson “Boulicia Kleb” (Les policiers sont des chiens). Dans deux jours, ce sera le procès en appel d’Amina Sboui, en détention depuis le 19 mai, à la prison de Sousse après avoir tagué “Femen” sur le muret du cimetière de Kairouan. Entre temps, le jeune Jabeur Mejri, est en prison depuis le mois de mars 2012, pour avoir diffusé des caricatures du prophète Mahomet.

L’affaire de Ghazi Béji et Jabeur Mejri avait éclaté en 2012. Les deux jeunes, originaires de Mahdia, avaient diffusé des caricatures du prophète Mahomet et des textes blasphématoires sur les réseaux sociaux. Une plainte a été déposée contre eux par un citoyen, Cheikh Zaouali. Condamnés à 7 ans et demi de prison ferme en première instance, leur peine a été confirmée en appel. Juste avant le jugement, Ghazi Béji avait fui le pays clandestinement pour l’Europe. Le 12 juin 2013, il obtient l’asile politique en France et devient ainsi le le premier réfugié politique depuis la chute de Ben Ali. Jabeur Mejri est, lui, resté en Tunisie, en prison.

Le 25 juin dernier, le comité de soutien de Jabeur Mejri a annoncé qu’une demande de grâce présidentielle est en cours d’instruction auprès de la Présidence de la République. Il a été condamné à: “5 ans de prison et une amende de 1.200 dinars pour avoir publié et diffusé des écrits susceptibles de trouble l’ordre public, 2 ans de prison pour offense à autrui via les réseaux publics de communication et 6 mois de prison pour outrage aux bonnes mœurs par le geste et la parole” précise le comité de soutien, qui prévoit un sit-in samedi 6 juillet à la Place Pasteur, à Tunis.

Dans un communiqué rendu public le 1er juillet, la Coalition pour la défense de la liberté d’expression rappelle que concernant le procès de Ghazi Béji et Jabeur Mejri, “Le tribunal avait rendu son jugement sur la base du code pénal (articles 121 ter, et 226) et du code des télécommunications (article 86).” Des textes que Ben Ali “utilisait pour régler ses comptes avec ses adversaires politiques et bâillonner la liberté d’expression” précise le communiqué.

Weld El 15 a lui, été jugé en vertu des articles 125, 128 et 226 du code pénal. “L'article 125 du code pénal punit d'une peine pouvant atteindre un an de prison quiconque insulte un fonctionnaire dans l'exercice de ses fonctions. L'article 128 prévoit jusqu'à deux ans de prison pour diffamation de fonctionnaires, et l'article 226 concerne les atteintes à la morale publique ou à la pudeur.” explique l’ONG Human Rights Watch. Dénonçant le jugement de Weld El 15, le comité de soutien du rappeur estime que le décret-loi 115 relatif à la liberté de la presse, de l’impression et de l’édition aurait dû être appliqué dans cette affaire et non le code pénal.

Le cas d’Amina Sboui n’est pas moins complexe. Arrêtée le 19 mai à Kairouan, après avoir tagué “Femen” sur le muret du cimetière avoisinant la Grande mosquée, elle est depuis détenue à la prison de Sousse. Le procès de la jeune fille prend l’allure d’une affaire politique, notamment après le soutien des activistes Femen européennes. Elle a été entendue par le juge d’instruction pour "atteinte à la pudeur, profanation de cimetière et appartenance à une association de malfaiteurs”. “Pour le moment, les charges n'ont pas été retenues contre elle. Mais le dernier chef d'inculpation est un crime que l'on collait du temps de Ben Ali aux terroristes et aux salafistes.” affirme son avocate Radhia Nasraoui dans une interview accordée au journal français Le Point. “Elle est seule dans le dossier, elle n'appartient à aucune organisation. Et même si on considère les Femen comme telle, ce n'est pas une organisation de malfaiteurs. Cette affaire rappelle vraiment les procès sous Ben Ali.” rajoute-t-elle. Mais même si l’avocate est convaincue que “le dossier est vide”, Amina reste derrière les barreaux, en attendant son procès.

Pas encore réformée, la justice tunisienne, se base encore sur des lois controversées utilisées sous l’ancien régime. Weld El 15, Amina, Jabeur, les jugements rendus dans ces trois affaires, contestés par une bonne partie de l’opinion publique, la mettent aujourd’hui sur le banc des accusés.

Sur le web

Tunisie - La liberté d'expression, une problématique à géométries ...

Les libertés sont menacées en Tunisie: un collectif d'organisations ...

Condamnation d'un rappeur en Tunisie: l'étau se resserre sur la ...