Quelques heures seulement après avoir atterri à Paris, les trois Femen ont commencé à livrer leur version de leur condition de détention à la prison de Manouba. Au siège de l’association, vêtues de tee-shirts blancs et couronnes de fleurs autour du front, elles sont dès leurs premiers mots revenues sur les regrets exprimés devant le tribunal.

"Nous étions coupées de l’extérieur, s’est justifiée l’Allemande Joséphine Markmann, 20 ans. Et, en prison, nous avons subi d’importantes pressions physiques et psychologiques".

"Nous n’avions aucun contact à part avec nos ambassades. Elles nous ont conseillées de nous excuser, nous expliquant que c’était notre dernière carte à jouer, a ajouté la Française Pauline Hillier, 26 ans. Nous avons considéré que nous n’avions pas vocation à être des martyres et que nous serions plus efficaces libres pour continuer la lutte". "Nous avons regretté, mais nous ne nous sommes pas excusées, Femen ne s'excuse jamais", a continué Jospéhine Markmann.

Contactée par le Huffpost Maghreb, l’Ambassade de France à Tunis dément "leur avoir conseillé de s’excuser". Après avoir répété à plusieurs reprises qu’évidemment elles n’avaient jamais pensé leurs regrets, les trois Femen ont décrit leurs conditions de détention.

"Elles sont allées de mal en pis, a souligné Pauline Hillier, nous avons été enfermées au palais de justice dans une pièce sombre, insultées et frappées par la police. Une fois en prison les humiliations étaient quotidiennes, comme par exemple quand une gardienne vous demande de retirer votre protection hygiénique devant tout le monde et de les poser dans le couloir".

Elles ont décrit les conditions de vie, "communes à toutes les détenues", les cafards, la douche mensuelle, les lits à partager à deux dans une pièce de 30 personnes. La troisième, Marguerite Stern, tremblante, plusieurs fois au bord des larmes, la voix chevrotante a parlé de "tyrannie religieuse en prison. Le seul livre autorisé est le Coran, et ils nous imposaient de regarder des émissions religieuses ou des dessins animés à la télévision". Des propos que confirment plusieurs ONG, qui depuis longtemps s’inquiètent de l’état de vétusté des prisons.

De son côté Radhia Nasraoui ne nie pas que les prisons tunisiennes sont "délabrées" et que les "conditions d’hygiène sont inacceptables", toutefois elle pondère les propos de Femen lorsqu’elle affirment que la majorité des femmes détenues en Tunisie le sont "pour adultère ou parce qu’elles ont été victimes de viols".

Le Huffpost Maghreb a pu joindre l’un des avocats des Femen, Maître Souhaib Bahri, qui leur a rendu visite à la prison de la Manouba, surpris par les propos de ses clientes, il nous déclare: "lorsque nous les avons rencontrées, aucune d’elle n’a fait état de coups ou d’insultes", Me Bahri ajoute "nous nous en serions rendu compte si elles avaient été frappées". L'avocat était visiblement contrarié par de tels propos après leur départ de Tunis. En première instance, les trois jeunes femmes, avaient été condamnées à quatre mois et un jour de prison ferme, une peine dont la sévérité avait suscité les regrets de la France, l'Allemagne et l'Union européenne.

C’est au cours de son voyage à Bruxelles, que le Premier ministre Ali Larayedh, dans un entretien accordé au journal le Soir a fait part de son point de vue: "Si la justice tunisienne ne les relaxe pas, nous devrions les libérer", faisant ainsi référence au droit de grâce dont dispose le président de la République. Pas un mot en revanche, pour Amina Sboui, elle aussi emprisonnée à Kairouan pour avoir tagué un muret dans la ville où des salafistes envisageaient de se rencontrer malgré l’interdiction du gouvernement. Il n’en aura pas fallu davantage pour alimenter l’idée du "deux poids, deux mesures", la realpolitik n’a pas de frontières, ni d’idéologie.

Quelques heures après le retour des Femen, la France a exprimé son "soulagement". En effet on peut l’être, à Paris, à quelques jours de la visite du président Français qui aurait pu voir son voyage, déjà deux fois reporté, gâché par ce dossier.
Souhaitons à Amina de connaître le même dénouement.

La vidéo des trois Femen livrant leur version sur les conditions de détention en Tunisie (BFM TV)